Lettre à Pauline Marois

Marois

Note : par soucis de transparence, je précise que je m’affiche en tant que péquiste et suis membre du Parti Québécois. Presque tous mes lecteurs le savent, mais je ne pourrai pas me le faire reprocher : une affaire de moins.

Chère Première Ministre,

Madame la Première Ministre ou Madame Marois : je pense que l’une va difficilement sans l’autre dorénavant. Après presque 100 jours au pouvoir, comment allez-vous? Cette question semble rayée de la carte pour les représentants de l’État : les journalistes posent 150 questions en même temps et vous devez y répondre en 3 mots pour cadrer dans un gros titre. C’est une parcelle de la vie que vous avez choisie et elle vous passionne j’en suis certaine.

Que ce début de mandat reste difficile. Nous oublions tellement facilement : un nouveau parti au gouvernement arrive presque « tout nu » au pouvoir. Il a beau avoir été dans l’opposition, plusieurs nouveaux députés se joignent à l’équipe et ont des classes à faire. L’avantage du Parti Québécois, héritage de René Lévesque : il y a plus de députés expérimentés et ayant touché de près ou de loin au pouvoir pour relancer le Québec à la vitesse grand V. Aussi, vos 14 ministères vous dotent d’une enviable expérience que certains partis n’ont même pas en combinant les expériences des 125 candidats.

Ce que j’aime avec notre gouvernement c’est la vitesse à laquelle les décisions se prennent et s’ajustent : avec les libéraux, ça bougeait une fois par 6 mois. Maintenant, il y a des décisions, des critiques (comme d’habitude) et la nouveauté : des ajustements faits à la vitesse de l’éclair. Pour un gouvernement en inertie, on repassera!

J’ai confiance en vous et au PQ au-delà des secousses et des critiques. Vous dirigez ce gouvernement minoritaire de mains de maître. Je nous souhaite sincèrement un gouvernement majoritaire péquiste et enfin notre pays. Continuez d’en parler, de le présenter et de le promouvoir : nous finirons bien par tous nous rallier.

Je ne vous apprendrai absolument rien sur votre métier. Tout ce que j’en sais, c’est que c’est un métier difficile, passionnant, prenant et brûlant. Je vous lève mon chapeau bien haut et vous salue bien bas, Madame. S’il vous plaît, ne nous laissez pas tomber.

Marilène Pilon

L’image provient du site de la Première Ministre du Québec

Budget Marceau – compromis à l’honneur

Photo - Francis Vachon, Montréal Gazette

Photo – Francis Vachon, Montréal Gazette

Et bien nous l’attendions tous ce premier budget Marceau. En effet, dans le contexte d’un gouvernement minoritaire, réaliser le programme du Parti Québécois n’est pas une mince affaire quand la droite détient la balance du pouvoir. Pour voir les principaux points, je vous suggère de consulter ce site du budget.

Ce qui m’impressionne des budgets de cette envergure, c’est qu’une réduction d’impôts de 10 $ par mois peut priver le gouvernement de millions de dollars de revenus alors que 10 $ de plus dans notre poche, entre vous et moi, ce n’est pas le gros lot. Alors, comment faire un budget pour satisfaire tout le monde tout en donnant un répit à la classe moyenne? La réponse? Facile pourtant…

La réponse : impossible. À l’impossible nul n’est tenu, sauf le gouvernement. En effet, nous voulons que le gouvernement crée de l’argent : sauvegardons nos services dont les coûts augmentent de façon exponentielle sans payer plus cher d’impôts ou de taxes. Tant qu’on n’a pas besoin de soins de santé importants ou de cours universitaires coûteux : nous pouvons nous ficher des services. Par contre, l’égalité des chances et le partage de la richesse concernent tout le monde en tout temps. Nous ne pouvons pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Et bien nous ne pouvons pas avoir les soins de santé avec la castonguette tout en gardant les milliers de dollars que coûtent ces services par personne dans notre portefeuille.

Les taxes et impôts que nous payons toutes notre vie servent de financement pour nos besoins en services futurs. Ça semble tellement évident, mais quand il s’agit de payer : rarement dans notre cour. Le budget Marceau d’aujourd’hui, je le trouve réaliste : pas de gros youppis ni de grosses déceptions.

Un bon coup : l’annulation de la hausse libérale des droits de scolarité. Avoir enduré un printemps aussi chaud alors que le ministre des finances du Parti Québécois annule la hausse après 2 mois en poste : chapeau! L’entêtement devient une honte pour les libéraux.

Un moins bon coup : la taxe santé. Je me console en me disant que ce n’est pas le 200 $ intégral des libéraux. Malgré tout, j’aurais préféré une entrée en force du PQ avec l’annulation de la taxe santé. Ceci étant dit, ça sonne beaucoup comme avoir le beurre et l’argent du beurre et je ne sais pas comment il aurait pu y arriver. Je préfère penser qu’avec la CAQ en face, le gouvernement minoritaire ne peut pas faire ce qu’il veut. Je me demande si l’annulation de la taxe santé aurait été possible avec un PQ majoritaire. Il fallait voter PQ pour ça, meilleure chance la prochaine fois.

La création de nouvelles places en garderie et de logements sociaux demeurent une excellente nouvelle pour la justice sociale. Le plan de réduction de la dette permettra de nous rapprocher de notre pays avec des finances encore plus saines. L’augmentation de quelques sous les taxes sur l’alcool et les cigarettes aidera à financer les dépenses, en autant que la contrebande ne reprenne pas le dessus. De toute façon, peu importe ce que nous pourrons instaurer comme mesures pour encadrer un comportement, plusieurs s’échineront à contourner les règles : ils sont payés pour ça. On n’a qu’à le voir avec la règle du plus bas soumissionnaire pour les contrats en construction.

Au final, avec le PLQ sans chef et la CAQ sans le sous, ces partis ne feront pas tomber le gouvernement Marois sur ce budget. Ils vont essayer de nous faire peur, certes, mais c’est leur job de s’opposer. À suivre pour des élections en 2013 ou début 2014, les paris sont ouverts.

Maladie honteuse

Dans l’observation de ma société québécoise que j’aime beaucoup, je veux dénoncer une attitude collective devant cette maladie honteuse : l’argent. J’ironise, mais pas tant que ça. L’argent ne fait pas le bonheur, mais il rend le malheur confortable. Au Québec, nous avons sincèrement un gros problème dans la relation avec l’argent.

Dernièrement, j’écoutais la populaire émission Un souper presque parfait diffusée sur les ondes de V. Une dame a reçu les participants dans sa maison décorée avec goût et richement. Les commentaires déferlaient sur Twitter : elle veut montrer qu’elle a de l’argent, elle fait sa fraîche, elle va à la télé pour se montrer blablabla. La même chose s’est produite à l’arrivée de Pauline Marois à la tête du Parti Québécois. Parce qu’elle et son mari ont fait de l’argent dans leur vie, certains électeurs l’accusaient d’être loin du peuple, d’être snob. Ces critiques liaient directement leur argent aux politiques du Parti Québécois : un raccourcit intellectuel malhonnête et inutile.

Ces deux exemples teintent la relation que beaucoup de Québécois entretiennent avec l’argent. Je pense que c’est par jalousie : je ne peux pas me payer tout ça, je vais faire en sorte que tu te sentes tellement coupable que tu vas être plus malheureux que moi qui ne peux pas en avoir autant. Cette attitude demeure grotesque, risible, ridicule et méchante.

Nous avons une histoire judéo-chrétienne impossible à nier. La religion culpabilise les fidèles pour tout et n’importe quoi et la branche catholique romaine chante bienheureux les pauvres. Ce phénomène marque les peuples presque jusque dans les gènes. Chers fidèles, si les pauvres sont heureux, le pape doit être extrêmement malheureux. Ouvrez les yeux : la réussite pécuniaire est un constat. Ce n’est pas mieux ou pire ni une qualité ou un défaut. Sommes-nous capables de simplement apprécier le beau sans se sentir diminués personnellement par rapport à l’autre?

À la base, le moteur principal de cette réaction jalouse et mesquine réside dans le jugement : cette force obscure s’emparant de certaines personnes condamnant immédiatement, à leurs dires, cet étalage de richesses malsaines et snobs. Notez, si une personne se paye une bouteille de Champagne par mois, peut-être est-ce simplement qu’elle préfère ça à une caisse de 24 bières par semaine. Son plaisir mensuel au Champagne coûte, soit dit en passant, moins cher qu’une caisse de 24 hebdomadaire. Nous sommes prompts à juger du portefeuille d’une personne et la personne elle-même : si elle voyage, elle est automatiquement riche; si elle boit du Champagne, elle est automatiquement snob.

Quand je regarde des plaisirs que des gens peuvent se permettre tout en assumant leurs responsabilités : je suis contente pour eux, point. Je ne cherche pas d’intention derrière le geste.

Profiter de la vie et montrer notre joie n’est pas un affront à ceux qui n’ont pas les moyens de manger trois repas par jour. Aider, c’est le faire à la hauteur de nos moyens, sans pour autant nous rendre malheureux ni vivre dans un cabanon par solidarité avec les sans-abri. Ce n’est pas comme ça que nous les aiderons. Alors, pourquoi tant de malaise devant l’argent : la nature humaine demeure un mystère.

Photo par kenteegardin

Le temps d’élire un gouvernement

Je me rendais au bureau de vote tout à l’heure et je réfléchissais au déroulement de la campagne, le vote des purs et durs, les indécis. Pour ma part, mon vote est dans la boîte.

Voyez-vous, le Québec n’est pas encore un pays. Je vous entends rire d’ici : c’est sûr qu’il ne l’est pas. Oui, mais ça ne semble pas être si évident pour tout le monde. Tous les partis souverainistes sont à gauche. Certains plus près du centre que les autres évidemment. Si nous présentons la souveraineté du Québec comme un projet de société prometteur, rentable, efficace : un référendum d’initiative populaire aura lieu rapidement. Un pays ça ne s’impose pas : ça se construit avec la majorité de la population. Si nous pouvons convaincre 50 % + 1 du Québec, le référendum aurait même lieu demain matin.

Pour travailler vers la souveraineté, nous avons la responsabilité d’envoyer une majorité de députés souverainistes à l’Assemblée Nationale. Si nous prenons une chance en votant un peu partout, nous risquons un gouvernement minoritaire péquiste avec trop peu de députés de Québec Solidaire et d’Option Nationale pour avoir un gouvernement de coalition sur la question nationale. Quoique Québec Solidaire a dit « l’indépendance si nécessaire mais pas nécessairement ». Enfin, ces deux partis semblent quand même souverainistes si on se fie à leur programme.

Par conséquent, le gouvernement de coalition se ferait par le Parti Libéral du Québec et la Coalition Avenir Québec. Et là, mes chers étudiants, vous allez la payer votre hausse des frais. De plus, nous aurons la hausse presque immédiate des frais d’Hydro-Québec, les mises à pied massives, les batailles avec les syndicats, et j’en passe. Le gouvernement de coalition du Parti Libéral du Québec et de la Coalition Avenir Québec me donne froid dans le dos. Je n’ai pas envie d’un Québec en perpétuelles confrontations. Revivre le printemps dernier ne m’intéresse pas, surtout que ce n’est même pas encore terminé.

Pauline Marois a occupé 14 ministères. 14. Il y a des équipes entières qui ne peuvent même pas se vanter d’en avoir occupé un seul. Elle n’a pas besoin d’attendre des rapports de ses ministres : elle voit venir les écueils d’avance. Ce n’est pas juste moi qui le dis, Monique Jérôme-Forget aussi. Le Parti Québécois incluant madame Marois a dû prendre des décisions extrêmement difficiles. Parmi les valeurs profondes du Parti Québécois on trouve l’égalité des chances, l’égalité hommes-femmes et la justice sociale. Ce ne sont pas des valeurs exclusives aux partis plus à gauche.

L’équipe péquiste comporte des gens d’expérience, humains, compétents, profonds. J’ai rarement vu des candidats ayant autant à cœur le projet du pays du Québec. Ils ne sont pas en train de s’obstiner qu’ils sont plus souverainistes que les autres : ils présentent ce qu’ils veulent faire pour ne pas que les des hausses de taxes sur les profits des banques soient refilées sur les prêts octroyés à la classe moyenne. Ils réfléchissent pour trouver des solutions novatrices. Ils peuvent le faire dès maintenant parce qu’ils ont l’expérience et n’ont pas à apprendre comment l’Assemblée Nationale fonctionne : ils en connaissent les rouages.

Est-ce qu’on me demande d’aimer Madame Marois? Non. Est-ce qu’on me demande d’aller prendre un café avec les députés péquistes? Non. Est-ce qu’on me demande d’élire une balance de pouvoir? Non. Est-ce qu’on me demande d’élire l’opposition officielle? Non. On me demande de voter pour les compétences d’une équipe pour administrer le Québec en fonction de mes valeurs. Moi, je vote Parti Québécois.

Image par dszpiro

Fête Nationale avec un grand "N"

La Saint-Jean-Baptiste, fête nationale des Québécois. Que j’aime cette fête. Nous sommes au début de l’été, Mère Nature se pare de ses plus beaux atours verdoyants pour nous faire danser et chanter sur la musique de chez-nous.

Chez-nous. À chaque année, je me demande où il s’en va notre chez-nous. Au fur et à mesure que les journées s’éloignent du 24 juin, toute la ferveur nationaliste semble s’éteindre dans le cœur de beaucoup trop de Québécois. Elle s’en va à la même vitesse à laquelle elle nous prend le 23 juin au soir jusqu’au 25 au matin. Beaucoup trop sont éphémères dans leurs convictions. Les projets de société allument jusqu’à ce que la nouveauté s’estompe et que les médias n’en parlent plus. Les projets de sociétés et les convictions restent ce qui nous constituent : ce n’est pas une histoire de cote d’écoute.

Je me demande si nous allons un jour nous rendre compte de toute la richesse physique et populaire du Québec. Nous sommes un coin bleu d’un pays rouge dans lequel nous n’avons plus rien à obtenir. Plus rien. Tous ce que nous envoyons à Ottawa nous n’avons qu’à l’envoyer à Québec afin de nous offrir des services en accord avec nos valeurs de partage équitable de la richesse.

Je me plais à penser que nous serons fiers de nous, que nous apprendrons à cesser de nous prendre pour des dépendants. Nous avons des talents immenses, nous faisons des miracles avec rien, notre créativité demeure époustouflante et au lieu de nous afficher, nous nous cachons, pensant que nous gonflons notre orgueil, c’est péché.

Oui, à chaque année, chaque 24 juin, chaque Saint-Jean-Baptiste, je me souhaite bonne fête. Je me dis qu’un jour notre fête nationale sera une fête Nationale avec un grand "N" pour célébrer notre pays, notre chez-nous.

Image par Spacecat

Réponse à Jean-Martin Aussant

Le titre de l’article de Simon Boivin paru dans Le Soleil m’a fait voir rouge. Je ne m’en cache pas : « Souveraineté : Charest moins nuisible que le PQ, croit Aussant » Y a-t-il plus insultant? Après deux ou trois secondes de colère, je me suis dit que les médias exagèrent souvent afin de vendre. Par conséquent, ce n’était probablement pas tout à fait ce qu’Aussant a affirmé. Je vous encourage à lire l’article parce que, en effet, ce n’est pas aussi tranché.

Malgré tout, je trouve que le chef d’Option Nationale (ON) méprise le Parti Québécois (PQ). En effet, il mentionne que le PQ priorise le pouvoir plutôt que  la souveraineté et que le PQ majoritaire sera dangereux pour le projet. Je lui rappelle qu’il est également en politique pour prendre le pouvoir d’abord et réaliser la souveraineté ensuite. Le PQ travaille donc en ce sens tout en présentant son plan pour amener le Québec à un rang de pays. Je lui pardonne cet écart dans son discours. Après tout, un parti aussi jeune ne peut pas avoir la même profondeur qu’un autre dont la cheffe a plus de 35 ans d’expérience en politique.

De plus, je comprends que l’idée d’un référendum avec les conditions gagnantes sépare les deux partis quant à la méthode de réalisation du projet de pays du Québec. Or, avec notre mode de scrutin, monsieur Aussant n’est pas sans savoir que le vote favorable de 30 % de la population a de fortes chances de placer le parti en question en majorité à l’Assemblée Nationale. Supposons qu’Option Nationale devient majoritaire avec 40 % du vote : Monsieur Aussant, comment ferez-vous du Québec un pays sans voir les ripostes foudroyantes du 60 % qui refuse toujours la souveraineté?

L’indépendance demeure un projet commun pour le Québec. Un rêve pour certains, une ambition pour d’autres, une évidence, une nécessité. Malheureusement, trop de gens voient encore et toujours un espoir dans un fédéralisme canadien. Les indépendantistes travaillent à présenter le pays du Québec comme une solution au carcan fédéral.

Monsieur Aussant, vous vous éreintez tellement à mépriser le PQ que vous semblez oublier l’essentiel du projet. Faites votre travail, mais si vous désirez attendre un autre 30 ans alors que nous sommes si près du but, c’est votre choix. Je préfère faire confiance à un parti expérimenté qui promeut un projet afin de rallier la majorité de la population du Québec. De cette façon, en présentant l’évidence de la souveraineté, une majorité de Québécois nous suivra et le référendum sera gagnant; peut-être que ce sera au cours du prochain mandat du PQ si nous travaillons intensément dans le même sens plutôt que de perdre notre temps à débattre du « qui est plus souverainiste que l’autre? ».

Tout ce temps perdu à dénigrer le PQ plutôt qu’à rallier la majorité de la population derrière la nécessité de l’indépendance du Québec : si c’est votre façon de concrétiser un pays, je suis désolée, mais je préfère l’expérience, la profondeur et la sociale démocratie péquistes.

Photo : - Le Devoir Clément Allard

Photo : - Le Devoir Clément Allard

Quand le politique délire

Deux cas de "qu’est-ce que c’est que ça" ont tourmenté mon cerveau cette semaine : le Parti Conservateur du Québec (PCQ) via un article dans L’Actualité du 15 mars et le retour possible des démissionnaires du Parti Québécois (PQ), du moins pour Curzi, au parti duquel ils ont claqué la porte il y a moins d’un an. Sur le coup, je me suis dit : mais non, je rêve. Quand j’ai repris connaissance ;) , je me suis sincèrement demandé où s’en va le Québec. J’admets que le PCQ et les réflexions de Curzi ne sont qu’une goutte d’eau dans l’univers politique québécois. C’est plus fort que moi : je m’arrête à ces petits trucs qui deviennent souvent grands.

D’abord le PCQ. Sincèrement, je ne sais pas ce que la droite a de si attirante. J’en ai parlé un peu dans Retour aux sources, mais j’ai l’impression que ce n’est pas assez pour qu’elle comprenne qu’au Québec, nous ne sommes pas attirés par une société avec l’état réduit au minimum. Pour vivre à droite il existe l’Alberta, pas le Québec. Plusieurs Québécois qui auront plus d’argent disponible ne l’économiseront pas. Ils vont le dépenser et quand un coup dur arrivera ils seront démunis. Ensuite, même si l’état coupe massivement dans les services et subventions, nous redonnera-t-il en impôts et taxes ce que nous payions pour financer lesdits services et subventions? J’en doute : la dette est tellement monstrueuse. Alors nous continuerions à payer autant sans service en échange; belle approche, sincèrement. Je suis cynique parfois.

Un autre exemple simple que le chacun pour soi de la droite demeure plus faible que la force de la gauche : je vous présente trois personnes. Chacune a 2 $ dans ses poches et a le goût de se payer un bon café latté extra crème fouettée grand format. Ledit café coûte 6 $. Ces trois personnes ne peuvent pas, individuellement, se payer ce café. Pour la droite : que chacun s’en passe. Pour la gauche : mettons tous nos 2 $ ensemble et nous pouvons nous en payer un. Nous le partagerons et pour notre 2 $ nous aurons chacun 1/3 de café. C’est la même chose pour tout le reste. Responsabiliser les gens à épargner demande énormément de temps, mais je persiste et je signe : la force de la communauté de la gauche écrase l’individualisme de la droite.

Tant qu’à réfléchir, poursuivons avec notre charmant Pierre Curzi : député indépendant de Borduas élu sous la bannière du PQ ayant claqué la porte dudit PQ, on s’en souvient. Il songe maintenant à un retour possible au PQ. Soit dit en passant, Lisette Lapointe y pense aussi. Ces deux députés n’excluent rien. Là, vraiment, j’espère ne pas être la seule à me poser des questions, tellement que j’en perds mon latin.

Attendez, la soi-disant crise au PQ a débuté par la démission de trois députés, Beaudoin, Curzi et Lapointe. Le PQ était alors dirigé, apparemment, par une dictatrice impitoyable qui force la ligne de parti et qui agit de manière opposée à l’éthique politique de Curzi et que ce dernier ne pouvait même plus se regarder dans le miroir. Je n’ai pas la berlue ni rien inventé : il ne pouvait plus se regarder dans le miroir et se sentait obligé de sortir du PQ; on l’a assez entendu en boucle dans les médias ce fichu miroir. Et là c’est la crise au PQ : la dégringolade dans les sondages, Pauline Marois ne passe pas, on ne sait pas pourquoi, on n’a pas de raison, mais elle ne passe pas. Ça quitte le PQ, déchire ses cartes de membres. Curzi multiplie les apparitions publiques et les entrevues parlant de politique autrement, de cette guerre entre les rouges et les bleus qui doit cesser afin que l’Assemblée Nationale travaille ensemble pour faire avancer le Québec. Je n’invente rien.

Et tout d’un coup, huit mois après toutes ces entrevues; après toute l’énergie monumentale perdue au PQ à se défendre plutôt que de promouvoir la souveraineté, le PQ serait le meilleur parti, peut-être, pour lequel ces mêmes députés se représenteraient aux prochaines élections. Ils rient de qui là.

Je n’ai rien contre le fait de changer d’idée. Nous avons tous le droit à l’erreur, soit. J’ai un problème lorsque ces changements d’idée ralentissent le mouvement de la souveraineté du Québec pour absolument rien. J’ai été personnellement impliquées dans plusieurs discussions après la venue d’Option Nationale, le départ des députés, la soi-disant crise au PQ. Et, au final, toute cette énergie a été dépensée pour rien : plusieurs reviennent au PQ, même les démissionnaires y songent. Quelle farce.

L’expérience, la profondeur, la force et la machine péquistes ne peuvent pas être systématiquement mises de côté. À un moment donné, la compétence paie. C’est long, c’est ardu, oui, ça l’est plus que lorsque nous avons les bons contacts placés aux bons endroits. Par contre, la solidité de la confiance et de la compétence reste plus importante lorsque nous atteignons nos buts par travail plutôt que par faveur.

Qu’ils reviennent au PQ avec plaisir autant pour moi que pour eux. J’aimerais que ce retour, s’il s’avère, soit précédé d’excuses publiques : il y a des conséquences aux gestes que nous posons.

Original de l’image.

Transfuges : nuances importantes

Récemment, plusieurs politiciens ont changé de camp. Les opinions sur les transfuges pullulent : inacceptable, trahison, légitime, juste les fous qui ne changent pas d’idée. Pour ma part, tout est une question de moralité publique : nous pouvons tous personnellement changer d’opinion, mais qu’en est-il lorsque nous représentons un groupe d’individus, que nous ne sommes pas seuls avec notre idée.

Je remercie Jean-Martin Aussant d’avoir écrit son commentaire à la page du débat du jour de La Presse. Il avait d’ailleurs avantage à attaquer le problème de front parce qu’il est aussi un transfuge. Il quitte un parti pour un autre : transfuge. Le PQ a évolué depuis la dernière élection, mais son programme promeut toujours la souveraineté, comme monsieur Aussant l’a si bien défendue pendant sa campagne électorale. Cependant, son commentaire sur la légitimité des transfuges est titré "à proscrire". Aussi, il parle du départ de René Lévesque lorsqu’il a fondé le PQ. Monsieur Aussant : Lévesque n’a pas quitté des souverainistes pour fonder un parti souverainiste. Votre comparaison demeure donc extrêmement boiteuse à mon avis. Assumez plutôt que vous avez changé de camp en cours de mandat sans passer par une élection. De plus, les votes que vous récolterez iront pour Option National et non pour le Parti Québécois. Vous êtes donc automatiquement un adversaire du PQ tout en ayant commencé votre mandat au PQ : transfuge.

Nous avons aussi vu François Rebello passer du Parti Québécois à la Coalition Avenir Québec (en passant Monsieur Rebello, votre site www.francoisrebello.com indique encore le PQ en liens utiles et rien pour la CAQ). Celle-là, vraiment, je ne l’ai pas comprise. Monsieur Rebello, vous défendez la souveraineté à plein poumons, mais vous quittez pour un parti qui a de la misère à se brancher sur un impératif de l’environnement politique québécois. Beaucoup parlent d’opportunisme politique, moi je suis simplement bouche bée.

Sur la scène fédérale, Lise St-Denis a laissé tomber le Nouveau Parti Démocratique pour joindre le Parti Libéral du Canada. Les idéaux de ces deux partis sont plutôt de gauches, sans être parfaitement identiques. Le mouvement reste à mon sens moins radical que celui de monsieur Rebello. Cependant, prendre une telle décision demeure embêtant : il s’agit d’une décision personnelle puisqu’elle n’a pas fait l’objet d’un référendum auprès des électeurs alors que son impact reste directement lié à une responsabilité publique. Afin de justifier son geste, madame St-Denis mentionne que les gens avaient voté pour Jack Layton et qu’il est mort. J’ai eu un immense malaise puisqu’il existe des électeurs qui votent pour des programmes, des idéaux et pas seulement pour un chef. Plutôt que de capitaliser sur une personne décédée, elle n’a qu’à assumer ses décisions.

Lorsque nous votons, nous votons parfois pour un parti : le député Matthew Dubé n’a jamais mis les pieds dans ma circonscription et il a été élu. L’électorat ne viendra pas me dire qu’il a voté pour la personne, on s’entend. Nous votons parfois pour la personne : une amie se présente pour Québec Solidaire dans Westmount qui reste libérale depuis que nous comptabilisons des résultats d’élections. Nous aurons au moins le plaisir de lui dire qu’elle a eu notre vote. Nous votons parfois pour le programme : les baisses d’impôts et le gel des frais de garderies de Charest. Bon, ça ne fonctionne pas toujours, mais nous pouvons nous plaindre, faire des pétitions et des manifestations pour finalement le réélire 4 ans plus tard. Si seulement la mémoire n’était pas cette faculté qui oublie.

En conclusion, le cas des transfuges suscite débats et opinions divers parce qu’il y a des arguments justifiant et décriant ce choix. J’en reviens aux cas d’immoralité publique : jusqu’à quel point est-il éthique de changer personnellement de parti en cours de mandat lorsque nous sommes un représentant élu par nos pairs. Devrions-nous l’interdire par une loi? Si c’est le cas, elle devra être étoffée à souhait afin d’indiquer tous les cas possibles de changements : deux partis aux idées similaires sur l’axe droite-gauche, des idées diamétralement opposées, la fondation d’un nouveau parti. Ou encore, devrions-nous faire une élection partielle dès qu’il y a un changement? Ou bien faire approuver le choix du député via un référendum dans la circonscription?

Le problème demeurera entier tant que nous ne séparerons pas la responsabilité personnelle de la responsabilité publique du député.

On peut voir l’original de la photo sur le site de Radio-Canada.

Réponse à Jean Allaire

Les rédacteurs du Globe connaissent très bien mes goûts en matière de politique. Ils ont porté à mon attention l’article de Jean Allaire paru dans Le Devoir du 7 janvier 2012 intitulé Fusion ADQ et CAQ – Pour un Québec plus riche et plus équitable. J’ai donc décidé d’y répondre avec le plus grand des plaisirs.

D’abord, il est vrai que le Québec est divisé. La population du Québec est constituée de toutes sortes de monde et les divergences d’opinions demeurent et demeureront. Nous essayons de bâtir un modèle de société qui contentera le plus grand nombre, faute de contenter chaque individu. Je suis profondément de gauche, sans pour autant dénigrer la droite. Je prône la responsabilité individuelle, mais je trouve que ce n’est pas une valeur de gauche ou de droite, c’est simplement le gros bon sens : prendre ses responsabilités.

Ceci dit, à mon avis, la souveraineté reste dans le sens des intérêts du Québec, l’intérêt de la collectivité. Nous rapatrions tous les pouvoirs du fédéral à Québec; tous les impôts, toutes les taxes iront à Québec. La souveraineté n’est pas une idée en l’air, elle est un projet de société promu par les Québecois pour les Québécois. Le projet de société proposé par les souverainistes ne cadre pas dans la fédération canadienne centralisatrice à l’extrême; alors, le Québec s’en va pour se réaliser.

La question constitutionnelle n’est pas une "chicane" ou une "division". Elle fait partie de l’environnement politique Québécois comme il est nécessaire de respirer pour vivre : elle est intrinsèque à notre société. Que l’on soit d’un côté de la clôture ou de l’autre, la question nationale ne pourra jamais être mise de côté. Le fédéralisme n’a pas encore réussi à convaincre de sa pertinence. Il a simplement le beau jeu parce que le statu quo reste en sa faveur. De plus, le gouvernement fédéral majoritaire conservateur a 5 sièges au Québec : c’est bien pour dire que nous n’avons rien en commun avec le reste du Canada.

Pourquoi les fédéralistes ne se rangent-ils pas du côté des souverainistes. Pourquoi l’appel aux concessions se fait toujours envers les souverainistes. Si je donne une si grande place à la question nationale, ce n’est pas pour oublier la santé ni l’éducation : tout ces sujets sont connexes. Mes priorités sont toutes teintées de la souveraineté parce qu’elle nous permettrait de ne plus dépendre du fédéral. Nous serions responsables, enfin, de nos choix, notre projet, nos ambitions sans être coincés dans un pays qui ne nous ressemble en rien : nous  n’avons pas la même langue, la même culture, les mêmes institutions, les mêmes lois civiles. Par conséquent, je trouve que le pays du Québec n’a pas à être dans une liste de priorités, mais a à teinter toutes les politiques du Québec.

Les manchettes pourront parler de santé et d’éducation, mais les autres ministères, en attendant, continuent de travailler. Par conséquent, même si la constitution n’a pas les gros titres, elle peut teinter toutes les idées amenées par les autres ministères pour régler les problèmes du Québec. Administrer un gouvernement n’est pas lister des priorités comme une liste d’épicerie : tous les dossiers avancent en même temps. Peu importe ce que les médias en diront, le projet avance; d’où l’importance d’avoir toute une équipe pour y parvenir.

J’ai autant de "gros bon sens" qu’un autre et je ne pense pas que le fédéralisme soit la solution. Alors non, je ne mettrai pas la souveraineté au rancart : elle peut représenter un projet de société digne des Québécois sans nous empêcher de travailler pour la santé, l’éducation, l’environnement, les aînés.

L’original de la photo est ici.

Souveraineté et inconscient collectif

En ce début d’année 2012, je me questionne sur l’ambition des Québécois sur le plan de la souveraineté. Je me demande si le 40 % toujours souverainiste est en réalité souverainiste. J’aime sortir des sentiers battus alors je partage mes réflexions pour mon petit bonheur et pour m’enrichir des vôtres. Je m’explique.

Parfois, désirer quelque chose demeure plus excitant que de posséder ladite chose. Par exemple, un enfant peut désirer au plus haut point le dernier jeu vidéo tout chaud qui sortira de l’usine dans 6 mois pour le délaisser après quelques semaines, voire quelques jours. Pourtant, il vous en a parlé pendant des semaines de ce fameux jeu. Je me demande si la souveraineté demeure simplement désirée ou si elle passionne le 40 %.

Avec Stephen Harper majoritaire à Ottawa, la situation fédérale reste toute indiquée pour promouvoir la souveraineté avec force, puissance, planification, arguments : dénonçons la colonisation, l’armée "royale", les F-35, le retrait de Kyoto, l’omniprésence de l’unilinguisme anglophone alors que le Canada est supposé avoir 2 langues officielles. Sur le plan provincial, Jean Charest cumule folies par-dessus vols avec la corruption, les hausses de taxes, des coûts d’électricité, des frais de garderie et le vol de nos ressources avec son plan Nord. J’espère ne pas être la seule à voir que le fédéral et le provincial font tout pour alimenter la flamme souverainiste.

Cependant, à la place, nous plaçons un parti fédéraliste centralisateur en force à Ottawa avec plusieurs députés unilingues anglophones et le vote souverainiste se divise sur la scène provinciale avec l’arrivée d’Option Nationale et de Québec Solidaire. Nous sommes si près du but, de la souveraineté, sauf que nous sommes occupés à dépenser de l’énergie dans le mauvais sens tout en divisant le vote qui nous éloigne du pouvoir.

Alors, je me pose la question : la voulons-nous vraiment la souveraineté? Je me demande si nous ne préférons pas réinventer la roue à chaque 30 ans pour être certains que nous n’aurons jamais notre pays. Nous créons ainsi l’excuse que nous ne réalisons pas ce projet faute d’avoir le pouvoir, faute d’avoir une grande voix à l’Assemblée Nationale.

Mille et un prétextes existent pour faire semblant de différencier les opinions constitutionnelles du Parti Québécois, de Québec Solidaire, d’Option Nationale et du Parti Indépendantiste. Nous ramons tellement dans tous les sens possibles afin de tenter de dénoncer l’autre qui n’est pas aussi souverainiste que l’un que nous faisons du surplace avec une énergie dépensée pour rien.

Par conséquent, je me demande si, inconsciemment, nous préférons rester colonisés, soumis, écrasés, surtaxés parce qu’il reste quelque chose dans le réfrigérateur et que nous avons le ventre plein. Nous semblons préférer que le fédéral et le provincial nous volent et nous écrasent, nous semblons contents. Si ce n’est pas le cas, il y a une lumière qui devrait s’allumer là.

Je suis passionnée par la souveraineté et je compte bien continuer de la promouvoir parce qu’elle demeure un magnifique projet et que ses opposants n’ont pas encore réussi à me faire changer d’idée.

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