En ces temps de boycottage des institutions scolaires par les étudiants, je repense à mon temps d’études collégiales et universitaires. Si vous pensez que je voudrais y retourner : détrompez-vous! J’ai tellement étudié pendant cette période-là que je préfère 1 000 fois ma vie professionnelle et sociale d’aujourd’hui. J’ai cependant été chanceuse : pas de boycottage entre 1998 et 2003.
À ce moment-là, j’avais toutes les misères du monde à choisir mon métier. Et je n’ai même pas opté pour mon premier choix. C’est ce que j’appelle avoir l’embarras du choix. Mes résultats scolaires me permettaient d’aller « malheureusement » partout : droit, médecine, enseignement, psychologie, plomberie, soudure, actuariat, etc. Un beau problème.
La profession que je voulais faire, finalement, s’enseignait à l’université : j’y suis allée et ce n’est ni pour le prestige ni par vanité. L’actuariat demandait, à l’époque, une cote R relativement basse. Je m’en fichais : je voulais jouer avec des chiffres. La cote R présente la force de l’étudiant en tenant compte de celle du groupe : plus elle est élevée, plus l’élève est fort. Au-delà de 35, le ministère cesse de compter : c’est excellent. J’aurais tellement donné ma cote R à une personne qui aurait voulu faire médecine, mais ça ne s’échangeait pas vraiment.
Je vous parle de mon parcours pour montrer que travailler fort, avoir d’excellents résultats : c’est payant. J’ai déjà 10 ans d’expérience et j’aime ce que je fais. La clé ici : j’aime ce que je fais. J’ai déjà parlé des enfants et de l’importance de décoder leurs passions et intérêts. Je persiste et je signe : encouragez les enfants dans ce qu’ils aiment faire même s’il y a des bouts moins amusants dans le métier qu’ils ont choisi. S’ils désirent faire de la dentelle en soudure : envoyez-les à l’école professionnelle. Qu’ils soient dentiste, chirurgien, coiffeur, technicien en informatique, mécanicien automobile ou de machinerie lourde : encouragez-les dans leurs projets, dans ce qui les allume.
L’université demeure une avenue, mais elle ne reste qu’une possibilité parmi tant d’autres. Il y a autant de prestige et d’ambition chez un fellow de l’Institut Canadien des Actuaires que chez un boucher : chacun excellera dans son métier s’il aime ce qu’il fait et s’il s’accomplit dans son travail. Et je pense que nous serions très mal pris avec uniquement des notaires sans avoir de plombier.
Je souhaite que nous cessions de définir systématiquement la réussite comme étant un diplôme universitaire. Tant mieux si vous ou vos enfants voulez faire une maîtrise ou un doctorat par choix et par passion, mais cessez de penser que l’université soit une nécessité absolue et la seule façon de réussir sa vie. Les riches ne sont pas les seuls à avoir de l’ambition et le mérite d’avoir réussi : je n’ai pas trop de bons sentiments pour les mafieux et les fraudeurs.
En terminant, si vos enfants veulent faire un métier professionnel ou technique : soyez aussi fiers d’eux que s’ils vous annonçaient qu’ils s’en allaient en médecine : il s’agit de leur vie, pas la vôtre.



