Le temps d’élire un gouvernement

Je me rendais au bureau de vote tout à l’heure et je réfléchissais au déroulement de la campagne, le vote des purs et durs, les indécis. Pour ma part, mon vote est dans la boîte.

Voyez-vous, le Québec n’est pas encore un pays. Je vous entends rire d’ici : c’est sûr qu’il ne l’est pas. Oui, mais ça ne semble pas être si évident pour tout le monde. Tous les partis souverainistes sont à gauche. Certains plus près du centre que les autres évidemment. Si nous présentons la souveraineté du Québec comme un projet de société prometteur, rentable, efficace : un référendum d’initiative populaire aura lieu rapidement. Un pays ça ne s’impose pas : ça se construit avec la majorité de la population. Si nous pouvons convaincre 50 % + 1 du Québec, le référendum aurait même lieu demain matin.

Pour travailler vers la souveraineté, nous avons la responsabilité d’envoyer une majorité de députés souverainistes à l’Assemblée Nationale. Si nous prenons une chance en votant un peu partout, nous risquons un gouvernement minoritaire péquiste avec trop peu de députés de Québec Solidaire et d’Option Nationale pour avoir un gouvernement de coalition sur la question nationale. Quoique Québec Solidaire a dit « l’indépendance si nécessaire mais pas nécessairement ». Enfin, ces deux partis semblent quand même souverainistes si on se fie à leur programme.

Par conséquent, le gouvernement de coalition se ferait par le Parti Libéral du Québec et la Coalition Avenir Québec. Et là, mes chers étudiants, vous allez la payer votre hausse des frais. De plus, nous aurons la hausse presque immédiate des frais d’Hydro-Québec, les mises à pied massives, les batailles avec les syndicats, et j’en passe. Le gouvernement de coalition du Parti Libéral du Québec et de la Coalition Avenir Québec me donne froid dans le dos. Je n’ai pas envie d’un Québec en perpétuelles confrontations. Revivre le printemps dernier ne m’intéresse pas, surtout que ce n’est même pas encore terminé.

Pauline Marois a occupé 14 ministères. 14. Il y a des équipes entières qui ne peuvent même pas se vanter d’en avoir occupé un seul. Elle n’a pas besoin d’attendre des rapports de ses ministres : elle voit venir les écueils d’avance. Ce n’est pas juste moi qui le dis, Monique Jérôme-Forget aussi. Le Parti Québécois incluant madame Marois a dû prendre des décisions extrêmement difficiles. Parmi les valeurs profondes du Parti Québécois on trouve l’égalité des chances, l’égalité hommes-femmes et la justice sociale. Ce ne sont pas des valeurs exclusives aux partis plus à gauche.

L’équipe péquiste comporte des gens d’expérience, humains, compétents, profonds. J’ai rarement vu des candidats ayant autant à cœur le projet du pays du Québec. Ils ne sont pas en train de s’obstiner qu’ils sont plus souverainistes que les autres : ils présentent ce qu’ils veulent faire pour ne pas que les des hausses de taxes sur les profits des banques soient refilées sur les prêts octroyés à la classe moyenne. Ils réfléchissent pour trouver des solutions novatrices. Ils peuvent le faire dès maintenant parce qu’ils ont l’expérience et n’ont pas à apprendre comment l’Assemblée Nationale fonctionne : ils en connaissent les rouages.

Est-ce qu’on me demande d’aimer Madame Marois? Non. Est-ce qu’on me demande d’aller prendre un café avec les députés péquistes? Non. Est-ce qu’on me demande d’élire une balance de pouvoir? Non. Est-ce qu’on me demande d’élire l’opposition officielle? Non. On me demande de voter pour les compétences d’une équipe pour administrer le Québec en fonction de mes valeurs. Moi, je vote Parti Québécois.

Image par dszpiro

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Le Québec dont j’ai envie

Au premier tiers de la campagne électorale, une pause d’engueulades demeure salutaire. Quoiqu’une telle pause reste souhaitable éternellement. Je lis beaucoup d’échanges sur Twitter, je regarde les nouvelles, les annonces des partis et il y a de quoi virer complètement maboule. Les conférences de presses se multiplient, les chefs des partis promettent mer et monde à qui veut l’entendre. Nous savions déjà tout ça à la ligne de départ. Avec les 9 ans et plus du gouvernement Charest, l’horizon de temps nous a fait perdre de vue une question fondamentale : de quel Québec avons-nous envie?

Le Québec dont j’ai envie se libérera du Canada au lieu de courber l’échine à payer des fonctionnaires en double parce que les institutions existent déjà au Québec. Il quittera le Canada afin de dépenser ses argents dans ses priorités plutôt que pour des jubilés de la reine ou des armes coûtant le double du prix annoncé. Il rapatriera ses pouvoirs un après l’autre à Québec afin d’être prêt pour s’afficher à la face du monde comme un pays francophone fort et fier. Il sera fier d’être une patrie héritée de la France et expliquera pourquoi il s’est battu pour rester la forteresse du français en Amérique. La planète saura que nous existons en français.

Le Québec dont j’ai envie intégrera ses nouveaux arrivants. Il leur donnera des cours de français, leur présentera notre terre d’accueil libre. Un endroit libre de s’exprimer, de dénoncer, de manifester dans le respect de chaque personne. En échange, ces néo-québécois apprendront aux natifs leur langue, leur cuisine, leur histoire. Ils parleront français et adopteront les mœurs du Québec parce qu’ils seront fiers de faire partie de ce nouveau pays.

Le Québec dont j’ai envie remplira le fossé des générations. Il rapprochera la jeunesse de l’expérience. L’expérience partagera ses connaissances, son art, son histoire aux générations futures afin qu’elles apprennent du passé et qu’elles soient conscientes des pièges, des vols, des blessures, des erreurs pour avancer. Comme dirait mon père : j’ai fait ce que j’ai pu, maintenant, faites mieux.

Le Québec dont j’ai envie ne donnera pas ses ressources naturelles et exigera que les entreprises paient leur part pour y avoir accès. Il respectera l’environnement et conscientisera sa population aux impacts du réchauffement de la planète. Il travaillera intensément pour s’assurer que l’exploitation de toutes les ressources se fasse pour le bien-être de la population et non pas pour celui des amis de ses dirigeants. Ce Québec respectera ses contribuables en ne payant pas 39 % plus cher les travaux d’infrastructures. Il n’engendrera pas de méfiance extrême à l’égard de ses politiciens parce que nous sommes toujours à nous questionner « il remplit les poches de qui? » depuis 9 ans.

Le Québec dont j’ai envie promouvra ses artistes de part le monde. Il affichera ses talents extraordinaires et encouragera l’expression des émotions par la musique, la peinture, la sculpture, l’écriture, le cinéma, le sport, le cirque au lieu de par l’argent, l’armée et la corruption. L’identité québécoise explosera et la Terre entière sera curieuse de voir d’où vient toute cette imagination et voudra en savoir plus sur nous.

Le Québec dont j’ai envie sera fier d’être. Il prendra le crédit qui lui revient. Il criera à pleins poumons qu’il existe et qu’il n’est pas né pour un p’tit pain. Il sera fier de ce qu’il est pour ce qu’il réussit. Nous travaillerons en équipe parce que tous ces projets ne se réalisent pas avec une paire de bras : une équipe solide portera le drapeau du succès de ce Québec et la population entière contribuera à cette réussite.

Le Québec dont j’ai envie a du travail à faire sur tous les fronts. Ça fait beaucoup de priorités. Et alors? Nous ne pouvons pas restreindre un gouvernement à une priorité et laisser végéter les autres ministères : ils avancent tous en même temps et à vitesse grand V.

À la veille d’une élection générale, nous avons le pouvoir et la chance de retrouver le Québec dont j’ai envie. Qui a le goût d’embarquer avec moi?

Image par Scazon