Avec les rencontres préparatoires au sommet 2013 sur l’éducation du gouvernement Marois, plusieurs de nos politiciens et représentants des fédérations étudiantes sortent dans les médias afin de présenter les multiples positions possibles concernant les droits de scolarité. Apparemment, certaines explications demeurent nécessaires étant donné les commentaires sur les médias sociaux et les gros titres des journaux. Je tente ici, pour le plaisir, de présenter ma compréhension de certaines options.
La gratuité scolaire demandée par l’Association pour une Solidarité Syndicale Étudiante (ASSÉ), que dis-je « demandée » : martelée, exigée, imposée aveuglément et sans considération aucune pour autre chose. L’idée est magnifique. Malheureusement, nos moyens demeurent limités et notre population continue de vieillir. Nous avons des coûts et des besoins exponentiels en santé. Faute de pouvoir tout avoir, nous devons choisir. Oui, nous pourrions choisir la gratuité scolaire au lieu de soigner les personnes âgées. C’est vrai. Je préfère que tous payent un peu plutôt que de laisser mourir des personnes âgées. C’est un peu extrémiste comme propos, mais à une suggestion extrême, seules les images extrêmes parlent. Du ménage reste évidemment nécessaire dans l’administration publique et la souveraineté nous faciliterait la tâche. Soit. En attendant, nous avons encore des universités et des cégeps à faire vivre. L’ASSÉ a annoncé qu’elle boycotterait le sommet 2013 : quel excellent moyen pour se faire entendre que de se cacher de la plateforme mise en place pour présenter ses idées chiffrées. L’ASSÉ a présenté un mémoire pour démontrer les bienfaits de la gratuité scolaire et combien il est difficile de chiffrer précisément cette mesure. C’est de valeur parce que nos impôts et taxes sont chiffrés et les moyens doivent être connus dans un budget : je vous suggère fortement de retourner faire vos devoirs et de participer au sommet, ça sera déjà un bon début.
L’indexation des frais de scolarité collée sur l’inflation correspond à un gel des droits de scolarité. Je ne vois pas ce qu’il y a d’amusant à ce concept : c’est exactement ça. Voici quelques exemples pour présenter cette perspective : le salaire minimum a déjà été à 7 $ l’heure. Il aura été graduellement indexé pour atteindre 10,15 $ l’heure le 1er mai prochain. Pourtant, il s’agit toujours du salaire minimum et le pouvoir d’achat de ces salariés demeure toujours le même. Il y a donc gel du pouvoir d’achat; gel quant à la quantité de biens accessibles avec ce salaire qui, pourtant, a augmenté. Un second exemple est la livre de beurre : demandez à vos grands-parents et ils vous diront qu’ils ont déjà payé 1 $ la livre de beurre. Or, ce même bien reste beaucoup plus cher aujourd’hui, mais les salaires ont augmenté aussi, tout ça pour acheter la même livre de beurre.
À l’inverse, s’il y a un gel des salaires, nous sommes devant une baisse du pouvoir d’achat. En effet, 30 000 $ par année constituait un pouvoir d’achat énorme en 1950, mais pas en 2013. Par conséquent, garder un salaire ou un coût au même montant en dollars absolus diminue son importance au fil du temps. Le même phénomène se produit avec les frais de scolarités : vous maintenez les frais au même montant en dollars absolus d’années en années et vous diminuez l’importance de ce coût sur le revenu total des acheteurs. 2 000 $ par session avec un salaire à 7 $ l’heure fait plus mal que le même 2 000 $ lorsque le revenu est à 10 $ l’heure. Vous me suivez?
Alors loin d’être un abus de langage, maintenir les droits de scolarité au même montant en dollars absolus diminue le coût réel étant donné la hausse du salaire minimum par exemple. L’augmentation des frais de scolarité liée à la hausse du salaire minimum contribuerait à geler le pourcentage du revenu qu’un étudiant déboursera pour ses études.
Notre société a des choix à faire, l’année dernière à pareille date nous avions un gouvernement inflexible maintenant la ligne dure avec les étudiants juste pour tenir son bout. Aujourd’hui, nous avons un gouvernement qui organise un sommet sur l’éducation pour écouter les propositions.
Je comprends que nous ne sommes pas habitués d’être consultés, mais la plateforme existe : utilisez-la à bon escient.
(Image par Images_of_Money)







