Droits de scolarité : quand indexation signifie gel

dollars

Avec les rencontres préparatoires au sommet 2013 sur l’éducation du gouvernement Marois, plusieurs de nos politiciens et représentants des fédérations étudiantes sortent dans les médias afin de présenter les multiples positions possibles concernant les droits de scolarité. Apparemment, certaines explications demeurent nécessaires étant donné les commentaires sur les médias sociaux et les gros titres des journaux. Je tente ici, pour le plaisir, de présenter ma compréhension de certaines options.

La gratuité scolaire demandée par l’Association pour une Solidarité Syndicale Étudiante (ASSÉ), que dis-je « demandée » : martelée, exigée, imposée aveuglément et sans considération aucune pour autre chose. L’idée est magnifique. Malheureusement, nos moyens demeurent limités et notre population continue de vieillir. Nous avons des coûts et des besoins exponentiels en santé. Faute de pouvoir tout avoir, nous devons choisir. Oui, nous pourrions choisir la gratuité scolaire au lieu de soigner les personnes âgées. C’est vrai. Je préfère que tous payent un peu plutôt que de laisser mourir des personnes âgées. C’est un peu extrémiste comme propos, mais à une suggestion extrême, seules les images extrêmes parlent. Du ménage reste évidemment nécessaire dans l’administration publique et la souveraineté nous faciliterait la tâche. Soit. En attendant, nous avons encore des universités et des cégeps à faire vivre. L’ASSÉ a annoncé qu’elle boycotterait le sommet 2013 : quel excellent moyen pour se faire entendre que de se cacher de la plateforme mise en place pour présenter ses idées chiffrées. L’ASSÉ a présenté un mémoire pour démontrer les bienfaits de la gratuité scolaire et combien il est difficile de chiffrer précisément cette mesure. C’est de valeur parce que nos impôts et taxes sont chiffrés et les moyens doivent être connus dans un budget : je vous suggère fortement de retourner faire vos devoirs et de participer au sommet, ça sera déjà un bon début.

L’indexation des frais de scolarité collée sur l’inflation correspond à un gel des droits de scolarité. Je ne vois pas ce qu’il y a d’amusant à ce concept : c’est exactement ça. Voici quelques exemples pour présenter cette perspective : le salaire minimum a déjà été à 7 $ l’heure. Il aura été graduellement indexé pour atteindre 10,15 $ l’heure le 1er mai prochain. Pourtant, il s’agit toujours du salaire minimum et le pouvoir d’achat de ces salariés demeure toujours le même. Il y a donc gel du pouvoir d’achat; gel quant à la quantité de biens accessibles avec ce salaire qui, pourtant, a augmenté. Un second exemple est la livre de beurre : demandez à vos grands-parents et ils vous diront qu’ils ont déjà payé 1 $ la livre de beurre. Or, ce même bien reste beaucoup plus cher aujourd’hui, mais les salaires ont augmenté aussi, tout ça pour acheter la même livre de beurre.

À l’inverse, s’il y a un gel des salaires, nous sommes devant une baisse du pouvoir d’achat. En effet, 30 000 $ par année constituait un pouvoir d’achat énorme en 1950, mais pas en 2013. Par conséquent, garder un salaire ou un coût au même montant en dollars absolus diminue son importance au fil du temps. Le même phénomène se produit avec les frais de scolarités : vous maintenez les frais au même montant en dollars absolus d’années en années et vous diminuez l’importance de ce coût sur le revenu total des acheteurs. 2 000 $ par session avec un salaire à 7 $ l’heure fait plus mal que le même 2 000 $ lorsque le revenu est à 10 $ l’heure. Vous me suivez?

Alors loin d’être un abus de langage, maintenir les droits de scolarité au même montant en dollars absolus diminue le coût réel étant donné la hausse du salaire minimum par exemple. L’augmentation des frais de scolarité liée à la hausse du salaire minimum contribuerait à geler le pourcentage du revenu qu’un étudiant déboursera pour ses études.

Notre société a des choix à faire, l’année dernière à pareille date nous avions un gouvernement inflexible maintenant la ligne dure avec les étudiants juste pour tenir son bout. Aujourd’hui, nous avons un gouvernement qui organise un sommet sur l’éducation pour écouter les propositions.

Je comprends que nous ne sommes pas habitués d’être consultés, mais la plateforme existe : utilisez-la à bon escient.

(Image par Images_of_Money)

Un temps d’arrêt

sablier

Nous courrons tout le mois de décembre : la famille proche, la famille éloignée, les enfants, les amis, les cadeaux, les rhumes, les grippes, les otites, les cliniques, les magasins pour les surprises oubliées de dernière minute; et c’est très bien, mais STOP! Dans tout ça, où se trouve notre relation avec nous? L’altruisme demeure une excellente valeur, mais il existe un besoin d’altruisme de soi avec soi. Comme un ami m’a déjà dit : l’égoïsme, c’est la générosité pour soi. Je me demande si nous ne serions pas moins dépressifs si nous nous occupions un peu plus de nous-mêmes personnellement. Un peu plus j’ai dit, pas laisser tomber tout le monde pour nous regarder le nombril.

Alors arrive le Jour de l’An et ses résolutions traditionnelles. J’ai toujours trouvé ça très drôle les résolutions : des bilans personnels on peut en faire à l’année alors pourquoi attendre que le chiffre de l’année change? On peut se décider le 12 juin ou pendant nos vacances d’été. Mais non, on aime ça les vacances des fêtes, quand ça suit une routine et un cadre, c’est confortable.

Alors quelles seront vos résolutions? Arrêter de fumer? Arrêter de boire? Perdre du poids? Pour ma part, je prends toujours la même résolution d’une année à l’autre et je la respecte toujours. Ma résolution : ne pas prendre de résolution. Je vous suggère autre chose. Je vous propose de prendre du temps pour vous et que ça devienne un mode de vie. Choisir un moment dans la journée, dans la semaine ou dans le mois pendant lequel vous ferez uniquement quelque chose qui vous allume personnellement, seulement vous avec vous pour vous. Ça peut être lire un livre, dormir, recevoir un massage, regarder le plafond, prendre une marche, jouer de la musique, n’importe quoi! Être en voiture ou dans l’autobus ça ne compte pas : nous sommes toujours concentrés sur la route ou sur l’arrêt qui s’en vient. Faites n’importe quoi que vous aimez et qui vous rapprochera de vous. L’idée semble tellement évidente, mais nous ne le faisons pas. Avez-vous remarqué?

Notre quotidien stressé ne rend pas la tâche facile et la culpabilité non plus : qu’est-ce que je fais à enrichir ma relation avec moi alors que je pourrais m’occuper de mes enfants, ma famille, mes amis, mes collègues. J’ai encore de l’énergie alors je pourrais l’utiliser à aider les autres. Le tour de force ici réside à réussir à nous mettre personnellement sur le même pied d’égalité que les personnes qui nous entourent : pourquoi toujours faire passer les autres avant soi? Le mot important à retenir est « toujours ».

Je ne voudrais pas que nous devenions une société individualiste, loin de là. Si c’est ce que vous déduisez : j’ai manqué mon coup. Je précise qu’en nous aidant nous-même nous pourrons mieux aider les autres. Choisissez un temps pour vous qui vous satisfera. Appréciez et savourez ce moment. Vous êtes aussi important que les autres.

L’étape suivante sera de vous retrouver tout seul avec vous-même. Tout seul pour vrai : pas d’ordinateur, pas de télévision, pas de cellulaire intelligent, pas de tablette électronique, pas de livre, pas de musique, pas de gens. Tout seul, demeurer conscient et observer ce qui se passe. Si vous réussissez, vous verrez de la surprise, de l’émotion, des effets physiques. Personnellement, je n’ai jamais réussi à tenir très longtemps, mais pour le temps que ça dure, c’est impressionnant.

Bonne année tout le monde! C’est le moment : j’ai rendez-vous avec moi.

(Image par akial)

Lettre à Pauline Marois

Marois

Note : par soucis de transparence, je précise que je m’affiche en tant que péquiste et suis membre du Parti Québécois. Presque tous mes lecteurs le savent, mais je ne pourrai pas me le faire reprocher : une affaire de moins.

Chère Première Ministre,

Madame la Première Ministre ou Madame Marois : je pense que l’une va difficilement sans l’autre dorénavant. Après presque 100 jours au pouvoir, comment allez-vous? Cette question semble rayée de la carte pour les représentants de l’État : les journalistes posent 150 questions en même temps et vous devez y répondre en 3 mots pour cadrer dans un gros titre. C’est une parcelle de la vie que vous avez choisie et elle vous passionne j’en suis certaine.

Que ce début de mandat reste difficile. Nous oublions tellement facilement : un nouveau parti au gouvernement arrive presque « tout nu » au pouvoir. Il a beau avoir été dans l’opposition, plusieurs nouveaux députés se joignent à l’équipe et ont des classes à faire. L’avantage du Parti Québécois, héritage de René Lévesque : il y a plus de députés expérimentés et ayant touché de près ou de loin au pouvoir pour relancer le Québec à la vitesse grand V. Aussi, vos 14 ministères vous dotent d’une enviable expérience que certains partis n’ont même pas en combinant les expériences des 125 candidats.

Ce que j’aime avec notre gouvernement c’est la vitesse à laquelle les décisions se prennent et s’ajustent : avec les libéraux, ça bougeait une fois par 6 mois. Maintenant, il y a des décisions, des critiques (comme d’habitude) et la nouveauté : des ajustements faits à la vitesse de l’éclair. Pour un gouvernement en inertie, on repassera!

J’ai confiance en vous et au PQ au-delà des secousses et des critiques. Vous dirigez ce gouvernement minoritaire de mains de maître. Je nous souhaite sincèrement un gouvernement majoritaire péquiste et enfin notre pays. Continuez d’en parler, de le présenter et de le promouvoir : nous finirons bien par tous nous rallier.

Je ne vous apprendrai absolument rien sur votre métier. Tout ce que j’en sais, c’est que c’est un métier difficile, passionnant, prenant et brûlant. Je vous lève mon chapeau bien haut et vous salue bien bas, Madame. S’il vous plaît, ne nous laissez pas tomber.

Marilène Pilon

L’image provient du site de la Première Ministre du Québec

Maladie honteuse

Dans l’observation de ma société québécoise que j’aime beaucoup, je veux dénoncer une attitude collective devant cette maladie honteuse : l’argent. J’ironise, mais pas tant que ça. L’argent ne fait pas le bonheur, mais il rend le malheur confortable. Au Québec, nous avons sincèrement un gros problème dans la relation avec l’argent.

Dernièrement, j’écoutais la populaire émission Un souper presque parfait diffusée sur les ondes de V. Une dame a reçu les participants dans sa maison décorée avec goût et richement. Les commentaires déferlaient sur Twitter : elle veut montrer qu’elle a de l’argent, elle fait sa fraîche, elle va à la télé pour se montrer blablabla. La même chose s’est produite à l’arrivée de Pauline Marois à la tête du Parti Québécois. Parce qu’elle et son mari ont fait de l’argent dans leur vie, certains électeurs l’accusaient d’être loin du peuple, d’être snob. Ces critiques liaient directement leur argent aux politiques du Parti Québécois : un raccourcit intellectuel malhonnête et inutile.

Ces deux exemples teintent la relation que beaucoup de Québécois entretiennent avec l’argent. Je pense que c’est par jalousie : je ne peux pas me payer tout ça, je vais faire en sorte que tu te sentes tellement coupable que tu vas être plus malheureux que moi qui ne peux pas en avoir autant. Cette attitude demeure grotesque, risible, ridicule et méchante.

Nous avons une histoire judéo-chrétienne impossible à nier. La religion culpabilise les fidèles pour tout et n’importe quoi et la branche catholique romaine chante bienheureux les pauvres. Ce phénomène marque les peuples presque jusque dans les gènes. Chers fidèles, si les pauvres sont heureux, le pape doit être extrêmement malheureux. Ouvrez les yeux : la réussite pécuniaire est un constat. Ce n’est pas mieux ou pire ni une qualité ou un défaut. Sommes-nous capables de simplement apprécier le beau sans se sentir diminués personnellement par rapport à l’autre?

À la base, le moteur principal de cette réaction jalouse et mesquine réside dans le jugement : cette force obscure s’emparant de certaines personnes condamnant immédiatement, à leurs dires, cet étalage de richesses malsaines et snobs. Notez, si une personne se paye une bouteille de Champagne par mois, peut-être est-ce simplement qu’elle préfère ça à une caisse de 24 bières par semaine. Son plaisir mensuel au Champagne coûte, soit dit en passant, moins cher qu’une caisse de 24 hebdomadaire. Nous sommes prompts à juger du portefeuille d’une personne et la personne elle-même : si elle voyage, elle est automatiquement riche; si elle boit du Champagne, elle est automatiquement snob.

Quand je regarde des plaisirs que des gens peuvent se permettre tout en assumant leurs responsabilités : je suis contente pour eux, point. Je ne cherche pas d’intention derrière le geste.

Profiter de la vie et montrer notre joie n’est pas un affront à ceux qui n’ont pas les moyens de manger trois repas par jour. Aider, c’est le faire à la hauteur de nos moyens, sans pour autant nous rendre malheureux ni vivre dans un cabanon par solidarité avec les sans-abri. Ce n’est pas comme ça que nous les aiderons. Alors, pourquoi tant de malaise devant l’argent : la nature humaine demeure un mystère.

Photo par kenteegardin

Attentat du 4 septembre – lettre à un tueur

Richard Henry Bain,

Le 4 septembre dernier vous attentiez à la vie de la Première Ministre élue du Québec ainsi qu’à plusieurs centaines d’électeurs péquistes. Je n’aime pas le sensationnalisme, mais j’ai des limites à garder la tête froide devant un geste aussi ignoble que le vôtre. Je remercie votre arme de s’être enrayée ainsi que la rapidité avec laquelle les forces de l’ordre vous ont arrêté. Cependant, la vie d’un homme était sur le point de s’éteindre.

Vos voisins vous décrivent comme un amoureux du Canada craignant la séparation du Québec. Si j’étais canadienne, voyez-vous, j’aurais honte. Un amoureux ne se comporte pas de la façon dont vous l’avez fait. Vous semblez avoir une résistance devant la défense de la langue française et le pays du Québec. La peur doublée d’ignorance entraîne la haine. Vous en êtes un exemple frappant.

La défense du français au Québec vise à limiter la disparition totale de cette langue en Amérique et non pas à écraser la minorité anglophone. Faites deux heures de voiture à l’ouest de Montréal ou deux heures au sud et vous serez noyé dans un océan anglophone. Le Québec tente de survivre avant de se faire inonder. Cessez de prendre vos fantasmes d’extinction de la langue de Shakespeare pour une réalité, ça devient grotesque. Ouvrez-vous sur le Québec francophone et il serait bien que vous le voyiez comme un peuple de bâtisseurs. Nous exigeons que tous parlent et écrivent un français correct. Nous ne demandons pas l’écriture d’une thèse en 12 volumes, mais de servir les clients en français partout au Québec et de respecter l’affichage en français au minimum. En passant, le Canada est un pays bilingue supposément. Vous allez exterminer les francophones hors Québec aussi? Pourquoi ne vous êtes vous pas informé avant de poser votre geste.

Le Québec de Pauline Marois dans lequel je me reconnais prône des valeurs d’égalité des chances et d’égalité entre les hommes et les femmes. Oui, certaines interprétations de dogmes religieux briment les femmes, nous demandons que ces gestes soient interdits. Nous sommes loin de brimer la liberté de religion, nous empêchons la suspension des droits humains afin que la population puisse exercer ses devoirs et prendre ses responsabilités sans craindre de se faire réprimer par un quelconque chef spirituel. De plus, ce Québec tente de répartir les richesses afin que les pauvres ne meurent pas de faim, que tous aient un accès à l’éducation et à des soins de santé et que les riches cessent de frauder l’impôt. Vous avez sincèrement l’intention de mettre un frein à ces élans d’améliorations?

Le pays du Québec ne sera pas le paradis. Il nous permettra seulement d’arrêter de payer pour des structures en double, de voter nos lois selon nos priorités qui excluent la reine et d’avoir une reconnaissance dans le monde. Cette indépendance montrera qu’il existe une parcelle de terre résistant encore et toujours à l’envahisseur britannique.  Les lois civiles, les institutions, la langue et la culture du Québec diffèrent déjà de celles du reste du Canada, si cher à vos yeux. En tant qu’amoureux du Canada, vous demeurez dans la mauvaise province puisqu’elle n’a rien en commun avec ce pays à part l’armée. Peut-être que vous vous reconnaissez là-dedans.

Mardi dernier vous avez blessé beaucoup de gens. Vous avez entaché ce moment historique de l’élection de la première femme au rang de Première Ministre du Québec et votre nom sera à jamais lié à cet événement historique, malheureusement. Vous ne comprenez peut-être pas la moitié du tiers de ce que je vous écris ici. Peu importe, d’autres partageant vos opinions comprendront et j’espère qu’ils se réveilleront de leur coma intellectuel.

Ce qui ressort d’un tragique événement sur le plan politique reste qu’un pays du Québec demeure plus que jamais nécessaire. Sur le plan humain, en attendant, une famille a perdu son père, son conjoint, son fils. Prenez-en conscience, pour autant que vous en ayez une.

Marilène Pilon

Image de ||JL||

Élections Québec 2012 – le temps est venu

Et oui, le temps est venu d’élire le prochain gouvernement de la province de Québec. Je fais exprès d’utiliser le mot « province ». S’il vous choque, il nous suffit d’envoyer un gouvernement souverainiste fort à Québec aujourd’hui. Nous sommes devant trois partis souverainistes qui s’affichent de façon plus ou moins agressive sur les réseaux sociaux : le Parti Québécois, Québec Solidaire et Option Nationale. Je vise à vous rapprocher de la fontaine, mais je ne peux pas vous forcer à boire.

Les fédéralistes ont le beau jeu. En effet, ils n’ont qu’à se battre sur l’axe gauche-droite puisque le statu quo les avantage sur la question nationale. Les souverainistes ont la responsabilité de s’unir s’ils veulent un jour avoir le pays du Québec. Pour le moment, nous nous arrachons les cheveux pour des questions de « moi je ferais le pays de même », « moi j’aime mieux ça de même » en plus de nous obstiner sur l’axe gauche-droite. Cependant, à nous déchirer sur la méthode de faire notre pays nous perdons du temps et de l’énergie plutôt que les mettre sur Ottawa. Nous voulons partir du Canada. Je pense que nous nous entendons sur ça.

Par conséquent, pourquoi ne pas nous unir derrière un seul parti politique. Lequel me direz-vous. Pour le moment, le Parti Québécois demeure le plus expérimenté, le plus au courant de la façon de travailler à l’Assemblée Nationale et des rouages du gouvernement. De plus, il sait comment s’acharner sur Ottawa. Malgré tout, rien n’empêche de changer les méthodes et les approches du Parti Québécois.

Le problème des souverainistes à mon avis c’est de vouloir créer un parti politique. Pourquoi? Il y a du financement particulier pour un nouveau parti? C’est quoi l’idée : le statu quo avantage le fédéralisme, pourquoi les aider en fondant 150 partis politiques souverainistes. Je suggère plutôt qu’il y ait des mouvements ou des manifestations prônant des idées de gauche si le cœur vous en dit ou une nouvelle approche afin d’accéder enfin à la souveraineté si ça vous chante. Pourquoi créer un parti politique pour ça? Si votre député est péquiste, il est souverainiste à la base. Apportez-lui vos idées et faites-les monter jusqu’à Québec, jusqu’au chef du parti et ainsi de suite afin de faire évoluer les idées et ultimement changer le programme.

Tant que nous n’avons pas notre pays, nous avons avantage à faire évoluer les idées du Parti Québécois et ultimement à faire changer complètement son approche plutôt que de créer des partis qui divisent le vote. Nous le voyons clairement dans Gouin : Nicolas Girard contre Françoise David déchire les électeurs de ce comté et avec raison. Mais peut-être que ce député fera la différence entre un gouvernement majoritaire péquiste qui brassera la baraque à Ottawa et un gouvernement minoritaire qui nous plongera encore en élections dans 18 mois.

Je ne veux pas d’un seul parti, mais notre portrait politique avec un parti fédéraliste de droite, un parti fédéraliste de gauche et un parti souverainiste de centre reste suffisant. De cette façon, nous avons un porte parole politique pour la souveraineté que nous pouvons amener au pouvoir afin qu’il nous sorte d’Ottawa et nous déciderons avec l’aide de notre député de la façon dont nous procéderons. En nous unissant nous pouvons faire changer les approches.

Une fois souverain, nous déciderons si nous voulons être un pays à droite ou à gauche.

Image gracieuseté de Renart Léveillé

Le temps d’élire un gouvernement

Je me rendais au bureau de vote tout à l’heure et je réfléchissais au déroulement de la campagne, le vote des purs et durs, les indécis. Pour ma part, mon vote est dans la boîte.

Voyez-vous, le Québec n’est pas encore un pays. Je vous entends rire d’ici : c’est sûr qu’il ne l’est pas. Oui, mais ça ne semble pas être si évident pour tout le monde. Tous les partis souverainistes sont à gauche. Certains plus près du centre que les autres évidemment. Si nous présentons la souveraineté du Québec comme un projet de société prometteur, rentable, efficace : un référendum d’initiative populaire aura lieu rapidement. Un pays ça ne s’impose pas : ça se construit avec la majorité de la population. Si nous pouvons convaincre 50 % + 1 du Québec, le référendum aurait même lieu demain matin.

Pour travailler vers la souveraineté, nous avons la responsabilité d’envoyer une majorité de députés souverainistes à l’Assemblée Nationale. Si nous prenons une chance en votant un peu partout, nous risquons un gouvernement minoritaire péquiste avec trop peu de députés de Québec Solidaire et d’Option Nationale pour avoir un gouvernement de coalition sur la question nationale. Quoique Québec Solidaire a dit « l’indépendance si nécessaire mais pas nécessairement ». Enfin, ces deux partis semblent quand même souverainistes si on se fie à leur programme.

Par conséquent, le gouvernement de coalition se ferait par le Parti Libéral du Québec et la Coalition Avenir Québec. Et là, mes chers étudiants, vous allez la payer votre hausse des frais. De plus, nous aurons la hausse presque immédiate des frais d’Hydro-Québec, les mises à pied massives, les batailles avec les syndicats, et j’en passe. Le gouvernement de coalition du Parti Libéral du Québec et de la Coalition Avenir Québec me donne froid dans le dos. Je n’ai pas envie d’un Québec en perpétuelles confrontations. Revivre le printemps dernier ne m’intéresse pas, surtout que ce n’est même pas encore terminé.

Pauline Marois a occupé 14 ministères. 14. Il y a des équipes entières qui ne peuvent même pas se vanter d’en avoir occupé un seul. Elle n’a pas besoin d’attendre des rapports de ses ministres : elle voit venir les écueils d’avance. Ce n’est pas juste moi qui le dis, Monique Jérôme-Forget aussi. Le Parti Québécois incluant madame Marois a dû prendre des décisions extrêmement difficiles. Parmi les valeurs profondes du Parti Québécois on trouve l’égalité des chances, l’égalité hommes-femmes et la justice sociale. Ce ne sont pas des valeurs exclusives aux partis plus à gauche.

L’équipe péquiste comporte des gens d’expérience, humains, compétents, profonds. J’ai rarement vu des candidats ayant autant à cœur le projet du pays du Québec. Ils ne sont pas en train de s’obstiner qu’ils sont plus souverainistes que les autres : ils présentent ce qu’ils veulent faire pour ne pas que les des hausses de taxes sur les profits des banques soient refilées sur les prêts octroyés à la classe moyenne. Ils réfléchissent pour trouver des solutions novatrices. Ils peuvent le faire dès maintenant parce qu’ils ont l’expérience et n’ont pas à apprendre comment l’Assemblée Nationale fonctionne : ils en connaissent les rouages.

Est-ce qu’on me demande d’aimer Madame Marois? Non. Est-ce qu’on me demande d’aller prendre un café avec les députés péquistes? Non. Est-ce qu’on me demande d’élire une balance de pouvoir? Non. Est-ce qu’on me demande d’élire l’opposition officielle? Non. On me demande de voter pour les compétences d’une équipe pour administrer le Québec en fonction de mes valeurs. Moi, je vote Parti Québécois.

Image par dszpiro

Le Québec dont j’ai envie

Au premier tiers de la campagne électorale, une pause d’engueulades demeure salutaire. Quoiqu’une telle pause reste souhaitable éternellement. Je lis beaucoup d’échanges sur Twitter, je regarde les nouvelles, les annonces des partis et il y a de quoi virer complètement maboule. Les conférences de presses se multiplient, les chefs des partis promettent mer et monde à qui veut l’entendre. Nous savions déjà tout ça à la ligne de départ. Avec les 9 ans et plus du gouvernement Charest, l’horizon de temps nous a fait perdre de vue une question fondamentale : de quel Québec avons-nous envie?

Le Québec dont j’ai envie se libérera du Canada au lieu de courber l’échine à payer des fonctionnaires en double parce que les institutions existent déjà au Québec. Il quittera le Canada afin de dépenser ses argents dans ses priorités plutôt que pour des jubilés de la reine ou des armes coûtant le double du prix annoncé. Il rapatriera ses pouvoirs un après l’autre à Québec afin d’être prêt pour s’afficher à la face du monde comme un pays francophone fort et fier. Il sera fier d’être une patrie héritée de la France et expliquera pourquoi il s’est battu pour rester la forteresse du français en Amérique. La planète saura que nous existons en français.

Le Québec dont j’ai envie intégrera ses nouveaux arrivants. Il leur donnera des cours de français, leur présentera notre terre d’accueil libre. Un endroit libre de s’exprimer, de dénoncer, de manifester dans le respect de chaque personne. En échange, ces néo-québécois apprendront aux natifs leur langue, leur cuisine, leur histoire. Ils parleront français et adopteront les mœurs du Québec parce qu’ils seront fiers de faire partie de ce nouveau pays.

Le Québec dont j’ai envie remplira le fossé des générations. Il rapprochera la jeunesse de l’expérience. L’expérience partagera ses connaissances, son art, son histoire aux générations futures afin qu’elles apprennent du passé et qu’elles soient conscientes des pièges, des vols, des blessures, des erreurs pour avancer. Comme dirait mon père : j’ai fait ce que j’ai pu, maintenant, faites mieux.

Le Québec dont j’ai envie ne donnera pas ses ressources naturelles et exigera que les entreprises paient leur part pour y avoir accès. Il respectera l’environnement et conscientisera sa population aux impacts du réchauffement de la planète. Il travaillera intensément pour s’assurer que l’exploitation de toutes les ressources se fasse pour le bien-être de la population et non pas pour celui des amis de ses dirigeants. Ce Québec respectera ses contribuables en ne payant pas 39 % plus cher les travaux d’infrastructures. Il n’engendrera pas de méfiance extrême à l’égard de ses politiciens parce que nous sommes toujours à nous questionner « il remplit les poches de qui? » depuis 9 ans.

Le Québec dont j’ai envie promouvra ses artistes de part le monde. Il affichera ses talents extraordinaires et encouragera l’expression des émotions par la musique, la peinture, la sculpture, l’écriture, le cinéma, le sport, le cirque au lieu de par l’argent, l’armée et la corruption. L’identité québécoise explosera et la Terre entière sera curieuse de voir d’où vient toute cette imagination et voudra en savoir plus sur nous.

Le Québec dont j’ai envie sera fier d’être. Il prendra le crédit qui lui revient. Il criera à pleins poumons qu’il existe et qu’il n’est pas né pour un p’tit pain. Il sera fier de ce qu’il est pour ce qu’il réussit. Nous travaillerons en équipe parce que tous ces projets ne se réalisent pas avec une paire de bras : une équipe solide portera le drapeau du succès de ce Québec et la population entière contribuera à cette réussite.

Le Québec dont j’ai envie a du travail à faire sur tous les fronts. Ça fait beaucoup de priorités. Et alors? Nous ne pouvons pas restreindre un gouvernement à une priorité et laisser végéter les autres ministères : ils avancent tous en même temps et à vitesse grand V.

À la veille d’une élection générale, nous avons le pouvoir et la chance de retrouver le Québec dont j’ai envie. Qui a le goût d’embarquer avec moi?

Image par Scazon

Prêt, pas prêt, c’est parti!

Enfin, nous l’attendions tous depuis tellement longtemps. Quelques dizaines de millions de dollars en annonces plus tard, Charest déclenchera demain la campagne électorale 2012 après un printemps chaud. Très chaud. Le plus grand soulèvement populaire de l’histoire du Québec. Il a vraiment de quoi se vanter notre futur ex-premier ministre. Du moins j’espère qu’il deviendra un ex-premier ministre : malgré les preuves de collusion, de corruption, de vente (ou don?) de nos ressources naturelles, d’argent gaspillé, de promesses non tenues, un risque réel perdure de voir le Parti Libéral du Québec (PLQ) au pouvoir, encore.

Étant donné la division du vote souverainiste et la Coalition Avenir Québec fédéraliste, mais trop à droite, nous risquons d’être pris avec le PLQ. Je nourris quand même l’espoir d’un gouvernement majoritaire du Parti Québécois (PQ). Option Nationale (ON) et Québec Solidaire (QS) se disent uniques en leur genre, mais ils font des alliances et veulent négocier avec le PQ. S’ils sont si blanc bonnet bonnet blanc que ça, pourquoi créer un parti? Pour avoir discuté avec quelques uns de leurs partisans, ils parlent de voter stratégiquement pour le PQ étant donné l’actuel mode de scrutin, entre autres.

Je réponds que le PQ était le 3e parti à l’Assemblée Nationale en 2007. Il est aujourd’hui un candidat extrêmement sérieux au titre de chef du gouvernement. Pas mal pour un délai si court. Si le PQ a réussi ce tour de force en si peu de temps dans notre mode de scrutin si dramatique, ON et QS le peuvent aussi. Qu’ils se battent, qu’ils prouvent à la population qu’ils sont les plus aptes à gouverner et à amener le Québec au statut de pays. Parce que justement, bâtir un parti, un pays, une crédibilité : c’est long. Et c’est malheureusement l’éternel constat du politique souverainiste québécois : notre inconscient demeure extrêmement puissant et toutes les justifications sont bonnes pour empêcher la réussite du projet. J’ai l’impression que ON et QS agissent comme des adolescents qui connaissent tout mieux que les adultes expérimentés. Et qu’est-ce que des adultes répondent à des adolescents entêtés : un jour tu vas comprendre. Ce à quoi ils répondront : tasse-toi « mononque ».

ON et QS parleront donc dans cette campagne de vote stratégique de mode de scrutin et d’alliances. Soit. En attendant, pour avoir notre pays, il reste nécessaire d’avoir un parti souverainiste fort au pouvoir. Le seul qui existe demeure le PQ avec son nombre d’années d’expériences, sa profondeur, son programme et son équipe incluant madame Pauline Marois. Les intelligences présentes au PQ font baver d’envie tous ses compétiteurs.

Je critique vertement ON et QS parce que je trouve qu’ils rêvent en couleurs. Si le Québec était déjà un pays, d’accord, mais malheureusement nous devons d’abord rendre le Québec indépendant du Canada. Ensuite, on en reparlera. Un parti politique évolue avec son temps. Les idées pour la souveraineté ne manquent pas : pourquoi ne pas les débattre au sein du même parti plutôt que de s’engueuler avec des « je suis plus souverainiste que toi ».

La campagne qui commencera demain ne sert à rien : les bilans des partis sont connus et tout ce qui se dira dans le prochain mois ne vous apportera rien que des promesses de « je ferai ci » et « je vous jure que » pour les naïfs. Aux élections québécoises 2012, je dénonce la division du vote souverainiste. Utiliser la réalité du politique pour atteindre notre but du pays du Québec n’est pas se faire violence : il s’agit d’être conscient de la réalité du système en place et l’utiliser pour arriver à nos fins d’autant plus que le camp d’en face ne nous fera pas de cadeau.

(Image par How I See Life)

Les décisions de l’électorat

Depuis quelques semaines, je danse sur un pied, puis sur l’autre : Charest nous fait languir sur le déclenchement de la campagne électorale. Je pense que nos rues seront envahies de pancartes d’aspirants députés la semaine prochaine, soit avant les révélations de la Commission Charbonneau. Le moment reste idéal pour discuter des modes de scrutin. Plusieurs systèmes existent et aucun n’est parfait; autrement, tous les pays du monde appliqueraient le même, hormis les dictatures.

Notre scrutin uninominal à un tour comporte sont lot d’avantages et d’inconvénients. Parmi les bons côtés, nous assurons une représentation régionale puisque le député réside, règle générale, dans le coin de pays de son comté : il connaît les besoins de sa région. Aussi, nous comprenons que le coût d’une telle élection demeure faible : nous votons une fois et le sort en est jeté. Un problème persiste : si nous trouvons douteuse la qualité du candidat de notre parti préféré, nous devons choisir d’être représenté par un clown pour le parti ou bien par un candidat intéressant d’un parti de clowns. Malgré tout, l’inconvénient majeur de ce type de scrutin reste l’engloutissement des votes contre le candidat vainqueur : un souverainiste pleurera s’il demeure à Westmount. Même si tout est possible lorsque nous regardons le résultat dans Argenteuil aux dernières élections partielles, à moins d’un revirement plus que spectaculaire et miraculeux, Westmount restera entre les griffes des libéraux. Je me console : il n’y a pas un chat souverainiste à Westmount. Pour les puristes, il s’agit d’un sophisme, mais ça fait du bien d’en parler.

Le mode de scrutin diamétralement opposé reste le système purement proportionnel. J’en comprends que nous y perdrions peut-être la représentation régionale puisque nous n’élisons pas un candidat qui se présente dans notre comté. Ce système permet cependant de voter pour un programme plutôt que pour une personne. Dans ce système où chaque vote compte, les inconvénients principaux demeurent pratiques : les risques de gouvernements minoritaires successifs se multiplient. Par conséquent, les fréquents retours aux urnes engendrent des coûts énormes. De plus, les projets à longs termes restent difficiles étant donné les négociations constantes entre les partis afin d’obtenir la majorité de l’assemblée pour un projet donné.

Il existe un autre mode se rapprochant du compromis entre les deux : la proportionnelle mixte. Je remercie Benoit Dupuis (@ben_dupuis sur Twitter) pour ce lien du Secrétariat à la réforme des institutions démocratiques et à l’accès à l’information sur le sujet. L’idée est de mélanger le système uninominal à un tour et purement proportionnel. Il s’agit de déterminer des districts dans lesquels nous trouvons des circonscriptions. Il y a des sièges pour ces dernières et des sièges de districts. À la fin de la comptabilisation des votes et de savants calculs, nous trouvons un nombre de sièges par parti représentant à peu près le pourcentage de votes exprimés pour chacun d’eux.

À mon sens, la proportionnelle mixte respecte le plus le choix ou le non choix des électeurs. Le non choix. Et oui, souvent, au lieu d’annuler leur vote, certaines gens peuvent apposer leur X pour encourager un candidat ou un parti sans pour autant souhaiter que celui-ci soit élu. C’est ce que j’appelle le non choix. Bien que mon vote pour les prochaines élections soit décidé, ce n’est pas le cas de tous. Si nous réformons le mode de scrutin, soyons conséquents et informons nos contemporains que s’ils veulent annuler leur vote, qu’ils l’annulent pour vrai. Toute une éducation et une réforme de la perception d’une élection seront de mise.

Je vous parlerai finalement sur un plan pratique. La succession de gouvernements minoritaires défavorisent les projets à long terme, les partis se trouvent dans l’obligation systématiquement de négocier et les accords se font rares. En réalité, travailler de bonne foi, tout le monde ensemble main dans la main afin de mélanger les idées et de tirer le meilleur de chacune d’entre elles reste de la foutaise. La preuve : l’Assemblée Nationale ressemble à une cour d’école depuis le début de la grève étudiante et le gouvernement qu’il y a dedans est majoritaire. Vous pensez sérieusement que 35 sièges bleus, 35 rouges, 15 oranges, 14 verts, 13 mauves, 10 jaunes et 3 indigos à pois gris discuteront dans la joie et le bonheur afin de favoriser la classe moyenne? J’en doute.

En conclusion, je suis persuadée qu’un parti réformera le mode de scrutin si le changement en question le maintient au pouvoir. Savoir que nous pouvons voter les lois que nous voulons en majorité avec 30 % des suffrages, vous me pardonnerez, mais ça ferait baver n’importe quel chef de parti. Tous sans exception. Vous pourrez me dire que tel ou tel parti, si on lui donne la chance, procédera à la réforme : je n’en crois pas un mot. La défunte Action Démocratique du Québec n’en parlait plus de la proportionnelle après son triomphe de 2007. Tous les partis préconiseront le mode de scrutin qui le maintiendra au pouvoir : j’espère sincèrement me tromper.

Image originale de League of Women Voters of California