Le congé férié de la fête du travail en ce lundi pluvieux dans mon coin de pays demeure un répit pour beaucoup d’entre nous avant la grande rentrée de l’automne. Certains utilisent le titre de la journée pour parler des syndicats. Quelle bonne idée.
Je réfléchis à la question et en revenant à la base, un syndicat demeure une organisation. Nous pouvons difficilement être pour ou contre une organisation. Ses actions peuvent cependant être discutables. Loin de jouer sur les mots, je remets les idées en perspectives : tout n’est pas noir, tout n’est pas blanc. Une organisation et ses actions sont deux concepts très différents.
Historiquement, les conditions de travail de plusieurs employés étaient médiocres. Que dis-je, médiocres, inhumaines : les mineurs travaillaient 14-15 heures par jour et des horaires sur la construction étaient identiques. Le dimanche était le jour de repos parce que les hommes travaillaient à l’extérieur 6 jours (72-80 heures par semaine) et les femmes restaient principalement à la maison pour les enfants, la nourriture, tenir la maison et j’en passe.
Avant les années 1950, les régimes de retraite privés n’existaient pas, le salaire minimum non plus et des assurances collectives étaient un produit en élaboration. Les congés parentaux étaient de purs rêves et les congédiements abusifs restaient monnaie courante. Des employeurs s’en mettaient plein les poches et des employés se battaient tant bien que mal pour joindre les deux bouts.
Aujourd’hui, les syndicats permettent la représentation d’un groupe d’individus afin de négocier avec un employeur parce qu’il serait difficile d’être 1 500 personnes dans un gymnase pour négocier des conditions de travail : on ne pourrait pas entendre toutes les idées de tout le monde.
Selon les domaines, les horaires sont un peu plus flexibles, certains avantages sociaux ont été obtenus à la suite de fortes négociations entre employeurs et employés comprenant des régimes de retraite, des assurances collectives, des assurances-vie. Les employés ont droit à des vacances, des journées maladies et des congés mobiles payés.
Toutes ces améliorations coûtent chères. Les syndicats ont été des outils pour obtenir ces privilèges. Ces derniers font partie de la rémunération globale d’un employé : elle comprend le salaire, le régime de retraite, les congés, les assurances collectives, etc. Par exemple, un employeur pourrait offrir 60 000 $ en salaire et un régime de retraite. Un autre offrira 65 000 $ en salaire seulement. Beaucoup préféreront avoir un régime de retraite. Et croyez-moi, un régime de retraite est coûteux.
Malgré toutes ces nouveautés, les employeurs continuent de faire des profits. Les syndicats ont essayé d’améliorer la répartition des richesses entre employeurs et employés. Du moins, c’était l’objectif au départ.
Toute règle a une (des?) exception(s?). Plusieurs domaines, dont celui de la santé, obligent le travail la fin de semaine et la nuit : les gens ne sont pas malades de 9 à 5. Les bénéficiaires dans les CHSLD ne prennent pas congé de soins ni de repas à Noël. Cependant, les conditions de travail font en sorte que les employés peuvent y trouver leur compte : nous ne sommes pas tous faits pour travailler de jour.
Je suis consciente que beaucoup de chemin reste à faire dans les conditions de travail. Que des infirmiers/infirmières font des 24-36 heures en ligne, que des emplois n’offrent pas de régime de retraite ni d’assurances collectives. Le syndicat peut être un bon intermédiaire, offrir un rapport de force, mais il n’est pas le seul moyen.
L’autre côté de la médaille reste l’abus, possible, de la part du syndicat. Par exemple, toujours exiger une hausse de salaire de beaucoup supérieure à l’inflation, plus d’assurances collectives, plus de régime de retraite; mais sans pour autant que le produit/service offert par son entreprise coûte plus cher au consommateur. Ultimement, l’employeur ne peut pas toujours payer des sommes exorbitantes, il en va de la survie de son entreprise. Aussi, les slogans "prends ça à l’heure ne prends pas ça à cœur" auraient avantage à disparaître.
Du même côté de la médaille, il y a l’abus, possible, de la part des employeurs. Par exemple, il refile la facture d’une hausse du coût de la masse salariale au consommateur alors qu’il sait très bien qu’il a une marge de profit de 35 %. Pourrait-il se contenter d’une marge de, disons, 29 %? Peut-être; on jase là. Il refuse d’augmenter les salaires des employés alors que les patrons se promènent en limousines : ne pourraient-ils pas, peut-être, se contenter de belles grandes berlines? On jase toujours là.
Notez, je ne suis pas syndiquée et ne l’ai jamais été. Je travaille dans la fonction publique municipale alors je côtoie tous les jours des employés syndiqués; principalement des cols blancs et des cols bleu : laissez-moi vous dire que la très grande majorité travaille très fort.
L’abus, qu’il soit d’un côté ou de l’autre, reste inacceptable. Dans ma grande naïveté, j’espère encore que les employeurs n’exagéreront pas côté profits et que les employés n’exagéreront pas côté demandes.
Je persiste à penser que des employés heureux demeurent le plus grand atout à la réussite d’une entreprise. Le tout ne se mesure pas uniquement à la piastre; heureusement.
En terminant, la richesse mondiale est mal répartie : un petit pourcentage de la planète détient la majorité des richesses. Je suis d’accord. Une bonne idée, peut-être, serait de commencer par une meilleure répartition chez-nous; chacun avec son bout de chemin à faire.
