Fédéralisme : un argumentaire à regarder

Au fil du temps, j’ai relevé certains arguments fédéralistes populaires.  Mon objectif ici est de présenter la réalité de ces arguments pour tenter de les relativiser et aussi, je l’avoue, de les analyser un peu.  Notez ci-dessous que le « Oui » représente en général les souverainistes et le « Non », les fédéralistes.  Je le précise parce que si nous changeons le sens de la question, ça défait tout mon texte!?!?!?

1 ) On ne brise pas un pays avec la moitié de la population : lorsque plus de la moitié des gens veulent changer un état de fait, on le change; c’est le principe de la démocratie.  De plus, une majorité, c’est 50 % plus 1.  Ça, c’est un principe mathématique.

1.1 ) Ça ne fait rien, tu n’es pas assez fort avec 50 % plus 1 : si on met la logique mathématique au rancart, poussons le raisonnement : les résultats « officialisés » de 1995 sont 49,4 % pour le Oui et 50,6 % pour le Non. Puisque ça prend supposément 55 % des votes, le Non a perdu aussi.  Non?

1.2 ) Hahaha mais non, le Non ne peut pas perdre, c’est le Oui qui doit gagner à 55 %, il entraîne un changement important : et alors? Quand on change de gouvernement, 50 % + 1 ça fonctionne (passer d’un gouvernement de centre-gauche à un gouvernement de droite, ce n’est pas radical ça?).  Aussi, si une municipalité vote pour un nouveau maire, 50 % + 1 ça passe.

Pourquoi le statu quo serait avantagé?  Qui décide que le changement est opéré si on a plus de 50 % + 1 dans quelques situations, mais pas pour tout?  Pardonnez-moi, mais changement important ou pas, quand la majorité vote dans un sens, on le fait : c’est la démocratie.  Le Oui a bien respecté le résultat « officialisé » de 1995, une chance pour le Non. Et « respecter » ne signifie pas « accepter ».

1.3 ) Ce n’est pas grave, le Canada ne te reconnaîtra pas avec 50 % plus 1 : Si c’est le cas, le Canada est devenu une dictature.  Vous riez?  Démonstration : disons que le Canada exige 55 % des votes pour le Oui afin de reconnaître le pays du Québec.  Ça signifie que pour chaque tranche de 100 personnes, 46 votes pour le Non gagnent contre 54 votes pour le Oui.  Vous me suivez? Alors le Canada accorde plus de poids à un vote pour le Non qu’à un vote pour le Oui.  Un citoyen qui vote du bon bord pour le Canada a plus de poids que celui qui vote du mauvais bord.  Voter du bon bord : ce n’est pas une dictature?

2 ) Le reste du Canada ne fera plus de commerce avec nous : ils vont probablement nous bouder une semaine ou deux, mais il ne dira jamais non à un marché de 8 millions de personnes.  Nous représentons 23 % de la population du Canada actuel : ça en achète du pétrole et du bois.  Le commerce continuera entre les 2 pays : depuis quand des gens d’affaires refusent de faire de l’argent avec un marché se trouvant à côté.

3 ) On ne pourra plus utiliser le dollar canadien : mais oui, le Canada va nous supplier de l’utiliser.  Sinon, on le vendrait et ça ferait chuter la valeur de la monnaie drastiquement parce qu’il y en aurait énormément sur le marché.  Pas très bon pour les importations.  Trop bas, c’est comme pas assez.

4 ) On n’a pas d’armée et on va avoir une guerre civile : Le Canada et le Québec sont 2 états de droits. Nous sommes diplomates alors on va se parler bien avant de se taper dessus.  Nous avons beaucoup d’installations au Québec (allez voir sur le site des forces canadiennes).  Alors nous achèterons l’actif (à moins qu’il ne soit déjà à nous?).  Nous pourrions faire une armée de Casques Bleus; c’est juste une idée, on jase là.

5 ) On va être comme la Grèce, sur le bord de la faillite et nous serons surendettés : La Grèce est en difficulté parce que beaucoup de Grecs ne payent pas leurs impôts.  Nous les payons à ce que je sache.  Nous allons simplement tout envoyer à Québec au lieu d’en envoyer d’abord à Ottawa pour un tri, utilisés pour des priorités qui ne sont pas les nôtres avant de nous être retournés en partie.

6 ) On reçoit 8,5 milliards de dollars chaque année du fédéral, il va falloir qu’on commence par refuser ce chèque : oui, nous le refuserons lorsque nous arrêterons d’envoyer nos sous à Ottawa.  En attendant, on va exiger notre argent : je ne suis pas d’accord pour payer sans avoir de services en fonction de mes priorités en retour.  Et c’est exactement ce que les Conservateurs font en mettant notre argent dans leurs avions F-35.  Et dites-vous que si nous étions un coût pour le Canada, il ne se forcerait pas tant que ça pour nous garder avec la Loi C-20.

7 ) On va perdre nos pensions : non, nous avons payé toute votre vie pour financer la Pension de la Sécurité de la Vieillesse.  Ces argents reviendront à l’organisme qui s’en occupera ici, c’est notre part de l’actif fédéral qui reviendra au Québec (l’organisme existe déjà en passant, il s’appelle la Régie des Rentes du Québec; on le réorganise, même pas besoin de l’inventer!) : notre chèque aura une fleur de lys au lieu d’une feuille d’érable.  Nous n’aurons qu’un organisme à financer, pas deux. On vient de diminuer les frais administratifs.  Et ça s’applique à d’autres structures.

8 ) Tu veux casser mon pays en deux : la 20 ne se désagrégera pas aux frontières du Québec : on continuera de voyager quand même, seul le politique changera.  Si vous passez de l’Espagne à la France, vous n’avez pas besoin de passeport.  Ce modèle pourrait être appliqué ici aussi.

En résumé, la campagne de peurs du camp du Non demeure bien modeste lorsque nous les regardons en face.  Je vous invite à me transmettre d’autres arguments pro-Canada : ils pourraient peut-être faire partie d’un autre blog.

En attendant, imaginez tous nos impôts utilisés pour nos priorités au lieu de financer une partie des projets du Canada dont nous ne verrons jamais la couleur parce qu’ils sont faits ailleurs qu’au Québec.  Restructurer notre administration ici plutôt que de financer celle d’Ottawa parce que nous avons déjà les institutions et les installations pour effectuer ces tâches fédérales.

Notre modèle n’est pas parfait ni complet, mais un Québec souverain nous donnera les moyens de nos ambitions.

Fédéralisme - Aislin (alias Terry Mosher)

Publicités

9 réflexions au sujet de « Fédéralisme : un argumentaire à regarder »

  1. Pour le point 2, le commerce et l’économie: le Canada a si longtemps ignoré le Québec, commercialement parlant, que nous avons dû pousser afin d’avoir le traité de libre-échange afin de pouvoir augmenter le commerce avec les États-Unis, surtout la Nouvelle-Angleterre, d’autant que c’est beaucoup plus près de nous Boston que même Toronto. Pour en livrer une partie, je peux t’assurer que le commerce en Amérique du Nord se fait du nord au sud, et très peu d’est en ouest. Alors, souverain ou pas, ça ne changera guère. Et comme tu le dis, après avoir boudé un peu, les gens d’affaire (qui font plus des affaires que de la politique) retrouveront le marché qui s’offrent à eux plutôt que l’ennemi politique.

    Les canadiens ignorent déjà tous nos produits culturels… alors ça changera quoi? On se rappelle de l’incident « Claude Dubois » (qui s’était fait tassé de l’image car les canadiens n’auraient pas su qui il était; ironiquement, si il ne leur est pas présenté, comment voulez-vous qu’il le connaissent?)

    En 6: la péréquation. Bon, améliorons notre économie, et on n’en recevra plus. Donc, c’est un faut problème… Et si jamais on la perdait avant, ben on ajustera le budget et on vivra avec. Quand je suis parti de chez moman, ce fut la pire décision économiquement parlant, j’ai perdu la péréquation familiale… mais j’ai tellement gagné en liberté! Aussi, la péréquation est un programme fédérale comme un autre, comme les dépenses militaires, les aéroports, les douanes, etc. Des fois ça nous avantages, d’autres fois ça nous désavantages. Au gré des gouvernements…

    En 7: nos pensions, et nos ci et nos ça… tout ça va se balancer dans la négociation des biens. On aura bien notre part de tous les édifices gouvernementaux fédéraux, payés en partie avec nos taxes. C’est bien évident qu’on ne déménagera pas, par exemple, un quart du Parlement. Donc, on aura un peu d’argent en plus. Par contre, il faudra compenser pour les actifs fédéraux sur le territoire du Québec… une fois tout ça balancé, nous n’aurons rien perdu!

    En 4, l’armée: je suis certain que les p’tits gars du Royal 22ième seront bien fier de changer leur drapeau rouge pour un bleu… Ils sont déjà bons, alors ils seront prêts. Si il y a guerre civile, ça ne viendra pas du côté québécois… Il fallait voir Nathalie Normandeau et Jean Charest tourner en ridicule le fait qu’un Québec souverain se dote d’une armée. Ben, tous les autres pays en ont une…

    Comme autre argument, j’ai déjà entendu dire quelqu’un que nos ancêtres ont découvert tout le Canada (eh ben, c’est toute l’Amérique en fait), alors elle ne le laisserait pas aller. Une autre a dit qu’elle ne voulait pas que le Québec devienne une grosse réserve (mais elle confond la nécessité collective de défendre le français et la nécessité personnelle d’apprendre d’autres langues). On entend souvent dire aussi que « c’est pas vrai que les anglais sont méchants et nous haissent », que nous sommes des anti-anglos… On confond aussi souvent gauche et indépendance. Un copain est devenu nationaliste-plutôt-fédéraliste à mesure que le Parti Québécois se poussait à gauche (comme si l’indépendance était la propriété d’un seul parti).

    Ça va pour l’instant… 🙂

  2. Bravo pour vos points de vue clairs et compréhensibles pour la commune des mortels que je suis.
    Il semble que la langue de bois demeure encore l’apanage des politiciens. J’espère que certains des élus du parti québecois jetteront un oeil sur votre propos : ça pourrait enrichir leur discours d’une façon simple et accessible à tous.
    Tout en trahissant mon âge il me vient à l’esprit l’image télévisée de René Lévesque qui, avec un tableau noir, une craie (Point de mire) et un langage simple a rallié tant de monde derrière lui.

    Minamie

  3. Bravo. Enfin, jai un article à montrer au lieu de m’obstiner pendant des heures et des heures avec des fédéralistes qui n’ont aucun argument !

  4. Ping : Écouter pour comprendre | Marilène

  5. Ping : Conditionnement – une puissance omniprésente | Le Globe - regard citoyen

  6. Ping : Conditionnement – une puissance omniprésente | Marilène

  7. Je vous encourage a allé lire la plate-forme d’Option Nationale, ou de regarder un discours de Jean-Martin Aussant sur youtube. C’est profondément inspirant.

  8. Ping : Devenir ou non un pays? | Le blogue de monsieur Fournier

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s