Le député fédéral Stephen Woodworth a déposé une motion afin de rouvrir le débat sur l’avortement. Il va sans dire qu’il est conservateur. Je sais que ce parti vit en 1950, mais là, ce n’est même plus drôle.
Je n’ai jamais subi d’avortement, mais je me doute que l’intervention n’est pas une activité intéressante. Ce moment est le résultat d’une réflexion longuement pesée et soupesée parce qu’élever des enfants requiert des qualités que tout le monde n’a malheureusement pas. Malgré tout, il n’est pas nécessaire de réussir un examen pour devenir parents : souvent la nature fait bien les choses ou elle demande un peu d’aide.
L’avortement reste une méthode d’interruption volontaire de grossesse. Je le répète : volontaire. Il ne s’agit pas d’un moyen de contraception. Le recours à l’avortement est l’ultime solution à un problème humain effrayant : décider de la vie ou de la mort d’un être en devenir. Parce qu’il demeure "en devenir" alors que la femme, elle, reste bien présente. Lorsque la décision penche vers l’interruption, plusieurs questions surgissent dans la tête des femmes.
Certaines femmes pensent qu’elles n’ont pas de vie décente à offrir à un futur enfant. Elles choisissent d’interrompre le développement des cellules afin de ne pas hypothéquer leur propre vie et la seconde qui pourrait exister. Cette phrase paraîtra sans doute très dure pour les pro-vie. Je comprends.
La vie surprend de différentes façons. Elle décide bien celle qui fait son affaire. Je refuse de juger la décision d’avorter. Si une femme gardait un enfant, peut-être qu’elle n’aurait pas de vie décente à lui offrir et qu’elle créerait un pensionnaire supplémentaire pour la rue. Peut-être que le père est parti après avoir appris la nouvelle. Peut-être que la dame hypothéquerait sa vie parce que si elle accouche elle risque de devenir paralysée pour XYZ raisons.
L’adoption ne reste pas une solution systématique. En effet, mener un enfant à terme, le porter pendant 9 mois, récupérer d’un accouchement pour ensuite donner son enfant!? J’ai beaucoup de difficultés à imaginer mener une grossesse à terme incognito et ensuite se présenter en société comme si de rien n’était.
Et les pères dans tout ça. Messieurs, bien que vous ayez une contribution dans la procréation, il n’en demeure pas moins que la femme porte l’enfant 9 mois, se retire du monde du travail, le met au monde et tente de récupérer aussi rapidement que possible. Vous avez évidemment votre mot à dire, mais, ne vous en déplaise, la décision ultime repose sur les épaules de la femme : elle voit son corps se transformer, ses hormones modifier tous les aspects de sa personne physique, psychologique et mentale. Elle a un être qui grossit au fil des semaines dans son ventre à compter du 1er trimestre. Si la grossesse tourne mal, elle met sa vie en danger. Vous aurez beau lui dire qu’elle demeure aussi séduisante, qu’elle est forte de porter la vie : elle, elle ne le ressent pas nécessairement ainsi. Vous ne pourrez jamais comprendre. Les femmes ne vous le reprochent pas : c’est une simple question de nature. Cependant, comprenez que vous n’avez pas le loisir de décider ultimement si votre conjointe garde ou non un enfant : elle ne vous appartient pas. Vous avez l’obligation de dire ce que vous en pensez, mais vous n’avez aucun pouvoir sur un autre être humain.
Je demande donc aux pro-vie de cesser d’hurler que l’adoption demeure une alternative. Avez-vous déjà pensé donner un de vos enfants en adoption? Bien sûr que non. Alors comment pouvez-vous penser qu’il en sera plus facile pour une autre femme. Une autre idée des pro-vie reste la culpabilité : vous tuez nos enfants! Calmez-vous : soit vous acceptez un avortement ou vous retrouvez une femme morte au bout de son sang parce qu’elle aura essayé d’avorter elle-même. Déjà que "vous tuez nos enfants" demeure sensationnaliste, la mort d’une femme vous importe-t-elle moins?
Il ne s’agit pas d’égoïsme. Les femmes qui avortent ne se disent pas : "ah flûte, un enfant m’empêchera de me payer mon cellulaire intelligent". Non, je présume que non et j’espère que non. La réflexion reste beaucoup plus grande et le choix, lorsqu’il s’arrête sur l’intervention, demeure une peine. J’en suis presque convaincue. Je ne peux que présumer.
Je demande donc aux pro-vie : si vous refusez l’avortement comme ultime recours en cas d’un beau cadeau de la vie, mais au mauvais moment, n’attribuez-vous pas ainsi plus d’importance à la vie d’un humain qui n’existe pas encore qu’à la vie d’une femme?

