Afin de comprendre mon propos, je vous invite à lire cette opinion publiée le 26 novembre 2011 dans le National Post par Conrad Black : How we bought off Quebec. Conrad Black n’aura aucun mal à lire ma réponse puisqu’il doit être bilingue : le Canada, si cher à son cœur, demeure un pays avec deux langues officielles, non?
Monsieur Black,
D’entrée de jeu, j’avoue que l’affection ne m’étouffe pas envers une personne déclarée coupable de fraude, entre autres. Votre opinion sur le Québec n’en demeure pas moins, disons, grotesque. Votre méconnaissance des valeurs québécoises aveugle votre jugement et vous présentez cette médiocrité à des centaines de lecteurs dans votre journal. Cette campagne de peur réussira peut-être auprès d’esprits étroits, conservateurs et bornés.
D’abord, votre prétendu succès du fédéralisme canadien est émouvant à faire monter les larmes aux yeux… de rires. Rendez-vous compte une fois pour toute que le fédéralisme canadien a l’obligation de présenter autre chose que le statu quo. L’inertie du Canada confirme la paresse du fédéralisme préférant se réfugier dans ce qui existe déjà plutôt que de présenter un projet de société viable dans un Canada d’un océan à l’autre. Et pourquoi cette paresse? Parce que le Canada reste un pays voué à l’échec étant donné les besoins diamétralement opposés entre toutes ses composantes : provinces et territoires. Il demeure donc très difficile pour le fédéralisme de justifier son existence puisque le pays même qu’il défend se morcelle de lui-même. Évidemment, votre succès du fédéralisme s’accroche aux déchirures au Parti Québécois et au rejet du Bloc Québécois. Argumentaire bien mince puisque vous attribuez ce succès à 2 composantes indépendantistes éprouvant des difficultés momentanées. Essayez de me dire après ça que le fédéralisme n’est pas paresseux.
Ensuite, nous payons effectivement beaucoup d’impôts au Québec. Je préfère regarder les services que nous nous payons collectivement plutôt que les bidules que je pourrais me payer avec le tiers de mon salaire de plus dans mes poches. Malgré la corruption et la collusion du gouvernement provincial actuel, malgré les vols grotesques des commandites au fédéral et du référendum volé de 1995, nous avons un système d’éducation plus qu’accessible comparativement aux dizaines de milliers de dollars par année nécessaires en frais à Harvard par exemple. Je préfère avoir un système de santé pour lequel je paie un peu à chaque année plutôt que rien du tout pendant 50 ans et des centaines de milliers de dollars lorsque j’en aurai besoin. Si les Québécois envoyaient exclusivement tous leurs impôts à Québec plutôt que d’en envoyer près de la moitié à Ottawa, nous n’aurions qu’à mettre cet argent sur la dette et votre campagne de peur ne tiendrait plus.
Oui, nous assumerons notre part de la dette canadienne dans notre pays du Québec; mais n’oubliez pas que le Canada devra nous redonner nos actifs également : tout ce que nous payons en Sécurité de la Vieillesse et en Assurance-Emploi entre autres. Huit millions de Canadiens en moins : je comprends que vous soyez rongé par la peur. Dites-vous que malgré vos 8 milliards en péréquation, si nous étions un coût pour le Canada, il ne s’échinerait pas à nous garder.
Les valeurs québécoises, en majorité, demeurent des valeurs de gauche. Nous préférons être une société de droits plutôt qu’une société répressive. Si nous préférons offrir des congés parentaux avantageux et des accès faciles aux garderies, il s’agit simplement d’un choix. J’avoue que certains Conservateurs peuvent avoir de la difficulté avec ce concept : je définis un choix comme une liberté d’actions et de pensées accordée à un ou des individus dans le respect de la moralité et des lois. Les femmes ont le droit, croyez-le ou non, de travailler à l’extérieur. Beaucoup d’entre elles ont fait le choix de ne pas avoir d’enfant pour pouvoir s’épanouir, être autonome financièrement et faire ce qu’elles aiment dans la vie. Or, le Québec a décidé de favoriser la conciliation travail-famille afin de permettre aux femmes de travailler à l’extérieur et d’avoir des enfants, pour les rendre heureuses. Le Québec a accordé des congés parentaux pour les pères pour qu’ils puissent voir leurs enfants au lieu de travailler 80 heures semaine et regretter sur leur lit de mort de ne pas les avoir vus grandir. Les Québécois, en majorité, préfèrent voir leurs femmes heureuses au travail et en famille plutôt que de les obliger à faire des enfants tout en restant à la maison. Comble de bonheur, les femmes qui désirent rester à la maison, au Québec, le font par choix. Ces privilèges demeurent coûteux, alors nous payons tous un peu pour favoriser la collectivité.
Les services publics demeurent des atouts importants dans lesquels les Conservateurs veulent mettre la hache. Donner plus de place au privé n’enrayera en rien la collusion ni la corruption. Les compagnies privées ont pour principal objectif de faire des profits, contrairement à l’état. Par conséquent, les plus démunis tout comme les handicapés physiques et mentaux seront condamnés parce qu’ils n’auront pas les moyens de se payer des assurances privées et autres services devenus privés. Je n’ai jamais eu de réponse à ma question à savoir ce que la droite prévoit faire des pauvres, des malades, des invalides, des aînés : tous ces gens qui n’ont pas nécessairement les capacités physiques ou mentales de travailler. Je ne demande pas mieux que d’avoir une réponse.
Le Québec est conscient que les Conservateurs n’ont plus besoin de lui pour obtenir la majorité de la Chambre des Communes. Par conséquent, toutes les demandes du Québec seront diluées, dénigrées ou carrément rejetées : avec l’absence du Bloc Québécois, Harper a le champ libre pour faire tout ce qu’il veut. Sur le plan international, le Québec affiche des valeurs latines, françaises, festives. Le Canada des Conservateurs demeure absent, endormant, irrespectueux de l’environnement, belligérant. Le Québec étouffe dans ce pays qui ne lui ressemble pas et cherche une place à l’international pour montrer à la face du monde qu’il existe et qu’il est tout le contraire de ce gouvernement.
Je vous invite ainsi que tous vos amis Conservateurs à ouvrir vos esprits et à vivre en 2011 : la religion impose des croyances plutôt que d’appeler les esprits à la curiosité, les femmes ne sont pas que des manufactures d’enfants. L’environnement demeure important si vous voulez survivre avec tous vos millions : vous ne pourrez pas en faire fi éternellement.
Si le Québec demeure si détestable que ça, pourquoi voulez-vous assurer l’unité canadienne? Pourquoi vouloir vous associer à un peuple si insignifiant à vos yeux?
Au plaisir,
Marilène Pilon
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