Des enfants et des parents en théorie

Il existe de mignons petits êtres à qui on demande de tout connaître avant leurs 5 ans et à qui on veut offrir le plus de libertés possible. Et oui, je parle des enfants. Dans la foulée des parents qui veulent exempter leurs enfants du cours éthique et culture religieuse, j’ai eu envie de partager mes constats sur ces petits êtres roses adorables comme tout qui dirigent le monde sans le savoir.

D’entrée de jeu je vous le confirme : je n’ai pas d’enfant. Et non, mes observations et apprentissages reposent sur 5 étés complets à 10h par jour à avoir entre 4 et 6 enfants sous ma responsabilité. Avec ma patronne, nous en avions au plus 9 à deux et elle-même en a eu 4. C’était une garderie en milieu familial et croyez-moi, lorsqu’on est en contact avec des enfants tous aussi différents les uns que les autres et qu’on a la chance de discuter avec une mère de 4 poussins : vous en apprenez sur la façon dont ces êtres fonctionnent. Et en vieillissant, j’ai remarqué que notre société devient folle. Ne me dites pas : “tu ne peux pas comprendre, ce ne sont pas les tiens”, je l’ai entendue mille fois. Et je vous encourage à lire avant de me dire que je suis complètement dans le champ.

Autre temps, autres mœurs : les deux parents travaillent, les enfants vont en garderie. Les principes psychologiques évoluent et mentionnent que l’enfant socialise en garderie contrairement à s’ils restaient à la maison avec leur mère ou leur père. Les familles étant moins nombreuses, il est vrai que les enfants ne sont plus 50 dans une rue pour jouer dehors; alors la garderie reste le lieu de prédilection pour mettre l’enfant en contact avec d’autres. Cependant, je sens dans ce constat une simple façon de déculpabiliser les parents. Oui, beaucoup d’entre eux se sentent coupables de les laisser à la garderie et au lieu de se dire “c’est comme ça, nous les verrons ce soir”, ils se cherchent des prétextes. Vous n’avez pas à vous sentir coupable : pour offrir une vie décente à vos enfants, vous devez travailler pour gagner des sous. Par contre, je comprends qu’il soit difficile pour un parent de laisser son enfant sous la supervision d’autres personnes.

De plus, nous voulons énormément laisser nos enfants libres. La liberté aux enfants, avec la définition que je lui donne, demeure une très mauvaise idée. La liberté, pour moi, n’est pas être à l’extérieur des prisons. La liberté demeure la liberté de choix et les responsabilités qui viennent avec elle : plus une personne est libre, plus elle croule sous les responsabilités. Vous avez évidemment le choix de ne pas être d’accord que libertés entraînent responsabilités, mais réfléchissez-y encore : vous êtes libres de vous droguer, pourquoi ne le faites-vous pas?

Aussi, seriez-vous prêts à laisser à un enfant de 3 ans la liberté de choisir l’heure à laquelle il veut se coucher? Ne riez pas : à la garderie, un beau matin, je trouvais un des enfants très agité à son arrivée : il était bougon, grognon, bref, pas dans son assiette. Et son père, en le laissant, dit à son fils de 3 ans : “Et bien, tu as choisi de te coucher à 10h30 hier soir, c’est ça que ça donne”. Il était 7h du matin. Ce ne sont pas des blagues. J’ai pensé en moi-même : c’est ça, laisse-le nous fatigué à l’extrême, il va passer une superbe journée à venir au parc avec nous!? Il s’agit d’un exemple clair que la plupart des parents comprendront qu’il n’est pas question de laisser un enfant veiller aussi tard. Par contre, d’autres situations demeurent un peu moins claires.

Ultimement, un enfant a besoin qu’on réponde à ses besoins. Il y a les besoins physiques de base (protection, nourriture, vêtements), les besoins affectifs (amour, tendresse, affection, estime de soi) et les besoins parmi les plus difficiles à combler en tant que parents : les besoins psychologiques (constance, balises). Que c’est difficile d’être constant et d’exiger obéissance à un enfant. Dites-vous que si vous capitulez au dixième “non”, la prochaine fois votre enfant va vous tenir jusqu’au onzième. Il le fait par instinct : il sait que lorsqu’il hurle assez fort et pendant un certain laps de temps, ses parents capitulent. Alors il continue. Un scoop : d’une fois à l’autre, l’enfant ne compte pas le nombre de “non”; il agit de la même façon par laquelle son vœu a été exaucé la dernière fois que ça a marché.

Et je m’attarde sur ce point parce que nous commettons, à mon avis, une immense erreur en décrivant des enfants comme des êtres manipulateurs. Nous voulons coller un concept d’adulte à un cerveau d’enfant. Un enfant décrit comme un “manipulateur” l’est souvent par des parents qui capitulent. Je ne vous dis pas que c’est facile de résister et ne vous demande pas de sortir le bat de baseball chaque fois qu’un enfant chignera. Je vous mentionne simplement qu’un enfant s’essayera tant que son truc fonctionnera : par automatisme et instinct de survie. Un enfant veut une bébelle, c’est vital pour lui, il vous la demandera et vous le répétera sans cesse jusqu’à ce que vous disiez “oui”. Cependant, si vous dites “non” une fois et que vous vous en tenez à ce “non”, votre enfant saura que, quand bien même il le demanderait 150 fois, la réponse restera la même. Dans le futur, il arrêtera après une fois. Ça fonctionne très bien avec les enfants des autres.

Et voilà le gros défi en tant que parent. L’âme et l’amour propre de papa et maman restent torturés et souffrants lorsqu’un enfant répond méchamment un “je t’aime pu”. Si vous saviez le nombre de fois que j’ai dit à ma sœur dans mon très très jeune temps, après une engueulade : “t’es pu ma sœur”, vous ririez bien. Évidemment, nous nous en amusons aujourd’hui parce que, même si j’étais affirmative comme si je disais une vérité absolue, nous savons très bien que c’est impossible. C’est la même chose avec le “je t’aime pu”. Je vous le concède : c’est infiniment plus difficile de se faire dire un “je t’aime pu”, mais regardez les réconciliations avec vos enfants après avoir été autoritaire. Aussi, regardez vos enfants agir lorsqu’ils sont fâchés et qu’ils vont bouder. Ils ne se sentent pas bien. Ils vont finir par revenir tôt ou tard. Avec les enfants des autres, j’ai eu l’occasion d’exercer une certaine autorité (il y a des jours où je les aurais étranglés ;) mais je les aimais tellement ces enfants-là). Et même s’ils me boudaient, ils finissaient toujours par revenir et ils étaient contents que je les prenne dans mes bras. Ceci étant dit, le gros défi de la vie est évidemment de rester ferme sans en faire une maladie lorsque les sentiments de parents sont impliqués.

Avec ces petites histoires, je voulais mettre la table pour ouvrir la porte à la possibilité que, peut-être, nous voulons trop que les enfants soient “libres de choisir” en pensant un peu trop souvent qu’ils ont l’expérience, le jugement et les connaissances de leurs parents. Puisque je n’ai pas d’enfant et que j’ai été fortement en contact avec eux, je pense avoir un recul que des parents ne peuvent pas avoir avec leurs propres enfants.

Les enfants sont tous intelligents, brillants, curieux, instinctifs et plus encore. Cependant, ils n’ont pas la même information que les adultes afin de prendre toutes les décisions ayant un impact sur leur vie. Ce n’est pas tout à fait comme l’expression “si vieillesse pouvait, si jeunesse savait”. C’est plutôt que nous voudrions que les enfants décident de leur religion, leurs choix de vie, leurs écoles, leur marche à suivre “comme des grands” en pensant qu’ils ont les mêmes informations, préoccupations, capacités que les adultes pour prendre la bonne décision pour eux.

Lorsque nous prenons une décision en tant qu’adulte, il nous arrive de nous dire quelques années plus tard : je n’aurais pas dû. Cependant, avec l’information et les sentiments que nous avions à l’époque, nous avions pris la meilleure décision avec ces connaissances-là. C’est la même chose pour les enfants à l’exception qu’ils leur manquent des gros bouts d’information que nous présumons qu’ils possèdent. Ce n’est pas par méchanceté, c’est que nous oublions de voir la situation selon leur perspective.

Par conséquent, il est impératif de les écouter afin de décoder leurs passions, leurs idées dans les mots qu’ils utilisent. Il s’agit de les accompagner et parfois, il est nécessaire d’imposer : une heure de coucher par exemple. Les enfants ne demandent pas grand-chose. Nous croyons qu’ils demandent énormément parce que nous les regardons avec nos yeux d’adultes.

Ce que nous connaissons par l’expérience nous semble tellement évident que nous perdons l’idée que tout ceci a été acquis avec les années. Et le jeu devient complexe en tant que parent : les émotions sont impliquées, il n’existe aucun recul devant les propos de la chair de votre chair. Il y a aussi l’influence du groupe, l’intimidation subie par les enfants. Il devient très difficile de guider ces futurs adultes lorsque certains parents ne le font pas eux-mêmes pour leurs propres enfants.

Qui a dit qu’il était facile d’être parent de toute façon?

@ Le Devoir

@ Le Devoir

Retour aux sources

Il y a environ 6 mois, j’écrivais Écouter pour comprendre. J’y lance un appel à l’écoute de l’argumentaire péquiste; pas à son approbation : à son écoute seulement. En effet, les médias ont tenté de profiter des discussions musclées au sein du Parti Québécois afin de le dépeindre comme un cristal éclatant en mille morceaux. Aussi, le procès de Marois prenait des proportions grotesques voire ridicules. Quand l’argument s’arrête à “projet de loi 204 (amphithéâtre de Québec)” et “elle ne rassemble pas la population”, j’avoue qu’on a vu pire ailleurs. Évidemment, les médias se font un plaisir de poser n’importe quelle question : “surnommer Marois la dame de béton, avec nos infrastructures, ce n’est pas nécessairement flatteur?” Franchement et sincèrement, si c’est ça être journaliste : ce n’est pas fort. Posez donc des questions sur les programmes pour informer la population au lieu d’essayer d’être drôle ou de trouver LA phrase qui fera les bulletins de nouvelles.

Aussi, je revendique la responsabilité individuelle au sein du groupe. Autrement dit, faisons ce que nous avons à faire afin que ça ne soit pas toujours les mêmes qui payent pour tout, en l’occurrence, la classe moyenne. Cette tranche de la société reste surtaxée parce qu’elle n’a pas les moyens d’aller ailleurs. Si vous surtaxez les riches, ils s’établiront ailleurs, là où ils paieront peu d’impôt parce qu’ils ont les reins solides pour partir. Je n’ai pas de solution miracle. Je peux simplement travailler du mieux que je peux, payer les taxes et impôts qu’on me demande pour que l’état assure des services en échange : hôpitaux, écoles, déneigement, pompiers, policiers, lampadaires, réfections des rues étant donné notre charmant climat, etc. Si mon argent sert à payer ces services, ça me va. S’il sert plutôt à graisser la patte de certains gros bonnets de la construction ou des amis des députés, ça ne me va pas du tout. L’honnêteté, la compétence, le soucis du travail bien fait demeurent payants. Ils permettent de percer et de grimper les échelons : oui, c’est plus long que via des contacts; mais tellement plus solide et valorisant. La responsabilité individuelle demeure importante à mon avis et ce n’est pas une valeur de droite ni de gauche, soit dit en passant. Il s’agit simplement d’accomplir ce que chacun a à faire et de ne pas se mettre la tête dans le sable; faute de se la mettre dans l’autruche comme dirait l’autre.

Depuis peu, j’ai remarqué que quelques personnes étaient revenues au PQ après une courte lune de miel avec Option Nationale, Québec Solidaire ou même avec la Coalition Avenir Québec (même si les valeurs de cette dernières sont diamétralement opposées à celles du PQ. Je ne l’ai toujours pas comprise celle-là). L’expérience et la profondeur du PQ ne peuvent être mises de côté indéfiniment. Peut-être que certaines gens ont réfléchi aux options offertes et arrivent à la conclusion que, tant qu’à réinventer la roue, profitons du moment avec les Conservateurs à Ottawa pour promouvoir la souveraineté en ramant tous dans le même sens, en ayant un seul messager d’expérience, une grosse machine et les moyens de ses ambitions. Peut-être que l’attrait de la nouveauté est terminé pour Legault et que le modèle de droite proposé ne répond pas aux valeurs ni à l’idéal de société voulus par une majorité de l’électorat. La bulle dégonfle tranquillement, peut-être qu’elle deviendra marginale.

Je n’ai pas quitté le PQ. Je n’en suis pas membre parce que je ne peux pas militer comme je le voudrais, mais je voterai pour mon député sortant, certainement. Le PQ met l’accent sur mes valeurs qui sont profondément de gauche : je privilégie un partage équitable de la richesse. Équitable ne signifie pas “égal”. Équitable, pour moi, signifie que la collectivité assure un filet social afin d’aider, temporairement, un coup dur sur la tête d’un individu et elle assure un minimum de services. Il existe différentes façons d’y arriver et c’est le modèle de société, au global, que je souhaite pour le Québec : amortissons certains chocs de vie avec l’aide du groupe plutôt que chacun dans son coin à mourir si la vie a décidé de mettre un énorme obstacle sur notre route.

Et entre vous et moi, même si les multimillionnaires avaient des toilettes en or, ils n’y feront pas autre chose que ce qu’ils font déjà dans une toilette en porcelaine. Par conséquent, la différence de coût pourrait aider, pour quelques semaines, une famille dont le père vient de perdre son emploi. Je ne dis pas de nous saigner à blanc pour payer la bière d’un mollusque apte à travailler. Je nous souhaite une prise de conscience et de responsabilités afin que notre société tourne mieux : il y en a de l’argent pour assurer des services et des valeurs de gauche, il suffit d’un peu de travail, d’intégrité et de responsabilités.

On peut voir l’original de la photo ici.

La mort exige une responsabilité

Avant de débuter, je vous invite à utiliser le moteur de recherche en haut à droite sur leglobe.ca pour les mots Boisvenu et suicide assisté. Vous y trouverez plusieurs articles intéressants sur les manchettes de cette semaine ayant inspiré ce billet.

La mort, tout un concept : peut-être la seule justice sur cette planète puisque personne n’y échappera. Sujet tabou, je ne pense pas; délicat, très certainement. La peine de mort, l’incitation au suicide et le suicide assisté ont été des sujets beaucoup discutés sur les réseaux sociaux cette semaine. J’ai également pris part aux discussions.

Les propos de Pierre-Hugues Boisvenu en ont choqués plusieurs, d’autres approuvaient : il laisserait une corde à la disposition des détenus afin qu’ils décident de leur vie. J’ai beaucoup de difficulté à comprendre comment il en est arrivé à cette idée. Qu’il le regrette ou non, Boisvenu y a tout de même pensé et s’est dit : oui, je vais lancer ça dans les médias. Je trouve qu’un meurtrier, aussi cruel et condamnable soit le crime, n’est pas dans les meilleures dispositions pour décider lui-même s’il doit vivre ou mourir. Pour illustrer mon point, pensez à une personne ivre. Demandez-lui si elle est en état de conduire et que cette personne vous réponde le plus sérieusement du monde : “Mais oui!”. C’est drôle hein? Et bien je vois le même parallèle pour l’incitation au suicide.

Dans ce cas, plutôt que de laisser le choix à ces individus sanguinaires de leur vie ou leur mort, certaines personnes voudront ramener la peine de mort : des économies gigantesques en frais carcéraux et l’élimination définitive du risque de récidive. Par contre, je ne vous apprends rien quant au risque d’erreur judiciaire. De plus, “administrer” la peine de mort coûte très cher et est sans effet dissuasif réel. Sur le plan humain, un meurtrier est malade. Je n’utilise pas le mot “malade” avec compassion, entendons-nous bien. Je l’emploie dans le sens de psychopathie et sociopathie : ce sont des maladies.

Le danger ici dans le débat demeure les exemples : Guy Turcotte, Paul Bernardo, Marc Lépine. Le danger réside dans le soulèvement des passions et de l’indignation générales, nous le serions à moins, mais nous perdons la tête. Oui ces êtres ignobles ont sauvagement tué. Et la peine de mort les tuerait pour les punir. Je ne comprends pas : s’il est sauvage pour eux de tuer, pourquoi le même phénomène serait plus acceptable du côté de la justice. Le concept en soi ne fonctionne pas selon moi. Une fois mort, ils ne ressentiront plus rien. Quelle délivrance pour eux.

La peine de mort : décider de la vie ou de la mort d’une autre personne. Le suicide assisté : décider de la vie ou de la mort de soi avec l’aide d’une tierce partie. L’euthanasie : décider d’arrêter les souffrances de quelqu’un qui n’a plus de qualité de vie. Ce sont des définitions personnelles dans lesquels nous trouvons deux points communs : la mort et la décision. Les décisions seules ne sont pas toujours difficiles à prendre, mais dans le cas de décider de la mort : il n’y a pas de retour en arrière.

Le suicide assisté a une étape supplémentaire à l’euthanasie : la prise de décisions sur sa vie d’abord et la mise à mort lorsque la personne n’a plus aucune qualité de vie, selon son choix, par la main de quelqu’un d’autre. L’euthanasie : la personne sans qualité de vie n’a pas pu se prononcer avant d’être gravement malade sur son désir de mourir lorsqu’elle sera maintenue en vie par des machines. Alors les proches prennent la décision.

J’ai de la difficulté à ordonner ces concepts dans ma tête parce qu’il y a trop d’arguments contres : que faire si 5 ans plus tard la science trouve finalement le remède à la maladie qui condamnait 5 ans plus tôt. Que faire si les recherches sur les cellules souches aboutissent et permettent la régénérescence de la moelle épinière ou des cellules du cerveau : allons-nous regretter d’avoir voulu mourir ou d’avoir euthanasié un proche? Nous ne pourrons pas nous dire : flûte de zut, avoir su nous aurions pris une décision différente.

Encore une fois, utiliser des exemples pratiques brouilleront les émotions et il sera difficile de légiférer en la matière. Les Lois, à mon avis, devraient d’abord être écrites sur des idées, des concepts, des points de vue. Lorsque nous pouvons définir les termes et appliquer les nuances nécessaires de façon générale, nous pouvons ensuite tenter de placer l’exemple d’une vie réelle dans ces concepts et prendre une décision : mais j’avoue que c’est moins vendeur pour les médias.

Décider de la vie ou de la mort d’un être vivant implique une immense responsabilité. Que ce soit une décision pour soi ou pour d’autres, il n’y a aucune place à l’erreur.

© Amnesty International

© Amnesty International

Procès Shafia – quand la religion rencontre le criminel

Au moment d’écrire ces lignes, le jury délibère afin d’arriver à un verdict dans la cause des Shafia. Ce procès fait la une de tous les journaux et pour cause : trois personnes sont accusées d’avoir assassiné trois filles et la première femme de Shafia. Parmi ces accusés, Shafia lui-même. Les événements se sont produits au début de l’été 2009. Lorsque j’en entends parler, le sang se glace dans mes veines et la colère me prend.

Dans la vie de tous les jours, comment un père peut comploter pour tuer sa première femme et ses trois filles. Admettons qu’il déteste sincèrement sa première femme; un moment de folie meurtrière, nous avons déjà vu ça malheureusement et beaucoup trop souvent. Je n’ai pas tous les éléments de preuves entre les mains alors je ne peux pas de toute façon dénoncer le verdict s’il ne va pas dans le sens que je prendrais : meurtre prémédité au moins pour le père. Malgré tout, ce procès permet la confrontation entre la religion et le criminel.

Les filles de Shafia vivaient en Occident. Elles portaient des manches et des jupes courtes, se promenaient avec des amis sur la rue. Pour le père, ce comportement était inacceptable. Ses filles devenaient débauchées et les putains de la pire espèce, elles déshonoraient la famille parce qu’elles pouvaient peut-être avoir des relations sexuelles hors mariage et qu’elles rentraient à la maison après 21h. J’ai déjà parlé de conditionnement et les Shafia, de l’extérieur, demeurent un exemple parfait du conditionnement de la religion sur l’être humain.

Les accusés n’ont pas réussi à s’intégrer à leur société d’accueil. Ils ont amené leur extrémisme avec eux et le Canada a failli à l’intégration de ces nouveaux arrivants. Cependant, les filles et la première femme de Shafia ont réussi ce tour de force. Elles avaient rejeté l’oppression et avaient embrassé la liberté offerte par les pays occidentaux. Les extrémistes de la religion musulmane oppriment les femmes et les maintiennent à un niveau inférieur à celui de l’homme. J’insiste sur le mot “extrémiste”, car des Musulmans j’en connais et la grande majorité prône une religion de paix, de partage et de respect.

Des extrémistes il y en a partout, même chez les catholiques. Je déplore l’extrémisme religieux puisqu’il mène souvent à des meurtres approuvés par la communauté extrémiste elle-aussi. C’est d’ailleurs la grande différence entre le “meurtre d’honneur”, le “meurtre passionnel” ou le “meurtre tout court” : le meurtre d’honneur reste un acte approuvé par la société extrémiste alors les auteurs ne sont pas punis dans ce type de regroupement.

Enlever la vie pour cause de déshonneur me dépasse : qui décide du niveau de déshonneur passible de mort, seules les femmes peuvent être déclarées coupables et pas les hommes? Est-ce que seules les femmes sont dénoncées d’adultère et les hommes eux c’est acceptable?

Je souhaite la bienvenue à tous nos nouveaux arrivants. Je peux me douter qu’il est extrêmement difficile de s’adapter à un nouvel environnement politique, physique, culturel, judiciaire. Je salue votre courage et votre détermination à vous construire une nouvelle vie. Et la très grande majorité d’entre vous travaillez très fort pour réussir et vous y arrivez; bravo!

Pour la minorité extrémiste, sachez que je demeure dans un pays où les droits religieux ne primeront pas sur les droits des femmes.  Vous me trouverez sur votre chemin si vous tentez d’imposer l’inverse.

Le verdict du procès Shafia vient de tomber. Si le phénomène existe : que les âmes de ces femmes reposent en paix.

Photo - CTV News et Globe and Mail
Photo – CTV News et Globe and Mail

J’ai une question Monsieur le Président

La Coalition Avenir Québec (CAQ) revient à la charge dans les médias. Il s’agit en effet de son travail pour l’instant : faire parler d’elle. Aujourd’hui, elle demande à l’Assemblée Nationale d’avoir le droit d’intervenir à chaque période de questions. La demande en soi est légitime : des députés élus veulent pouvoir intervenir afin de demander des comptes au gouvernement Charest. Cependant, j’ai quelques bémols avec la CAQ.

D’abord, la CAQ a des députés “élus” grâce à la fusion avec l’Action Démocratique du Québec (ADQ). La CAQ n’a jamais eu de candidats lors d’une élection générale : elle n’était pas un parti lors de la dernière élection générale. De plus, elle a manqué son coup dans Bonaventure en ne présentant aucun candidat, mais c’était son choix. Et aujourd’hui, elle demande le privilège de demander des comptes au gouvernement Charest. Au sens large, n’importe quoi pour bombarder le gouvernement Charest (au sens figuré évidemment) me fait plaisir.

Cependant, je n’ai pas aimé que Legault dise qu’il veut intervenir à chaque période de questions étant donné la faiblesse du Parti Québécois (PQ) à l’Assemblée. Là, j’accroche : si le PQ est si faible que ça, Monsieur Legault, pourquoi y avoir participé pendant tellement d’années. Pourquoi avoir perdu votre temps à ce point. Aussi, vous pensez sérieusement que le PQ avec son équipe composée de 44 députés compétents et expérimentés a “peur” du gouvernement Charest? De plus, les députés du PQ ne sont pas des opportunistes ni des transfuges : les convictions comptent surtout pour la souveraineté. La question constitutionnelle n’est pas un “on verra”.

Alors Monsieur Legault, vous ferez ce que vous voudrez, mais je vous dirais de ne pas trop exagérer vos propos. En politique, vous le savez plus que moi, tout est conservé, tout se sait, tout est répété et ressorti lorsque ça ne vous tentera pas, mais au meilleur moment pour vous tirer dans le pied. Il existe toutes sortes de conseillers politiques. Même dans ce domaine il y en a des forts, des moyens et des faibles. Je vous souhaite de vous entourer des meilleurs, car pour le moment, si la sortie publique d’hier et son argumentaire vous ont été conseillés, je me poserais de sérieuse questions à votre place.

Votre demande demeure légitime pour l’électorat qui a voté pour des députés et non pour le parti politique ADQ; soit. Cependant, les propos justifiant votre demande n’ont fait que frapper l’imaginaire, tout comme le miroir de Curzi, pour être répétés et répétés par les médias pour vendre. Cependant, le commun des mortels trouvera votre intervention extrêmement faible; peu banal pour un politicien de votre trempe. Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, il y a des limites à dire n’importe quoi.

L’originale de la photo se trouve dans ce superbe diaporama.

Une femme au pouvoir

À la suite de la parution de l’article L’état du féminisme au Québec de mon collègue du Globe, je présente une explication de ma pensée sur le sujet. En effet, monsieur Sirois et moi avons échangé brièvement et je trouve que le Québec n’est pas prêt à voter pour une femme. Avant de me lancer des tomates et me donner tous des exemples d’exceptions, je vous demande humblement de lire ma pensée au complet.

Dans l’histoire du Québec, les rôles des hommes et des femmes ont évolué. Conventionnellement (je préfère ce mot à « naturellement »), le rôle de la femme a été celui de mère, de ménagère, d’épouse. Le rôle de l’homme était celui de pourvoyeur afin de nourrir toutes les bouches à la maison. Je ne glorifie pas l’un plus que l’autre. C’était les rôles à une époque, avant que des femmes manifestent le désir d’avoir le choix de faire ce qu’elles veulent dans la vie.

Et ces femmes, nous ne les remercierons jamais assez : elles nous ont quand même sorties de ce statut d’enfant sans droit de vote obligées à demeurer à la maison. Elles se sont battues contre les railleries, les barrières, les barrages, les résistances au cours des 100 dernières années et plus. Les femmes n’ont pas de « permission » à demander, elles n’ont fait que prendre la place qui leur revient en tant qu’être humain.

Et comme tout mouvement de pendule, le dépassement de l’équilibre arrive et nous tombons dans l’autre extrême : les « super-women ». Mère exemplaire, cadre de direction efficace, épouse attentionnée, amie toujours prête, et j’en passe. Les hommes peuvent bien paraître perdus de temps en temps : elles sont partout, et lui, où est sa place ? Les femmes se sont tellement battues pour obtenir la possibilité de faire ce qu’elles veulent qu’elles ne cèdent aucune parcelle de terrain. Trop c’est comme pas assez.

Les exceptions pleuvent, je sais, moi-même je suis loin de la super-woman, mais le phénomène est observable plus souvent qu’autrement. Nous bâtissons un modèle de société différent et comme il n’a jamais existé auparavant : nous nous trompons, nous corrigeons et continuons.

Tel qu’exposé ci-dessus, ça ne fait pas 100 ans que les femmes sortent des maisons et prennent une place de pouvoir : 3 générations à peine. Les traditions restent profondément gravées malgré les changements importants de notre histoire : la femme prend de plus en plus sa place, certes, mais le vote populaire ne se fait pas publiquement. Dans l’isoloir, chacun met son X là où il le veut. Tout le monde dira haut et fort que le sexe d’un représentant politique n’a pas d’importance, qu’elle soit femme ou qu’il soit homme, toute personne est sur le même pied d’égalité et blablabla : nous connaissons la chanson. Or, lorsque vient le moment de voter, les beaux discours ne valent plus rien et peu importe ce qui est clamé ouvertement, chaque personne décide bien pour qui il vote. Et conditionnellement parlant, le Québec vote pour un homme.

Vous le savez peut-être, je me fiche pas mal du chef d’un parti. Je vote pour un pays d’abord, une équipe compétente, un programme et finalement pour un chef. C’est ma façon de voter.  Par souci de transparence, je vous apprends ou confirme que, à mon sens, le Parti Québécois reste le meilleur véhicule pour y arriver sans se casser le nez sur le cadre législatif en place au Canada. Je suis incapable de mettre au rancart l’expérience, la compétence et la profondeur du PQ.

Par contre, Pauline Marois subit une campagne de désinformation extraordinaire. Elle parle de souveraineté : on lui dit que personne ne veut en entendre parler. Elle n’en parle pas : elle se fait reprocher de ne pas en parler assez. Elle présente un projet de pays : son équipe la laisse tomber pour des raisons de miroir, de difficultés à travailler plus de 3 ans pour bâtir un pays ou d’un projet de Loi. Puisqu’il n’y a pas grand-chose, on y va du côté subjectif : elle n’est pas populaire. Dommage, mais je préfère un gestionnaire compétent et rigoureux à un gestionnaire menteur et charismatique.

Depuis que John James Charest est au pouvoir, depuis 2003, il a tout augmenté les frais qu’il pouvait, il a payé trop cher pour nos infrastructures, il a rompu moult promesses et donne littéralement nos ressources avec son Plan Nord afin d’assurer un poste de cadre post période politique à ses ministres. Contredites-moi si ça vous chante : y a-t-il des frais qui n’ont pas augmenté ?

Avec ces faits en tête, je tombe sur un sondage effectué avant l’apparition de Legault comme parti politique. Ce sondage place John James Charest comme meilleur premier ministre (19 %) contre Pauline Marois (10 %). Le ridicule ne tue pas : une chance. Et je me suis demandé, mais pourquoi ce résultat?

Et le verdict tombe : je suis convaincue que le Québec n’est pas prêt à voter pour une femme. Les vautours de Marois ne font que parler du projet de loi 204 (l’amphithéâtre de Québec). Elle a pourtant reconnu avoir fait une erreur. Vous voulez que je vous liste tout ce que Charest a fait pendant ses mandats? Épargnez-moi, je vais pleurer.

Par conséquent, je suis dans l’obligation d’admettre que nous sommes conditionnés dans une tradition et un conservatisme inconscient même si nous crions le contraire : nous ne le ressentons pas.

Mon objectif ici? Mettre les points sur les i et les barres sur les t : arrêtez-vous, pensez-y, posez-vous des questions sur votre conditionnement. Et essayez de me convaincre que ça ne vous dérange pas, un peu, la possibilité d’être dirigés, représentés, légiférés par une femme.

J’espère tellement me tromper.

L’original de l’image peut être trouvé ici.

Transfuges : nuances importantes

Récemment, plusieurs politiciens ont changé de camp. Les opinions sur les transfuges pullulent : inacceptable, trahison, légitime, juste les fous qui ne changent pas d’idée. Pour ma part, tout est une question de moralité publique : nous pouvons tous personnellement changer d’opinion, mais qu’en est-il lorsque nous représentons un groupe d’individus, que nous ne sommes pas seuls avec notre idée.

Je remercie Jean-Martin Aussant d’avoir écrit son commentaire à la page du débat du jour de La Presse. Il avait d’ailleurs avantage à attaquer le problème de front parce qu’il est aussi un transfuge. Il quitte un parti pour un autre : transfuge. Le PQ a évolué depuis la dernière élection, mais son programme promeut toujours la souveraineté, comme monsieur Aussant l’a si bien défendue pendant sa campagne électorale. Cependant, son commentaire sur la légitimité des transfuges est titré “à proscrire”. Aussi, il parle du départ de René Lévesque lorsqu’il a fondé le PQ. Monsieur Aussant : Lévesque n’a pas quitté des souverainistes pour fonder un parti souverainiste. Votre comparaison demeure donc extrêmement boiteuse à mon avis. Assumez plutôt que vous avez changé de camp en cours de mandat sans passer par une élection. De plus, les votes que vous récolterez iront pour Option National et non pour le Parti Québécois. Vous êtes donc automatiquement un adversaire du PQ tout en ayant commencé votre mandat au PQ : transfuge.

Nous avons aussi vu François Rebello passer du Parti Québécois à la Coalition Avenir Québec (en passant Monsieur Rebello, votre site www.francoisrebello.com indique encore le PQ en liens utiles et rien pour la CAQ). Celle-là, vraiment, je ne l’ai pas comprise. Monsieur Rebello, vous défendez la souveraineté à plein poumons, mais vous quittez pour un parti qui a de la misère à se brancher sur un impératif de l’environnement politique québécois. Beaucoup parlent d’opportunisme politique, moi je suis simplement bouche bée.

Sur la scène fédérale, Lise St-Denis a laissé tomber le Nouveau Parti Démocratique pour joindre le Parti Libéral du Canada. Les idéaux de ces deux partis sont plutôt de gauches, sans être parfaitement identiques. Le mouvement reste à mon sens moins radical que celui de monsieur Rebello. Cependant, prendre une telle décision demeure embêtant : il s’agit d’une décision personnelle puisqu’elle n’a pas fait l’objet d’un référendum auprès des électeurs alors que son impact reste directement lié à une responsabilité publique. Afin de justifier son geste, madame St-Denis mentionne que les gens avaient voté pour Jack Layton et qu’il est mort. J’ai eu un immense malaise puisqu’il existe des électeurs qui votent pour des programmes, des idéaux et pas seulement pour un chef. Plutôt que de capitaliser sur une personne décédée, elle n’a qu’à assumer ses décisions.

Lorsque nous votons, nous votons parfois pour un parti : le député Matthew Dubé n’a jamais mis les pieds dans ma circonscription et il a été élu. L’électorat ne viendra pas me dire qu’il a voté pour la personne, on s’entend. Nous votons parfois pour la personne : une amie se présente pour Québec Solidaire dans Westmount qui reste libérale depuis que nous comptabilisons des résultats d’élections. Nous aurons au moins le plaisir de lui dire qu’elle a eu notre vote. Nous votons parfois pour le programme : les baisses d’impôts et le gel des frais de garderies de Charest. Bon, ça ne fonctionne pas toujours, mais nous pouvons nous plaindre, faire des pétitions et des manifestations pour finalement le réélire 4 ans plus tard. Si seulement la mémoire n’était pas cette faculté qui oublie.

En conclusion, le cas des transfuges suscite débats et opinions divers parce qu’il y a des arguments justifiant et décriant ce choix. J’en reviens aux cas d’immoralité publique : jusqu’à quel point est-il éthique de changer personnellement de parti en cours de mandat lorsque nous sommes un représentant élu par nos pairs. Devrions-nous l’interdire par une loi? Si c’est le cas, elle devra être étoffée à souhait afin d’indiquer tous les cas possibles de changements : deux partis aux idées similaires sur l’axe droite-gauche, des idées diamétralement opposées, la fondation d’un nouveau parti. Ou encore, devrions-nous faire une élection partielle dès qu’il y a un changement? Ou bien faire approuver le choix du député via un référendum dans la circonscription?

Le problème demeurera entier tant que nous ne séparerons pas la responsabilité personnelle de la responsabilité publique du député.

On peut voir l’original de la photo sur le site de Radio-Canada.