Droits de scolarité : quand indexation signifie gel

dollars

Avec les rencontres préparatoires au sommet 2013 sur l’éducation du gouvernement Marois, plusieurs de nos politiciens et représentants des fédérations étudiantes sortent dans les médias afin de présenter les multiples positions possibles concernant les droits de scolarité. Apparemment, certaines explications demeurent nécessaires étant donné les commentaires sur les médias sociaux et les gros titres des journaux. Je tente ici, pour le plaisir, de présenter ma compréhension de certaines options.

La gratuité scolaire demandée par l’Association pour une Solidarité Syndicale Étudiante (ASSÉ), que dis-je « demandée » : martelée, exigée, imposée aveuglément et sans considération aucune pour autre chose. L’idée est magnifique. Malheureusement, nos moyens demeurent limités et notre population continue de vieillir. Nous avons des coûts et des besoins exponentiels en santé. Faute de pouvoir tout avoir, nous devons choisir. Oui, nous pourrions choisir la gratuité scolaire au lieu de soigner les personnes âgées. C’est vrai. Je préfère que tous payent un peu plutôt que de laisser mourir des personnes âgées. C’est un peu extrémiste comme propos, mais à une suggestion extrême, seules les images extrêmes parlent. Du ménage reste évidemment nécessaire dans l’administration publique et la souveraineté nous faciliterait la tâche. Soit. En attendant, nous avons encore des universités et des cégeps à faire vivre. L’ASSÉ a annoncé qu’elle boycotterait le sommet 2013 : quel excellent moyen pour se faire entendre que de se cacher de la plateforme mise en place pour présenter ses idées chiffrées. L’ASSÉ a présenté un mémoire pour démontrer les bienfaits de la gratuité scolaire et combien il est difficile de chiffrer précisément cette mesure. C’est de valeur parce que nos impôts et taxes sont chiffrés et les moyens doivent être connus dans un budget : je vous suggère fortement de retourner faire vos devoirs et de participer au sommet, ça sera déjà un bon début.

L’indexation des frais de scolarité collée sur l’inflation correspond à un gel des droits de scolarité. Je ne vois pas ce qu’il y a d’amusant à ce concept : c’est exactement ça. Voici quelques exemples pour présenter cette perspective : le salaire minimum a déjà été à 7 $ l’heure. Il aura été graduellement indexé pour atteindre 10,15 $ l’heure le 1er mai prochain. Pourtant, il s’agit toujours du salaire minimum et le pouvoir d’achat de ces salariés demeure toujours le même. Il y a donc gel du pouvoir d’achat; gel quant à la quantité de biens accessibles avec ce salaire qui, pourtant, a augmenté. Un second exemple est la livre de beurre : demandez à vos grands-parents et ils vous diront qu’ils ont déjà payé 1 $ la livre de beurre. Or, ce même bien reste beaucoup plus cher aujourd’hui, mais les salaires ont augmenté aussi, tout ça pour acheter la même livre de beurre.

À l’inverse, s’il y a un gel des salaires, nous sommes devant une baisse du pouvoir d’achat. En effet, 30 000 $ par année constituait un pouvoir d’achat énorme en 1950, mais pas en 2013. Par conséquent, garder un salaire ou un coût au même montant en dollars absolus diminue son importance au fil du temps. Le même phénomène se produit avec les frais de scolarités : vous maintenez les frais au même montant en dollars absolus d’années en années et vous diminuez l’importance de ce coût sur le revenu total des acheteurs. 2 000 $ par session avec un salaire à 7 $ l’heure fait plus mal que le même 2 000 $ lorsque le revenu est à 10 $ l’heure. Vous me suivez?

Alors loin d’être un abus de langage, maintenir les droits de scolarité au même montant en dollars absolus diminue le coût réel étant donné la hausse du salaire minimum par exemple. L’augmentation des frais de scolarité liée à la hausse du salaire minimum contribuerait à geler le pourcentage du revenu qu’un étudiant déboursera pour ses études.

Notre société a des choix à faire, l’année dernière à pareille date nous avions un gouvernement inflexible maintenant la ligne dure avec les étudiants juste pour tenir son bout. Aujourd’hui, nous avons un gouvernement qui organise un sommet sur l’éducation pour écouter les propositions.

Je comprends que nous ne sommes pas habitués d’être consultés, mais la plateforme existe : utilisez-la à bon escient.

(Image par Images_of_Money)

Un temps d’arrêt

sablier

Nous courrons tout le mois de décembre : la famille proche, la famille éloignée, les enfants, les amis, les cadeaux, les rhumes, les grippes, les otites, les cliniques, les magasins pour les surprises oubliées de dernière minute; et c’est très bien, mais STOP! Dans tout ça, où se trouve notre relation avec nous? L’altruisme demeure une excellente valeur, mais il existe un besoin d’altruisme de soi avec soi. Comme un ami m’a déjà dit : l’égoïsme, c’est la générosité pour soi. Je me demande si nous ne serions pas moins dépressifs si nous nous occupions un peu plus de nous-mêmes personnellement. Un peu plus j’ai dit, pas laisser tomber tout le monde pour nous regarder le nombril.

Alors arrive le Jour de l’An et ses résolutions traditionnelles. J’ai toujours trouvé ça très drôle les résolutions : des bilans personnels on peut en faire à l’année alors pourquoi attendre que le chiffre de l’année change? On peut se décider le 12 juin ou pendant nos vacances d’été. Mais non, on aime ça les vacances des fêtes, quand ça suit une routine et un cadre, c’est confortable.

Alors quelles seront vos résolutions? Arrêter de fumer? Arrêter de boire? Perdre du poids? Pour ma part, je prends toujours la même résolution d’une année à l’autre et je la respecte toujours. Ma résolution : ne pas prendre de résolution. Je vous suggère autre chose. Je vous propose de prendre du temps pour vous et que ça devienne un mode de vie. Choisir un moment dans la journée, dans la semaine ou dans le mois pendant lequel vous ferez uniquement quelque chose qui vous allume personnellement, seulement vous avec vous pour vous. Ça peut être lire un livre, dormir, recevoir un massage, regarder le plafond, prendre une marche, jouer de la musique, n’importe quoi! Être en voiture ou dans l’autobus ça ne compte pas : nous sommes toujours concentrés sur la route ou sur l’arrêt qui s’en vient. Faites n’importe quoi que vous aimez et qui vous rapprochera de vous. L’idée semble tellement évidente, mais nous ne le faisons pas. Avez-vous remarqué?

Notre quotidien stressé ne rend pas la tâche facile et la culpabilité non plus : qu’est-ce que je fais à enrichir ma relation avec moi alors que je pourrais m’occuper de mes enfants, ma famille, mes amis, mes collègues. J’ai encore de l’énergie alors je pourrais l’utiliser à aider les autres. Le tour de force ici réside à réussir à nous mettre personnellement sur le même pied d’égalité que les personnes qui nous entourent : pourquoi toujours faire passer les autres avant soi? Le mot important à retenir est « toujours ».

Je ne voudrais pas que nous devenions une société individualiste, loin de là. Si c’est ce que vous déduisez : j’ai manqué mon coup. Je précise qu’en nous aidant nous-même nous pourrons mieux aider les autres. Choisissez un temps pour vous qui vous satisfera. Appréciez et savourez ce moment. Vous êtes aussi important que les autres.

L’étape suivante sera de vous retrouver tout seul avec vous-même. Tout seul pour vrai : pas d’ordinateur, pas de télévision, pas de cellulaire intelligent, pas de tablette électronique, pas de livre, pas de musique, pas de gens. Tout seul, demeurer conscient et observer ce qui se passe. Si vous réussissez, vous verrez de la surprise, de l’émotion, des effets physiques. Personnellement, je n’ai jamais réussi à tenir très longtemps, mais pour le temps que ça dure, c’est impressionnant.

Bonne année tout le monde! C’est le moment : j’ai rendez-vous avec moi.

(Image par akial)

Newtown : début du changement?

fusils

Quiconque suivant un peu les nouvelles connaît maintenant Newtown au Connecticut. Vingt-sept personnes ont trouvé la mort dans une école, incluant le tueur. Vingt enfants ont quitté ce monde avant même d’avoir pu goûter à tout ce qu’offre la vie. Six membres du personnel n’auront pas vu le soleil se coucher cette journée-là. Le tueur, un adolescent de 20 ans, a décidé de mettre fin à ses jours dans un incompréhensible coup d’éclat noir.

Je ne comprends pas cette folie. Je ne diminuerai jamais la douleur que quelqu’un peut ressentir, mais comment peut-il en arriver à planifier un tel carnage? Je sais que l’humain demeure capable des pires atrocités et cet événement ne fournit qu’une malheureuse preuve supplémentaire. Cette tragédie s’ajoute à la trop longue liste des meurtres de masse aux États-Unis.

Le 2e amendement de la Constitution américaine adopté en 1791 garantit le droit à tout États-Unien de porter une arme. Soit, c’était valable dans le temps où chaque citoyen pouvait être appelé à combattre pour son pays, à l’époque où la milice était populaire. Malheureusement, plusieurs États-Uniens ont oublié ce contexte. Ce lavage de cerveau encouragé par la National Rifle Association (NRA) existe et persiste simplement parce qu’il y a une piastre à faire. Et une très très très grosse piastre.

Le gouvernement de Barack Obama commence à montrer une certaine ouverture à légiférer sur l’accessibilité aux armes automatiques. Une partie de la population montre aussi cette ouverture. L’objectif demeure de ne pas toucher au sacro-saint droit au port d’arme, mais d’au moins contrôler le type d’arme.

Les réactions à la suite de la tuerie de Newtown restent diamétralement opposées : soit on veut carrément limiter le port d’arme, soit on s’équipe encore plus pour supposément se protéger. Et ceux qui prônent l’armement massif demeurent très campés dans leur position : tu ne leur enlèves pas leurs armes. Ils prétendent se défendre plutôt que de voir qu’ils encouragent des bombes à retardement. Encore plus consternant, la vente de sac à dos pare-balle a explosé depuis l’hécatombe de Newtown. Ce n’est pas une blague. Ces objets existent et se vendent.

Cette frénésie des armes semble ancrée dans leur culture et presque dans leurs gènes. En parallèle, c’est comme si je vous disais qu’à partir de demain, la langue obligatoire, officielle et d’usage du Québec devient le japonais et gare à celui qui s’échappe et parle français. Vous me ririez en pleine face. Et bien les États-Uniens font la même chose pour le port d’arme.

Changer la relation que peut avoir un pays entier comme les États-Unis avec le port d’arme demande du temps. Pour nous, une réglementation semble d’une évidence indescriptible, mais pas pour une grande partie des États-Uniens. Je souhaite profondément que le décès de ces enfants ne soit pas vain et fera tellement mal aux cœurs des États-Uniens qu’ils auront le choc suffisamment grand pour amorcer le changement majeur de leur vision d’un monde armé.

Le coup de barre est donné, mais c’est un paquebot plus gros que l’Oasis of the Seas qu’il importe de bouger sur un dix sous.

(Image par ToastyKen)

Lettre à Pauline Marois

Marois

Note : par soucis de transparence, je précise que je m’affiche en tant que péquiste et suis membre du Parti Québécois. Presque tous mes lecteurs le savent, mais je ne pourrai pas me le faire reprocher : une affaire de moins.

Chère Première Ministre,

Madame la Première Ministre ou Madame Marois : je pense que l’une va difficilement sans l’autre dorénavant. Après presque 100 jours au pouvoir, comment allez-vous? Cette question semble rayée de la carte pour les représentants de l’État : les journalistes posent 150 questions en même temps et vous devez y répondre en 3 mots pour cadrer dans un gros titre. C’est une parcelle de la vie que vous avez choisie et elle vous passionne j’en suis certaine.

Que ce début de mandat reste difficile. Nous oublions tellement facilement : un nouveau parti au gouvernement arrive presque « tout nu » au pouvoir. Il a beau avoir été dans l’opposition, plusieurs nouveaux députés se joignent à l’équipe et ont des classes à faire. L’avantage du Parti Québécois, héritage de René Lévesque : il y a plus de députés expérimentés et ayant touché de près ou de loin au pouvoir pour relancer le Québec à la vitesse grand V. Aussi, vos 14 ministères vous dotent d’une enviable expérience que certains partis n’ont même pas en combinant les expériences des 125 candidats.

Ce que j’aime avec notre gouvernement c’est la vitesse à laquelle les décisions se prennent et s’ajustent : avec les libéraux, ça bougeait une fois par 6 mois. Maintenant, il y a des décisions, des critiques (comme d’habitude) et la nouveauté : des ajustements faits à la vitesse de l’éclair. Pour un gouvernement en inertie, on repassera!

J’ai confiance en vous et au PQ au-delà des secousses et des critiques. Vous dirigez ce gouvernement minoritaire de mains de maître. Je nous souhaite sincèrement un gouvernement majoritaire péquiste et enfin notre pays. Continuez d’en parler, de le présenter et de le promouvoir : nous finirons bien par tous nous rallier.

Je ne vous apprendrai absolument rien sur votre métier. Tout ce que j’en sais, c’est que c’est un métier difficile, passionnant, prenant et brûlant. Je vous lève mon chapeau bien haut et vous salue bien bas, Madame. S’il vous plaît, ne nous laissez pas tomber.

Marilène Pilon

L’image provient du site de la Première Ministre du Québec

Budget Marceau – compromis à l’honneur

Photo - Francis Vachon, Montréal Gazette

Photo – Francis Vachon, Montréal Gazette

Et bien nous l’attendions tous ce premier budget Marceau. En effet, dans le contexte d’un gouvernement minoritaire, réaliser le programme du Parti Québécois n’est pas une mince affaire quand la droite détient la balance du pouvoir. Pour voir les principaux points, je vous suggère de consulter ce site du budget.

Ce qui m’impressionne des budgets de cette envergure, c’est qu’une réduction d’impôts de 10 $ par mois peut priver le gouvernement de millions de dollars de revenus alors que 10 $ de plus dans notre poche, entre vous et moi, ce n’est pas le gros lot. Alors, comment faire un budget pour satisfaire tout le monde tout en donnant un répit à la classe moyenne? La réponse? Facile pourtant…

La réponse : impossible. À l’impossible nul n’est tenu, sauf le gouvernement. En effet, nous voulons que le gouvernement crée de l’argent : sauvegardons nos services dont les coûts augmentent de façon exponentielle sans payer plus cher d’impôts ou de taxes. Tant qu’on n’a pas besoin de soins de santé importants ou de cours universitaires coûteux : nous pouvons nous ficher des services. Par contre, l’égalité des chances et le partage de la richesse concernent tout le monde en tout temps. Nous ne pouvons pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Et bien nous ne pouvons pas avoir les soins de santé avec la castonguette tout en gardant les milliers de dollars que coûtent ces services par personne dans notre portefeuille.

Les taxes et impôts que nous payons toutes notre vie servent de financement pour nos besoins en services futurs. Ça semble tellement évident, mais quand il s’agit de payer : rarement dans notre cour. Le budget Marceau d’aujourd’hui, je le trouve réaliste : pas de gros youppis ni de grosses déceptions.

Un bon coup : l’annulation de la hausse libérale des droits de scolarité. Avoir enduré un printemps aussi chaud alors que le ministre des finances du Parti Québécois annule la hausse après 2 mois en poste : chapeau! L’entêtement devient une honte pour les libéraux.

Un moins bon coup : la taxe santé. Je me console en me disant que ce n’est pas le 200 $ intégral des libéraux. Malgré tout, j’aurais préféré une entrée en force du PQ avec l’annulation de la taxe santé. Ceci étant dit, ça sonne beaucoup comme avoir le beurre et l’argent du beurre et je ne sais pas comment il aurait pu y arriver. Je préfère penser qu’avec la CAQ en face, le gouvernement minoritaire ne peut pas faire ce qu’il veut. Je me demande si l’annulation de la taxe santé aurait été possible avec un PQ majoritaire. Il fallait voter PQ pour ça, meilleure chance la prochaine fois.

La création de nouvelles places en garderie et de logements sociaux demeurent une excellente nouvelle pour la justice sociale. Le plan de réduction de la dette permettra de nous rapprocher de notre pays avec des finances encore plus saines. L’augmentation de quelques sous les taxes sur l’alcool et les cigarettes aidera à financer les dépenses, en autant que la contrebande ne reprenne pas le dessus. De toute façon, peu importe ce que nous pourrons instaurer comme mesures pour encadrer un comportement, plusieurs s’échineront à contourner les règles : ils sont payés pour ça. On n’a qu’à le voir avec la règle du plus bas soumissionnaire pour les contrats en construction.

Au final, avec le PLQ sans chef et la CAQ sans le sous, ces partis ne feront pas tomber le gouvernement Marois sur ce budget. Ils vont essayer de nous faire peur, certes, mais c’est leur job de s’opposer. À suivre pour des élections en 2013 ou début 2014, les paris sont ouverts.

Réécriture de la Charte des droits et libertés de la personne

Mon père a déjà demandé à des étudiants de réécrire la fameuse Charte des droits et libertés de la personne en Charte des devoirs et libertés de la personne. J’ai eu le goût de l’essayer. L’objectif était de changer l’angle d’approche devant des droits (un dû sans rien faire) pour des devoirs (une responsabilité active). Je fais confiance au lecteur pour ouvrir son esprit devant cette perspective nouvelle afin d’en faire des rapprochements avec des abus trop fréquents au nom de tous les droits : pensez à la religion, au politique, aux traditions. Évidemment, je ne l’ai pas fait pour la charte au complet : plus de 130 articles. Je veux m’amuser, mais si ça vous dit, poursuivez l’oeuvre. Vous êtes prêts? On y va!

CHARTE DES DEVOIRS ET LIBERTÉS DE LA PERSONNE

CONSIDÉRANT que tout être humain possède des devoirs et libertés intrinsèques, destinés à contribuer à assurer sa protection et son épanouissement;

Considérant que tous les êtres humains sont égaux en valeur et en dignité et ont le devoir de respecter la loi;

Considérant que le respect de la dignité de l’être humain, l’égalité entre les femmes et les hommes et la reconnaissance des devoirs et libertés dont ils sont titulaires constituent le fondement de la justice, de la liberté et de la paix;

Considérant que les devoirs et libertés de la personne humaine sont inséparables des devoirs et libertés d’autrui et du bien-être général;

Considérant qu’il y a lieu d’affirmer solennellement dans une Charte les libertés et devoirs fondamentaux de la personne afin que ceux-ci soient garantis par la responsabilité collective et mieux protégés contre toute violation;

À ces causes, Sa Majesté (?????????? désolée, je n’ai pas pu m’empêcher de sauter!?!? ce que je ne ferais pas pour l’exercice), de l’avis et du consentement de l’Assemblée nationale du Québec, décrète ce qui suit:

PARTIE I
LES DEVOIRS ET LIBERTÉS DE LA PERSONNE

CHAPITRE I

LIBERTÉS ET DEVOIRS FONDAMENTAUX

1. Tout être humain a le devoir de vivre afin d’assurer sa sûreté, son intégrité et la liberté de sa personne.

Il possède également la personnalité juridique.

2. Tout être humain dont la vie est en péril a le devoir de demander de l’aide pour assurer sa survie dans la mesure de ses capacités physiques et mentales. En même temps, toute personne doit porter secours à celui dont la vie est en péril, personnellement ou en obtenant du secours, en lui apportant l’aide physique nécessaire et immédiate, à moins d’un risque pour elle ou pour les tiers ou d’un autre motif raisonnable, auquel cas, il a la responsabilité de dénoncer le geste.

3. Toute personne est titulaire des libertés fondamentales telles la liberté de conscience, la liberté de religion, la liberté d’opinion, la liberté d’expression, la liberté de réunion pacifique et la liberté d’association dans le devoir du respect de la liberté de conscience, la liberté de religion, la liberté d’opinion, la liberté d’expression, la liberté de réunion pacifique et la liberté d’association d’autrui.

4. Toute personne a le devoir de sauvegarder sa dignité, son honneur et sa réputation sans porter préjudice à autrui.

5. Toute personne a le devoir de respecter la vie privée.

6. Toute personne a le devoir de prendre du bon temps et de disposer de ses biens comme il l’entend, sauf dans la mesure prévue par la loi et sauf s’il nuit au bon temps et à la disposition des biens d’autrui.

7. et 8. Inchangés

9. Chacun a le devoir de respecter le secret professionnel. (reste de l’article inchangé)

9.1 Les libertés et devoirs fondamentaux s’exercent dans le respect des valeurs démocratiques, de l’ordre public et du bien-être général de tous les citoyens du Québec.

La loi peut, à cet égard, en fixer la portée et en aménager l’exercice.

CHAPITRE I.1

DEVOIR DU RESPECT DE L’ÉGALITÉ DANS LA RECONNAISSANCE ET L’EXERCICE DES DEVOIRS ET LIBERTÉS

10. Toute personne a le devoir de recevoir la reconnaissance et de procéder à l’exercice, en pleine égalité, des devoirs et libertés de la personne, sans distinction, exclusion ou préférence fondée sur la race, la couleur, le sexe, la grossesse, l’orientation sexuelle, l’état civil, l’âge sauf dans la mesure prévue par la loi, la religion, les convictions politiques, la langue, l’origine ethnique ou nationale, la condition sociale, le handicap ou l’utilisation d’un moyen pour pallier ce handicap.

Il y a discrimination lorsqu’une telle distinction, exclusion ou préférence a pour effet de détruire ou de compromettre ce comportement.

10.1 à 14. Inchangés

15. Nul ne peut, par discrimination, empêcher autrui d’avoir accès aux moyens de transport ou aux lieux publics, tels les établissements commerciaux, hôtels, restaurants, théâtres, cinémas, parcs, terrains de camping et de caravaning, et d’y obtenir les biens et les services qui y sont disponibles. Nul ne peut donc exiger une modification dudit service au nom de l’article 3 sans contrevenir à cet article puisqu’il empêcherait l’accès au service en ralentissant l’exercice de celui-ci. (La dernière phrase est là pour mettre les points sur les i et les barres sur les t. Ça reviendra quelques fois.)

16. Nul ne peut exercer de discrimination dans l’embauche, l’apprentissage, la durée de la période de probation, la formation professionnelle, la promotion, la mutation, le déplacement, la mise à pied, la suspension, le renvoi ou les conditions de travail d’une personne ainsi que dans l’établissement de catégories ou de classifications d’emploi. Toute revendication au nom de l’article 3 contrevient à cet article puisqu’il demande des modifications quant aux conditions de travail identiques pour tous.

17. à 20.1 Inchangés

CHAPITRE II

DEVOIRS POLITIQUES

21. Toute personne a la possibilité d’adresser des pétitions à l’Assemblée nationale pour le redressement de griefs.

22. Toute personne légalement habilitée et qualifiée a la possibilité de se porter candidat lors d’une élection et a le devoir d’y voter.

Je saute au chapitre plus intéressant sur le plan des devoirs.

CHAPITRE IV

DEVOIRS ÉCONOMIQUES ET SOCIAUX

39. Les parents ou les personnes qui en tiennent lieu ont le devoir d’assurer à tout enfant la protection, la sécurité et l’attention.

40. Toute personne a le devoir, dans la mesure et suivant les normes prévues par la loi, de recevoir une instruction publique gratuite et de réussir la formation dans la mesure où sa santé physique et mentale le permet. Dans le cas d’un échec injustifié, toute personne a le devoir de payer la reprise de cette formation.

41. Les parents ou les personnes qui en tiennent lieu ont le devoir d’assurer l’éducation morale de leurs enfants conformément à leurs convictions, dans le devoir du respect de leurs enfants, de l’intérêt de ceux-ci, des lois civiles et des lois criminelles.

42. Les parents ou les personnes qui en tiennent lieu ont la possibilité d’envoyer leurs enfants dans des établissements d’enseignement privés, pourvu que ces établissements se conforment aux normes prescrites ou approuvées en vertu de la loi.

43. Les personnes appartenant à des minorités ethniques ont la possibilité de maintenir et de faire progresser leur propre vie culturelle avec les autres membres de leur groupe dans le devoir du respect des articles 3, 4, 6, des lois civiles et criminelles.

44. Toute personne a le devoir de s’informer, dans la mesure prévue par la loi.

Et ainsi de suite.

La réécriture de la Charte des droits et libertés de la personne apporte une autre dimension à nos responsabilités collectives. Les droits demeurent revendiqués à toutes les sauces et n’importe comment. Dans notre monde, il y a beaucoup trop de droits et pas assez de devoirs.

Image par zigazou76

Le voyage ou la destination

L’être humain demeure une charmante créature. Il réagit comme il peut en fonction de son environnement, son travail, ses proches. Il n’existe pas deux humains parfaitement identiques en tous points, mais certains comportements trahissent des similarités désarmantes à première vue. Je ne suis pas psychologue, ni sociologue, ni anthropologue : je m’intéresse à la nature humaine comme le faisait Hercule Poirot dans les romans d’Agatha Christie.

Ce billet se veut simplement une ouverture à la discussion sur le sujet le plus vaste qui soit : l’être humain. Je discute beaucoup et j’apprends plein d’éléments sur les perceptions, les jugements, les comportements de mes contemporains. S’ouvrir sur l’autre, qu’il soit voisin ou à l’autre bout du monde, permet des échanges intéressants, très intéressants. Quelqu’un m’a dit il n’y a pas si longtemps : Marilène, tu sais, le parcours pour se rendre à une destination est aussi important que la destination elle-même. Cette phrase m’a trotté dans la tête un bon bout de temps. Moi qui suis une femme de résolutions de problèmes, voilà qu’une personne décide de me parler du chemin pour y arriver et surtout de lui donner une importance. Il existe inévitablement un chemin pour arriver à un objectif, mais la réalisation reste beaucoup plus satisfaisante, selon moi. C’était mon opinion.

Malgré tout, cette anecdote ne cesse de me tourner dans la tête. Vous le savez, je suis une fervente défenseure de la souveraineté et pas rien qu’un peu. L’objectif ultime de créer un pays demeure un projet tellement important : seule possibilité d’être maître chez-nous. À moins que vous ne vous identifiiez à Harper et sa reine ou à un pouvoir centralisateur tellement puissant que vous ne pourrez plus rien décider au Québec. Moi : ça me dérange de ne pas avoir les pleins pouvoirs à l’Assemblée Nationale. Par contre, pour nous rendre au pays, il y a tout un chemin semé d’embûches à traverser. Et c’est là où la phrase de cette personne a tout un impact : le voyage demeure aussi important que la destination. Personnellement, sur le coup et en tant que matheuse, j’étais entièrement en désaccord avec ça. Je vous suggère d’en parler à d’autres matheux de votre entourage : l’important, est-ce la démarche ou le résultat?

Puis j’ai continué à y penser, tellement que j’ai eu besoin d’écrire pour sortir cette réflexion. Et la petite phrase : « le parcours aussi important que la destination » m’a fascinée. Essayons de faire l’analogie de cette phrase avec la vie : le parcours peut correspondre aux enchaînements d’événements nous permettant de discuter, cheminer, bâtir pour ultimement atteindre et réaliser un but précis, soit la destination. Accorder une valeur au parcours revient à voir la vie comme une ligne continue plutôt qu’une série de destinations comme des points séparés d’un vide obscur.

La continuité fait voir le monde d’instants en instants sans en manquer une seconde puisqu’il s’agit d’un concept de liaison. Une série de points fait voir le monde comme des réalisations entrecoupées d’un vide pendant lequel se présente une perte de conscience. Concrètement, accorder une importance au voyage permet de prendre conscience de chaque action aboutissant à un objectif alors que délaisser cet espace-temps entraîne une obsession d’un objectif à atteindre à tout prix, peu importe ce qui se passe entre maintenant et l’atteinte dudit objectif. Par conséquent, les abus sur tous les plans de la vie demeurent immanquables puisque seul le but à atteindre compte : inutile de regarder la dépense (le voyage) puisqu’il demeure futile. Bonjour à l’épuisement.

Dans un monde où l’instantanéité régit notre cerveau, où les publicités, les télé-réalités au succès immédiat, les 15 minutes de gloire vitaux et où l’importance de l’image nous obsèdent et nous rendent aveugles : choisir d’accorder l’importance à la ligne continue plutôt qu’à la série de points reste digne des plus grands exploits de notre ère.

Image par Kansir