Responsabilité sociale utopique

Ce conflit étudiant s’éternise tellement : aucun sens. Nous irons en élection, le Parti Québécois sera élu et annulera la hausse du Parti Libéral du Québec et tentera, aussi, de trouver une solution totalement différente. Maintenant que ma boule de cristal a parlé, j’aimerais souligner le bizarre de mes contemporains quant à la façon de défendre leurs positions sur la hausse des droits de scolarité.

Je ne veux plus entendre que l’éducation ne se mesure pas en terme de rentabilité, si on vient d’un milieu défavorisé les chances devraient être égales, l’éducation devrait être gratuite, qui veut étudier devrait pousser la porte de l’université et l’affaire est ketchup. *SOUPIRS* Vous le savez, je suis profondément contre la hausse du Parti Libéral du Québec et j’analyse beaucoup dans la vie. Sincèrement, la gratuité scolaire reste impossible.

Pourquoi? Je vais vous répondre : parce que nos ressources sont limitées et parce que l’être humain est fondamentalement égocentrique. Chuuuuuuuuuut : lisez d’abord et protestez ensuite s’il vous plaît. Demandez à un étudiant ce que le "gouvernement devrait faire" et il vous dira : offrir l’éducation gratuite. Demandez la même chose à une personne âgée et elle vous dira : améliorer le système de santé. Demandez encore à un travailleur qui voyage en voiture de sa banlieue à Montréal et il vous dira : construire un nouveau pont. Demandez à un autre travailleur qui voyage en train de banlieue et il vous dira : augmenter le service et les installations du transport en commun. Vous voyez que nous ne pouvons pas tout faire pour tous?  Malheureusement, peu de gens répondront que le gouvernement devrait faire suffisamment pour contenter à un niveau de 80 % la majorité de la population, quitte à avoir 100 000 personnes mécontentes dans tout le Québec. Les Libéraux sont loin de ce compte de toute façon.

Je suis fondamentalement d’accord avec l’égalité des chances; ça ne fait pas des centaines d’années que les femmes ont accès à l’université. Alors pas plus de discrimination par le sexe que par le portefeuille. Par contre, une personne qui a la détermination de faire médecine va s’endetter de 30 000 $ et remboursera ses prêts après ses études et se paiera sa maison de 1,1 millions après 5 ans. Vous en connaissez beaucoup des médecins qui demeurent dans une maison mobile? Il y a des cas moins extrêmes, mais les étudiants déterminés (j’en connais quelques uns personnellement) trouvent les moyens, étirent le bacc d’une session ou deux,  mais ils y arrivent.

Ce que je veux dénoncer ici, c’est que les arguments de "on veut étudier", "on veut enrichir nos connaissances", "on veut augmenter notre bagage intellectuel" : foutaises! Nous étudions dans un domaine que nous aimons un minimum. Si c’était uniquement pour "augmenter notre bagage", on étudierait dans un paquet de trucs. Pourquoi ne cumulons-nous pas 12 baccalauréats? De plus, les enfants d’aujourd’hui n’ont jamais été autant occupés : cours privés de karaté, musique, gymnastique, hockey. Si quelque chose coûte cher c’est bien ça. Mettez l’argent dans un REEE et laissez les enfants être des enfants.

Je trouve que nous présumons que nos contemporains sont tous honnêtes, droits, éthiques, qu’ils n’exagèrent en rien, qu’ils sont posés, réfléchis, qu’ils prennent juste le nécessaire. Laissez-moi rire.

Afin d’éviter l’abus d’une minorité, tout le monde paye :

- Pas le droit de tourner à droite au feu rouge à Montréal parce que quelques chauffards passent sur les rouges pensant que ce n’est pas grave.

- Coût élevé d’assurance-auto pour les adolescents par rapport aux adolescentes du même âge parce que quelques imbéciles à la testostérone dans le tapis veulent montrer qu’ils sont capables et sont plus souvent victimes d’un accident que les filles.

- Augmentation des frais de scolarité parce que plusieurs politiciens corrompus volent des fonds publics entraînant ainsi un manque d’argent pour financer d’autres ministères.

Vous cassoliez? et bien payez maintenant.

Œuvre de Martine Frossard et Isabelle Guichard, La marelle, 2012; photographiée par art_inthecity

Conflit étudiant : la fin, c’est pour quand?

Je n’ose même plus employer le terme « grève » parce que je me fais rappeler qu’une grève est faite par des salariés; ni boycott parce que je me fais rappeler qu’une grève de la faim n’est pas un boycott de la faim. Tant qu’à faire un abus de langage, j’emploie le mot « conflit ». Comme ça, tout le monde est content.

J’ai déjà écrit sur le conflit. Afin de dénouer l’impasse, je suggérais aux étudiants de dénoncer la violence, comme beaucoup d’autres l’ont demandé. Ils l’ont fait et il y a eu un début de porte ouverte au bureau de la ministre démissionnaire Line Beauchamp. Je parlais aussi de l’après grève étudiante. Dans le temps où j’employais le mot « grève », je présentais simplement que les Libéraux se fichent d’être réélus. Et ils s’en fichent encore : après tout près de 10 ans de règne, ils se disent que ce n’est pas si mal et qu’il est temps de se retirer dans le Nord comme cadre dans une entreprise pour laquelle ils ont obtenu des contrats.

Depuis la loi 78, chaque partie s’arrache les cheveux pour trouver qui agit de façon la plus abominable, vidéos et photos à l’appui. Je me sens dans une classe de maternelle alors que 2 enfants se tiraillent pour déterminer lequel des pères est le plus fort. Nous nageons en plein délire d’enfantillages. Nous lisons des commentaires d’un côté et de l’autre, chacun se gonflant le torse pour être plus sarcastique que l’autre, plus ironique que l’autre, plus acerbe que l’autre, et j’en passe. Le conflit dégénère en guerre de pouvoir et d’orgueil mal placé supposément pour le bien de tous.

Oui il y a des dérapages des policiers, tout comme des actions ridicules du côté étudiant. Je pense encore que la très grande majorité des policiers est là pour protéger et servir. En lisant ces lignes, les polémistes voudront me prouver le contraire en me présentant 4-5 vidéos et photos d’exemples isolés où le contraire s’est produit. Soit, mais comme l’a bien expliqué mon collègue du Globe Renart Léveillé, après 18 heures de travail, nous serions tous autant que nous sommes à bout de nerfs. Je n’excuse en aucun cas les gestes de violence des policiers ni ceux des étudiants : rien ne justifie la violence, absolument rien.

Alors pour sortir de l’impasse, ce n’est pas en perdant votre temps à organiser des manifestations en respectant la loi 78, même si vous vous en « câlissez » (comme le mentionnait un slogan).

Une hausse des frais de scolarité reste inévitable : tout augmente dans la vie, absolument tout. Pensez simplement au prix de l’essence, au prix des passes d’autobus/train/métro, au prix de l’épicerie. L’éducation ne fait pas exception à cette règle. Il y a cependant une marge entre le gel des frais et la hausse des Libéraux.

Mes chers étudiants, j’admire votre persévérance. J’ai cependant l’impression que vous avez perdu de vue l’origine de ce conflit. Entre vous et moi, la hausse des Libéraux n’était pas si terrible : 3-4 bières de moins par mois dans un bar et vous la payez au complet. En vous disant ça, je ne veux pas m’attirer des bosses, je veux ramener la réalité du pourquoi vous vous battez. Ce conflit, vous en avez fait une cause d’honneur, d’orgueil mal placé. Par contre, vous avez décidé de vous battre contre un gouvernement corrompu jusqu’à la moelle et vous avez tellement raison.

Vous voyez que les Libéraux ne plieront pas et ils se fichent d’être réélus : ils feront plus d’argent dans une entreprise du plan Nord. Alors prenez votre mal en patience et aux prochaines élections : sortez voter. Exprimez-vous massivement, faites de la prochaine élection un vote historique de la jeunesse. Même si vous n’avez aucune confiance en aucun parti, sortez pareil annuler votre vote. Et dites-vous que présentement, vous payez des taxes et frais de toutes sortes (TPS, TVQ, plaques automobiles pour les chanceux, de la RRQ, etc.) et vous ne faites que commencer. Dites-vous que tout ce que vous cassez (une minorité) vous le payez et vous mettez le reste de la population sur votre dos parce qu’ils rentrent travailler pour vous permettre d’étudier à un coût, ma foi, ridiculement bas.

Si vous trouvez ma position nébuleuse, vous avez raison. Pour vous l’exprimer clairement: je suis profondément contre la hausse des Libéraux et profondément contre un gel des frais de scolarités. Entre les deux : il y a un monde de possibilités et discutons-en.

Photo : radio-canada.ca

Avortement : un débat inutile en 2012

Adrian Wyld/Presse canadienne

Adrian Wyld/Presse canadienne

Le député fédéral Stephen Woodworth a déposé une motion afin de rouvrir le débat sur l’avortement. Il va sans dire qu’il est conservateur. Je sais que ce parti vit en 1950, mais là, ce n’est même plus drôle.

Je n’ai jamais subi d’avortement, mais je me doute que l’intervention n’est pas une activité intéressante. Ce moment est le résultat d’une réflexion longuement pesée et soupesée parce qu’élever des enfants requiert des qualités que tout le monde n’a malheureusement pas. Malgré tout, il n’est pas nécessaire de réussir un examen pour devenir parents : souvent la nature fait bien les choses ou elle demande un peu d’aide.

L’avortement reste une méthode d’interruption volontaire de grossesse. Je le répète : volontaire. Il ne s’agit pas d’un moyen de contraception. Le recours à l’avortement est l’ultime solution à un problème humain effrayant : décider de la vie ou de la mort d’un être en devenir. Parce qu’il demeure "en devenir" alors que la femme, elle, reste bien présente. Lorsque la décision penche vers l’interruption, plusieurs questions surgissent dans la tête des femmes.

Certaines femmes pensent qu’elles n’ont pas de vie décente à offrir à un futur enfant. Elles choisissent d’interrompre le développement des cellules afin de ne pas hypothéquer leur propre vie et la seconde qui pourrait exister. Cette phrase paraîtra sans doute très dure pour les pro-vie. Je comprends.

La vie surprend de différentes façons. Elle décide bien celle qui fait son affaire. Je refuse de juger la décision d’avorter. Si une femme gardait un enfant, peut-être qu’elle n’aurait pas de vie décente à lui offrir et qu’elle créerait un pensionnaire supplémentaire pour la rue. Peut-être que le père est parti après avoir appris la nouvelle. Peut-être que la dame hypothéquerait sa vie parce que si elle accouche elle risque de devenir paralysée pour XYZ raisons.

L’adoption ne reste pas une solution systématique. En effet, mener un enfant à terme, le porter pendant 9 mois, récupérer d’un accouchement pour ensuite donner son enfant!? J’ai beaucoup de difficultés à imaginer mener une grossesse à terme incognito et ensuite se présenter en société comme si de rien n’était.

Et les pères dans tout ça. Messieurs, bien que vous ayez une contribution dans la procréation, il n’en demeure pas moins que la femme porte l’enfant 9 mois, se retire du monde du travail, le met au monde et tente de récupérer aussi rapidement que possible. Vous avez évidemment votre mot à dire, mais, ne vous en déplaise, la décision ultime repose sur les épaules de la femme : elle voit son corps se transformer, ses hormones modifier tous les aspects de sa personne physique, psychologique et mentale. Elle a un être qui grossit au fil des semaines dans son ventre à compter du 1er trimestre. Si la grossesse tourne mal, elle met sa vie en danger. Vous aurez beau lui dire qu’elle demeure aussi séduisante, qu’elle est forte de porter la vie : elle, elle ne le ressent pas nécessairement ainsi. Vous ne pourrez jamais comprendre. Les femmes ne vous le reprochent pas : c’est une simple question de nature. Cependant, comprenez que vous n’avez pas le loisir de décider ultimement si votre conjointe garde ou non un enfant : elle ne vous appartient pas. Vous avez l’obligation de dire ce que vous en pensez, mais vous n’avez aucun pouvoir sur un autre être humain.

Je demande donc aux pro-vie de cesser d’hurler que l’adoption demeure une alternative. Avez-vous déjà pensé donner un de vos enfants en adoption? Bien sûr que non. Alors comment pouvez-vous penser qu’il en sera plus facile pour une autre femme. Une autre idée des pro-vie reste la culpabilité : vous tuez nos enfants! Calmez-vous : soit vous acceptez un avortement ou vous retrouvez une femme morte au bout de son sang parce qu’elle aura essayé d’avorter elle-même. Déjà que "vous tuez nos enfants" demeure sensationnaliste, la mort d’une femme vous importe-t-elle moins?

Il ne s’agit pas d’égoïsme. Les femmes qui avortent ne se disent pas : "ah flûte, un enfant m’empêchera de me payer mon cellulaire intelligent". Non, je présume que non et j’espère que non. La réflexion reste beaucoup plus grande et le choix, lorsqu’il s’arrête sur l’intervention, demeure une peine. J’en suis presque convaincue. Je ne peux que présumer.

Je demande donc aux pro-vie : si vous refusez l’avortement comme ultime recours en cas d’un beau cadeau de la vie, mais au mauvais moment, n’attribuez-vous pas ainsi plus d’importance à la vie d’un humain qui n’existe pas encore qu’à la vie d’une femme?