Droits de scolarité : quand indexation signifie gel

dollars

Avec les rencontres préparatoires au sommet 2013 sur l’éducation du gouvernement Marois, plusieurs de nos politiciens et représentants des fédérations étudiantes sortent dans les médias afin de présenter les multiples positions possibles concernant les droits de scolarité. Apparemment, certaines explications demeurent nécessaires étant donné les commentaires sur les médias sociaux et les gros titres des journaux. Je tente ici, pour le plaisir, de présenter ma compréhension de certaines options.

La gratuité scolaire demandée par l’Association pour une Solidarité Syndicale Étudiante (ASSÉ), que dis-je « demandée » : martelée, exigée, imposée aveuglément et sans considération aucune pour autre chose. L’idée est magnifique. Malheureusement, nos moyens demeurent limités et notre population continue de vieillir. Nous avons des coûts et des besoins exponentiels en santé. Faute de pouvoir tout avoir, nous devons choisir. Oui, nous pourrions choisir la gratuité scolaire au lieu de soigner les personnes âgées. C’est vrai. Je préfère que tous payent un peu plutôt que de laisser mourir des personnes âgées. C’est un peu extrémiste comme propos, mais à une suggestion extrême, seules les images extrêmes parlent. Du ménage reste évidemment nécessaire dans l’administration publique et la souveraineté nous faciliterait la tâche. Soit. En attendant, nous avons encore des universités et des cégeps à faire vivre. L’ASSÉ a annoncé qu’elle boycotterait le sommet 2013 : quel excellent moyen pour se faire entendre que de se cacher de la plateforme mise en place pour présenter ses idées chiffrées. L’ASSÉ a présenté un mémoire pour démontrer les bienfaits de la gratuité scolaire et combien il est difficile de chiffrer précisément cette mesure. C’est de valeur parce que nos impôts et taxes sont chiffrés et les moyens doivent être connus dans un budget : je vous suggère fortement de retourner faire vos devoirs et de participer au sommet, ça sera déjà un bon début.

L’indexation des frais de scolarité collée sur l’inflation correspond à un gel des droits de scolarité. Je ne vois pas ce qu’il y a d’amusant à ce concept : c’est exactement ça. Voici quelques exemples pour présenter cette perspective : le salaire minimum a déjà été à 7 $ l’heure. Il aura été graduellement indexé pour atteindre 10,15 $ l’heure le 1er mai prochain. Pourtant, il s’agit toujours du salaire minimum et le pouvoir d’achat de ces salariés demeure toujours le même. Il y a donc gel du pouvoir d’achat; gel quant à la quantité de biens accessibles avec ce salaire qui, pourtant, a augmenté. Un second exemple est la livre de beurre : demandez à vos grands-parents et ils vous diront qu’ils ont déjà payé 1 $ la livre de beurre. Or, ce même bien reste beaucoup plus cher aujourd’hui, mais les salaires ont augmenté aussi, tout ça pour acheter la même livre de beurre.

À l’inverse, s’il y a un gel des salaires, nous sommes devant une baisse du pouvoir d’achat. En effet, 30 000 $ par année constituait un pouvoir d’achat énorme en 1950, mais pas en 2013. Par conséquent, garder un salaire ou un coût au même montant en dollars absolus diminue son importance au fil du temps. Le même phénomène se produit avec les frais de scolarités : vous maintenez les frais au même montant en dollars absolus d’années en années et vous diminuez l’importance de ce coût sur le revenu total des acheteurs. 2 000 $ par session avec un salaire à 7 $ l’heure fait plus mal que le même 2 000 $ lorsque le revenu est à 10 $ l’heure. Vous me suivez?

Alors loin d’être un abus de langage, maintenir les droits de scolarité au même montant en dollars absolus diminue le coût réel étant donné la hausse du salaire minimum par exemple. L’augmentation des frais de scolarité liée à la hausse du salaire minimum contribuerait à geler le pourcentage du revenu qu’un étudiant déboursera pour ses études.

Notre société a des choix à faire, l’année dernière à pareille date nous avions un gouvernement inflexible maintenant la ligne dure avec les étudiants juste pour tenir son bout. Aujourd’hui, nous avons un gouvernement qui organise un sommet sur l’éducation pour écouter les propositions.

Je comprends que nous ne sommes pas habitués d’être consultés, mais la plateforme existe : utilisez-la à bon escient.

(Image par Images_of_Money)

Budget Marceau – compromis à l’honneur

Photo - Francis Vachon, Montréal Gazette

Photo – Francis Vachon, Montréal Gazette

Et bien nous l’attendions tous ce premier budget Marceau. En effet, dans le contexte d’un gouvernement minoritaire, réaliser le programme du Parti Québécois n’est pas une mince affaire quand la droite détient la balance du pouvoir. Pour voir les principaux points, je vous suggère de consulter ce site du budget.

Ce qui m’impressionne des budgets de cette envergure, c’est qu’une réduction d’impôts de 10 $ par mois peut priver le gouvernement de millions de dollars de revenus alors que 10 $ de plus dans notre poche, entre vous et moi, ce n’est pas le gros lot. Alors, comment faire un budget pour satisfaire tout le monde tout en donnant un répit à la classe moyenne? La réponse? Facile pourtant…

La réponse : impossible. À l’impossible nul n’est tenu, sauf le gouvernement. En effet, nous voulons que le gouvernement crée de l’argent : sauvegardons nos services dont les coûts augmentent de façon exponentielle sans payer plus cher d’impôts ou de taxes. Tant qu’on n’a pas besoin de soins de santé importants ou de cours universitaires coûteux : nous pouvons nous ficher des services. Par contre, l’égalité des chances et le partage de la richesse concernent tout le monde en tout temps. Nous ne pouvons pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Et bien nous ne pouvons pas avoir les soins de santé avec la castonguette tout en gardant les milliers de dollars que coûtent ces services par personne dans notre portefeuille.

Les taxes et impôts que nous payons toutes notre vie servent de financement pour nos besoins en services futurs. Ça semble tellement évident, mais quand il s’agit de payer : rarement dans notre cour. Le budget Marceau d’aujourd’hui, je le trouve réaliste : pas de gros youppis ni de grosses déceptions.

Un bon coup : l’annulation de la hausse libérale des droits de scolarité. Avoir enduré un printemps aussi chaud alors que le ministre des finances du Parti Québécois annule la hausse après 2 mois en poste : chapeau! L’entêtement devient une honte pour les libéraux.

Un moins bon coup : la taxe santé. Je me console en me disant que ce n’est pas le 200 $ intégral des libéraux. Malgré tout, j’aurais préféré une entrée en force du PQ avec l’annulation de la taxe santé. Ceci étant dit, ça sonne beaucoup comme avoir le beurre et l’argent du beurre et je ne sais pas comment il aurait pu y arriver. Je préfère penser qu’avec la CAQ en face, le gouvernement minoritaire ne peut pas faire ce qu’il veut. Je me demande si l’annulation de la taxe santé aurait été possible avec un PQ majoritaire. Il fallait voter PQ pour ça, meilleure chance la prochaine fois.

La création de nouvelles places en garderie et de logements sociaux demeurent une excellente nouvelle pour la justice sociale. Le plan de réduction de la dette permettra de nous rapprocher de notre pays avec des finances encore plus saines. L’augmentation de quelques sous les taxes sur l’alcool et les cigarettes aidera à financer les dépenses, en autant que la contrebande ne reprenne pas le dessus. De toute façon, peu importe ce que nous pourrons instaurer comme mesures pour encadrer un comportement, plusieurs s’échineront à contourner les règles : ils sont payés pour ça. On n’a qu’à le voir avec la règle du plus bas soumissionnaire pour les contrats en construction.

Au final, avec le PLQ sans chef et la CAQ sans le sous, ces partis ne feront pas tomber le gouvernement Marois sur ce budget. Ils vont essayer de nous faire peur, certes, mais c’est leur job de s’opposer. À suivre pour des élections en 2013 ou début 2014, les paris sont ouverts.

Le temps d’élire un gouvernement

Je me rendais au bureau de vote tout à l’heure et je réfléchissais au déroulement de la campagne, le vote des purs et durs, les indécis. Pour ma part, mon vote est dans la boîte.

Voyez-vous, le Québec n’est pas encore un pays. Je vous entends rire d’ici : c’est sûr qu’il ne l’est pas. Oui, mais ça ne semble pas être si évident pour tout le monde. Tous les partis souverainistes sont à gauche. Certains plus près du centre que les autres évidemment. Si nous présentons la souveraineté du Québec comme un projet de société prometteur, rentable, efficace : un référendum d’initiative populaire aura lieu rapidement. Un pays ça ne s’impose pas : ça se construit avec la majorité de la population. Si nous pouvons convaincre 50 % + 1 du Québec, le référendum aurait même lieu demain matin.

Pour travailler vers la souveraineté, nous avons la responsabilité d’envoyer une majorité de députés souverainistes à l’Assemblée Nationale. Si nous prenons une chance en votant un peu partout, nous risquons un gouvernement minoritaire péquiste avec trop peu de députés de Québec Solidaire et d’Option Nationale pour avoir un gouvernement de coalition sur la question nationale. Quoique Québec Solidaire a dit « l’indépendance si nécessaire mais pas nécessairement ». Enfin, ces deux partis semblent quand même souverainistes si on se fie à leur programme.

Par conséquent, le gouvernement de coalition se ferait par le Parti Libéral du Québec et la Coalition Avenir Québec. Et là, mes chers étudiants, vous allez la payer votre hausse des frais. De plus, nous aurons la hausse presque immédiate des frais d’Hydro-Québec, les mises à pied massives, les batailles avec les syndicats, et j’en passe. Le gouvernement de coalition du Parti Libéral du Québec et de la Coalition Avenir Québec me donne froid dans le dos. Je n’ai pas envie d’un Québec en perpétuelles confrontations. Revivre le printemps dernier ne m’intéresse pas, surtout que ce n’est même pas encore terminé.

Pauline Marois a occupé 14 ministères. 14. Il y a des équipes entières qui ne peuvent même pas se vanter d’en avoir occupé un seul. Elle n’a pas besoin d’attendre des rapports de ses ministres : elle voit venir les écueils d’avance. Ce n’est pas juste moi qui le dis, Monique Jérôme-Forget aussi. Le Parti Québécois incluant madame Marois a dû prendre des décisions extrêmement difficiles. Parmi les valeurs profondes du Parti Québécois on trouve l’égalité des chances, l’égalité hommes-femmes et la justice sociale. Ce ne sont pas des valeurs exclusives aux partis plus à gauche.

L’équipe péquiste comporte des gens d’expérience, humains, compétents, profonds. J’ai rarement vu des candidats ayant autant à cœur le projet du pays du Québec. Ils ne sont pas en train de s’obstiner qu’ils sont plus souverainistes que les autres : ils présentent ce qu’ils veulent faire pour ne pas que les des hausses de taxes sur les profits des banques soient refilées sur les prêts octroyés à la classe moyenne. Ils réfléchissent pour trouver des solutions novatrices. Ils peuvent le faire dès maintenant parce qu’ils ont l’expérience et n’ont pas à apprendre comment l’Assemblée Nationale fonctionne : ils en connaissent les rouages.

Est-ce qu’on me demande d’aimer Madame Marois? Non. Est-ce qu’on me demande d’aller prendre un café avec les députés péquistes? Non. Est-ce qu’on me demande d’élire une balance de pouvoir? Non. Est-ce qu’on me demande d’élire l’opposition officielle? Non. On me demande de voter pour les compétences d’une équipe pour administrer le Québec en fonction de mes valeurs. Moi, je vote Parti Québécois.

Image par dszpiro

Responsabilité sociale utopique

Ce conflit étudiant s’éternise tellement : aucun sens. Nous irons en élection, le Parti Québécois sera élu et annulera la hausse du Parti Libéral du Québec et tentera, aussi, de trouver une solution totalement différente. Maintenant que ma boule de cristal a parlé, j’aimerais souligner le bizarre de mes contemporains quant à la façon de défendre leurs positions sur la hausse des droits de scolarité.

Je ne veux plus entendre que l’éducation ne se mesure pas en terme de rentabilité, si on vient d’un milieu défavorisé les chances devraient être égales, l’éducation devrait être gratuite, qui veut étudier devrait pousser la porte de l’université et l’affaire est ketchup. *SOUPIRS* Vous le savez, je suis profondément contre la hausse du Parti Libéral du Québec et j’analyse beaucoup dans la vie. Sincèrement, la gratuité scolaire reste impossible.

Pourquoi? Je vais vous répondre : parce que nos ressources sont limitées et parce que l’être humain est fondamentalement égocentrique. Chuuuuuuuuuut : lisez d’abord et protestez ensuite s’il vous plaît. Demandez à un étudiant ce que le "gouvernement devrait faire" et il vous dira : offrir l’éducation gratuite. Demandez la même chose à une personne âgée et elle vous dira : améliorer le système de santé. Demandez encore à un travailleur qui voyage en voiture de sa banlieue à Montréal et il vous dira : construire un nouveau pont. Demandez à un autre travailleur qui voyage en train de banlieue et il vous dira : augmenter le service et les installations du transport en commun. Vous voyez que nous ne pouvons pas tout faire pour tous?  Malheureusement, peu de gens répondront que le gouvernement devrait faire suffisamment pour contenter à un niveau de 80 % la majorité de la population, quitte à avoir 100 000 personnes mécontentes dans tout le Québec. Les Libéraux sont loin de ce compte de toute façon.

Je suis fondamentalement d’accord avec l’égalité des chances; ça ne fait pas des centaines d’années que les femmes ont accès à l’université. Alors pas plus de discrimination par le sexe que par le portefeuille. Par contre, une personne qui a la détermination de faire médecine va s’endetter de 30 000 $ et remboursera ses prêts après ses études et se paiera sa maison de 1,1 millions après 5 ans. Vous en connaissez beaucoup des médecins qui demeurent dans une maison mobile? Il y a des cas moins extrêmes, mais les étudiants déterminés (j’en connais quelques uns personnellement) trouvent les moyens, étirent le bacc d’une session ou deux,  mais ils y arrivent.

Ce que je veux dénoncer ici, c’est que les arguments de "on veut étudier", "on veut enrichir nos connaissances", "on veut augmenter notre bagage intellectuel" : foutaises! Nous étudions dans un domaine que nous aimons un minimum. Si c’était uniquement pour "augmenter notre bagage", on étudierait dans un paquet de trucs. Pourquoi ne cumulons-nous pas 12 baccalauréats? De plus, les enfants d’aujourd’hui n’ont jamais été autant occupés : cours privés de karaté, musique, gymnastique, hockey. Si quelque chose coûte cher c’est bien ça. Mettez l’argent dans un REEE et laissez les enfants être des enfants.

Je trouve que nous présumons que nos contemporains sont tous honnêtes, droits, éthiques, qu’ils n’exagèrent en rien, qu’ils sont posés, réfléchis, qu’ils prennent juste le nécessaire. Laissez-moi rire.

Afin d’éviter l’abus d’une minorité, tout le monde paye :

- Pas le droit de tourner à droite au feu rouge à Montréal parce que quelques chauffards passent sur les rouges pensant que ce n’est pas grave.

- Coût élevé d’assurance-auto pour les adolescents par rapport aux adolescentes du même âge parce que quelques imbéciles à la testostérone dans le tapis veulent montrer qu’ils sont capables et sont plus souvent victimes d’un accident que les filles.

- Augmentation des frais de scolarité parce que plusieurs politiciens corrompus volent des fonds publics entraînant ainsi un manque d’argent pour financer d’autres ministères.

Vous cassoliez? et bien payez maintenant.

Œuvre de Martine Frossard et Isabelle Guichard, La marelle, 2012; photographiée par art_inthecity

Conflit étudiant : la fin, c’est pour quand?

Je n’ose même plus employer le terme « grève » parce que je me fais rappeler qu’une grève est faite par des salariés; ni boycott parce que je me fais rappeler qu’une grève de la faim n’est pas un boycott de la faim. Tant qu’à faire un abus de langage, j’emploie le mot « conflit ». Comme ça, tout le monde est content.

J’ai déjà écrit sur le conflit. Afin de dénouer l’impasse, je suggérais aux étudiants de dénoncer la violence, comme beaucoup d’autres l’ont demandé. Ils l’ont fait et il y a eu un début de porte ouverte au bureau de la ministre démissionnaire Line Beauchamp. Je parlais aussi de l’après grève étudiante. Dans le temps où j’employais le mot « grève », je présentais simplement que les Libéraux se fichent d’être réélus. Et ils s’en fichent encore : après tout près de 10 ans de règne, ils se disent que ce n’est pas si mal et qu’il est temps de se retirer dans le Nord comme cadre dans une entreprise pour laquelle ils ont obtenu des contrats.

Depuis la loi 78, chaque partie s’arrache les cheveux pour trouver qui agit de façon la plus abominable, vidéos et photos à l’appui. Je me sens dans une classe de maternelle alors que 2 enfants se tiraillent pour déterminer lequel des pères est le plus fort. Nous nageons en plein délire d’enfantillages. Nous lisons des commentaires d’un côté et de l’autre, chacun se gonflant le torse pour être plus sarcastique que l’autre, plus ironique que l’autre, plus acerbe que l’autre, et j’en passe. Le conflit dégénère en guerre de pouvoir et d’orgueil mal placé supposément pour le bien de tous.

Oui il y a des dérapages des policiers, tout comme des actions ridicules du côté étudiant. Je pense encore que la très grande majorité des policiers est là pour protéger et servir. En lisant ces lignes, les polémistes voudront me prouver le contraire en me présentant 4-5 vidéos et photos d’exemples isolés où le contraire s’est produit. Soit, mais comme l’a bien expliqué mon collègue du Globe Renart Léveillé, après 18 heures de travail, nous serions tous autant que nous sommes à bout de nerfs. Je n’excuse en aucun cas les gestes de violence des policiers ni ceux des étudiants : rien ne justifie la violence, absolument rien.

Alors pour sortir de l’impasse, ce n’est pas en perdant votre temps à organiser des manifestations en respectant la loi 78, même si vous vous en « câlissez » (comme le mentionnait un slogan).

Une hausse des frais de scolarité reste inévitable : tout augmente dans la vie, absolument tout. Pensez simplement au prix de l’essence, au prix des passes d’autobus/train/métro, au prix de l’épicerie. L’éducation ne fait pas exception à cette règle. Il y a cependant une marge entre le gel des frais et la hausse des Libéraux.

Mes chers étudiants, j’admire votre persévérance. J’ai cependant l’impression que vous avez perdu de vue l’origine de ce conflit. Entre vous et moi, la hausse des Libéraux n’était pas si terrible : 3-4 bières de moins par mois dans un bar et vous la payez au complet. En vous disant ça, je ne veux pas m’attirer des bosses, je veux ramener la réalité du pourquoi vous vous battez. Ce conflit, vous en avez fait une cause d’honneur, d’orgueil mal placé. Par contre, vous avez décidé de vous battre contre un gouvernement corrompu jusqu’à la moelle et vous avez tellement raison.

Vous voyez que les Libéraux ne plieront pas et ils se fichent d’être réélus : ils feront plus d’argent dans une entreprise du plan Nord. Alors prenez votre mal en patience et aux prochaines élections : sortez voter. Exprimez-vous massivement, faites de la prochaine élection un vote historique de la jeunesse. Même si vous n’avez aucune confiance en aucun parti, sortez pareil annuler votre vote. Et dites-vous que présentement, vous payez des taxes et frais de toutes sortes (TPS, TVQ, plaques automobiles pour les chanceux, de la RRQ, etc.) et vous ne faites que commencer. Dites-vous que tout ce que vous cassez (une minorité) vous le payez et vous mettez le reste de la population sur votre dos parce qu’ils rentrent travailler pour vous permettre d’étudier à un coût, ma foi, ridiculement bas.

Si vous trouvez ma position nébuleuse, vous avez raison. Pour vous l’exprimer clairement: je suis profondément contre la hausse des Libéraux et profondément contre un gel des frais de scolarités. Entre les deux : il y a un monde de possibilités et discutons-en.

Photo : radio-canada.ca

Grève étudiante : dénouer l’impasse

Après 10 semaines de grève ou boycottage selon le mot qui vous convient, je me suis demandé comment pourrions-nous sortir notre société de l’impasse actuelle. J’aimais bien l’expression de monsieur Vincent Marissal afin de décrire le phénomène : une guerre d’usure. Les regroupements étudiants tiennent leur bout d’un côté tout comme le gouvernement Charest de l’autre. Les passions se soulèvent et le cœur du problème demeure intact puisque nous ne voyons rien au milieu de toutes ces sorties médiatiques sensationnalistes.

J’ai tenté de comprendre le centre de cette guerre d’usure. Comment se fait-il que 9 semaines ont été nécessaires avant qu’il y ait une possible ouverture partielle à une discussion. Et je pense que j’ai compris : tout le monde a un argument qui se tient.

En effet, l’argumentaire principal des contre-hausse (par opposition aux pro-hausse) reste la collusion et la corruption au sein du gouvernement Charest et du Parti Libéral du Québec. La Commission Charbonneau et l’émission Enquête sur les ondes de Radio-Canada entre autres apportent des faits prouvant ces vols. Par conséquent, il devient difficile de justifier une hausse des frais de scolarité alors que plusieurs se graissent la patte avec l’argent qui pourrait financer notre système d’éducation.

Par contre, l’argumentaire principal des pro-hausse demeure la dénonciation de la violence qui a suivi, parfois, quelques moyens de pression des contre-hausse. De plus, la ministre Beauchamp exige aux leaders étudiants de dénoncer publiquement cette violence. Selon moi, rien ne justifie la violence. Absolument rien. Je comprends que plusieurs événements ont été imputés à des étudiants alors que, peut-être, il s’agissait d’actes proférés par des groupes externes profitant simplement de la situation. Quelques étudiants, avouons-le, ont sans doute commis des actions violentes, mais je suis convaincue qu’il s’agit d’une minorité et que les médias tout comme le gouvernement en profitent pour ne parler que de ces groupuscules.

Puisque les uns ne peuvent pas contrer l’argument des autres et vice versa, la porte reste ouverte pour une interminable grève. J’ai donc une idée pour nous sortir de cette impasse : la dénonciation de quelque chose ne signifie pas la revendication de ladite chose. Si les leaders étudiants dénoncent la violence, ils ne la revendiquent pas. Ainsi, ils répondraient à la demande du gouvernement sans porter la responsabilité des actes répréhensibles, ce qui est vrai puisqu’ils n’ont jamais appelés leurs membres à user de violence. La sémantique reste la clé : dénonciation diffère de revendication.

De cette façon, le gouvernement Charest sera obligé de discuter avec les leaders étudiants : madame Beauchamp n’aura plus rien à dire aux journalistes pour justifier son refus de négocier.

Image par jcorrius

Jouons au ministre des finances

En ces temps de budgets fédéral et provincial, nous avons entendu toutes sortes de commentaires et d’analyses à leurs sujets : trop à droite, pas assez pour la classe moyenne, trop pour les entreprises, etc.

Je me suis dit : si nous sommes si bons pour tout critiquer, essayons de prendre la place du ministre des finances et faisons son boulot. C’est bien de dénoncer, mais il demeure encore mieux de proposer. Je vous invite à ajouter vos idées en commentaires au bas de cet article : il finira toujours par en sortir quelque chose.

Parlons des politiques provinciales avec les deux sujets de l’heure : la santé et l’éducation. Dans les années 80, les « boomers » étaient actifs au travail pour payer un système universel de santé et d’éducation. Quand il y a 10 enfants par famille, ça en fait du monde pour travailler et pour payer des taxes et des impôts. Nous pouvions nous payer des systèmes extraordinaires, mais aujourd’hui : il n’y a plus un chat.

Nous sommes confrontés à des choix : nous abandonnons nos systèmes pour le « chacun pour soi » proposé par la droite (je n’aime pas tellement ce choix) ou bien nous sauvons ce qui reste en usant d’imagination afin de trouver les sources de financement et de répartir les revenus de l’état en fonction de la réalité démographique et des coûts qui augmentent de façon exponentielle. Nous ne pouvons pas fonctionner sur le pilote automatique : nous nous dirigerions vers un cul-de-sac. Et ça, nous le savons tous.

Alors qu’est-ce qu’on fait? Admettons que nous augmentons les impôts des entreprises. Première réaction : excellente idée. Oui, mais, si nous les augmentons trop, lesdites entreprises fermeront leurs portes et iront s’établir ailleurs. Ceci entraînera des pertes d’emplois massives, une augmentation du chômage, une hausse des coûts de l’état et dans les cas dramatiques : faillites personnelles, crise économique. Alors, il y a un taux d’imposition compétitif à maintenir. Je ne connais pas la pratique à ce sujet, mais je sais que trop hausser les impôts entraînent un exode des entreprises. Admettons que nous les augmentons, mais que ça ne soit pas suffisant : que faisons-nous? Augmenter les impôts des riches? C’est aussi une bonne idée, tant que les riches ne soient pas assez riches pour aller s’établir ailleurs eux aussi : ils ont le budget pour se payer des fiscalistes afin d’économiser de l’impôt à outrance et même de ne carrément pas en payer.

Un autre outil est le principe d’utilisateur payeur : tu utilises, tu en paies un peu plus que les autres. Par exemple, je paie des taxes scolaires même si je n’ai pas d’enfant : j’accepte avec plaisir de le faire pour assurer une éducation aux enfants des autres. C’est parfait. Cependant, je me demande si les revenus sont toujours suffisants pour notre système. Il y a du gaspillage certainement qui doit être enrayé. Je suis tout à fait d’accord. Mais si malgré ce ménage il y a quand même un manque à gagner de 10 $ par étudiant par session, ben, je serais d’avis d’aller le chercher dans les poches des utilisateurs du service. Si les frais augmentent trop, les étudiants iront ailleurs. Malheureusement, je me demande bien si un 20 000 $ par session aux États-Unis soit si tentant que ça. L’idée est de procéder au ménage dans le financement des universités, mais si malgré tout il en manque : il faut aller le chercher quelque part.

Pour le système de santé, je suis tout à fait d’accord pour un ticket-modérateur. Oh que je vais me faire lancer des pierres. Et oui : la population vieillit et requerra de plus en plus de soin. Je pense que le ticket-modérateur fera sortir les rhumes ridicules ou les bleus sur le front des urgences pour laisser la place à ceux qui ont réellement besoin de soins. Un ticket-modérateur c’est 5 $. Laissez tomber un café pour vous faire soigner. Je souhaite donc conserver notre système universel malgré le vieillissement de la population, le nombre de contribuables toujours sur la descente et l’augmentation astronomique des coûts des médicaments et d’exploitation des hôpitaux. Ce n’est qu’une idée, mais je la trouve intéressante.

Alors allez-y : c’est à votre tour de vous laisser parler de finances publiques!

Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir

Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir

Le prix d’un diplôme

La question est lancée. En ces temps de grève étudiante, j’ai pensé et repensé à la question et j’ai voulu joindre mes réflexions aux vôtres. Le principe du gel des frais de scolarité demeure une idée intéressante, mais reste-t-elle viable ? Je ne pense pas : les salaires des professeurs augmentent tout comme les coûts des services d’entretien des édifices, d’électricité, des effets scolaires. Lorsque les frais fixes augmentent et que le financement ne suit pas : un bout de la chaîne cassera tôt ou tard.

Lorsque le Québec a décidé de geler les frais de scolarité, le salaire des étudiants, souvent le salaire minimum, pouvait être à 6 ou 7 $ de l’heure. Aujourd’hui, le taux horaire est à 10 $. À cette époque, les étudiants réussissaient à payer leurs factures, ils gagnaient moins cher pour une même période de travail. Par conséquent, toutes proportions gardées, une certaine hausse des frais peut être assumée par les étudiants sans trop diminuer leur pouvoir d’achat. Comme tous les autres services, il reste normal que les frais de scolarité augmentent aussi.

De plus, impossible de passer sous silence que beaucoup d’étudiants sont munis de gadgets électroniques comme un téléphone intelligent, une tablette électronique, un lecteur DVD portatif; quand ce n’est pas des vêtements griffés, un voyage à Cuba pendant la semaine de relâche et même une voiture. Cette catégorie d’étudiants peut facilement trouver des endroits où couper afin d’assumer la hausse des frais. Je comprends que ça ne soit pas la majorité d’entre eux, mais c’est tout de même un début.

Je serais plutôt d’accord avec une hausse des frais reliée à celle de l’indice des prix à la consommation. Ainsi, le financement serait amélioré sans ruiner les jeunes. Je trouve la situation difficile pour les étudiants qui ont réellement de la difficulté à joindre les deux bouts : ils sont pris à la gorge avec les prêts maximums et ils travaillent comme des fous en plus d’étudier. La période scolaire reste un moment difficile ce pourquoi nous allons y chercher une spécialité sans passer 10 ans à tourner en rond tout en changeant d’idée à chaque session. Les études restent difficiles et le luxe viendra après l’obtention du diplôme : c’est la vie.

Malgré tout, je comprends la grogne des étudiants : d’un côté, le gouvernement libéral de John James Charest est en train de perdre la face avec la collusion et la corruption dans la construction et les dépassements de coûts pour les travaux d’infrastructures; et de l’autre, il demande aux étudiants de payer la note avec une hausse importante des frais d’un seul coup. Là-dessus, j’avoue que la pilule ne passe pas. Aussi, la hausse des frais reste importante dans un court laps de temps.

Si vous me lisez fréquemment, vous savez que j’ai fondamentalement des valeurs de gauche : partage équitable de la richesse. Les idées ne manquent pas pour atteindre ce but et elles peuvent être diversifiées à souhait. Par exemple, non, je ne payerai pas des frais de scolarité maintenant pour l’éducation que j’ai reçue à un excellent prix il y a 10 ans. Je prévois plutôt payer mes impôts afin de financer convenablement une partie du système d’éducation. En comparaison, je ne demanderais pas à la succession de mon grand-père de payer des cotisations supplémentaires à la Régie des Rentes du Québec parce qu’il est décédé à 91 ans alors que l’espérance de vie était de 77 ans : nous estimons un partage de coûts le plus équitablement possible, mais il y a des exceptions à toutes les règles. Par contre, de manière générale, les modèles se vérifient.

En conclusion, j’aimerais qu’il y ait un "presque" dégel des frais de scolarité en établissant une hausse graduelle basée sur l’inflation ou bien en lien avec l’augmentation du salaire minimum. De cette façon, nous assurerions la pérennité de notre système d’éducation sans étouffer les générations futures tout en allouant les impôts à d’autres postes budgétaires que le système d’éducation : nous serions encore très loin du modèle "utilisateur-payeur" afin d’assurer l’accessibilité aux études supérieures pour qui le veut bien.

Original de l’image