Maladie honteuse

Dans l’observation de ma société québécoise que j’aime beaucoup, je veux dénoncer une attitude collective devant cette maladie honteuse : l’argent. J’ironise, mais pas tant que ça. L’argent ne fait pas le bonheur, mais il rend le malheur confortable. Au Québec, nous avons sincèrement un gros problème dans la relation avec l’argent.

Dernièrement, j’écoutais la populaire émission Un souper presque parfait diffusée sur les ondes de V. Une dame a reçu les participants dans sa maison décorée avec goût et richement. Les commentaires déferlaient sur Twitter : elle veut montrer qu’elle a de l’argent, elle fait sa fraîche, elle va à la télé pour se montrer blablabla. La même chose s’est produite à l’arrivée de Pauline Marois à la tête du Parti Québécois. Parce qu’elle et son mari ont fait de l’argent dans leur vie, certains électeurs l’accusaient d’être loin du peuple, d’être snob. Ces critiques liaient directement leur argent aux politiques du Parti Québécois : un raccourcit intellectuel malhonnête et inutile.

Ces deux exemples teintent la relation que beaucoup de Québécois entretiennent avec l’argent. Je pense que c’est par jalousie : je ne peux pas me payer tout ça, je vais faire en sorte que tu te sentes tellement coupable que tu vas être plus malheureux que moi qui ne peux pas en avoir autant. Cette attitude demeure grotesque, risible, ridicule et méchante.

Nous avons une histoire judéo-chrétienne impossible à nier. La religion culpabilise les fidèles pour tout et n’importe quoi et la branche catholique romaine chante bienheureux les pauvres. Ce phénomène marque les peuples presque jusque dans les gènes. Chers fidèles, si les pauvres sont heureux, le pape doit être extrêmement malheureux. Ouvrez les yeux : la réussite pécuniaire est un constat. Ce n’est pas mieux ou pire ni une qualité ou un défaut. Sommes-nous capables de simplement apprécier le beau sans se sentir diminués personnellement par rapport à l’autre?

À la base, le moteur principal de cette réaction jalouse et mesquine réside dans le jugement : cette force obscure s’emparant de certaines personnes condamnant immédiatement, à leurs dires, cet étalage de richesses malsaines et snobs. Notez, si une personne se paye une bouteille de Champagne par mois, peut-être est-ce simplement qu’elle préfère ça à une caisse de 24 bières par semaine. Son plaisir mensuel au Champagne coûte, soit dit en passant, moins cher qu’une caisse de 24 hebdomadaire. Nous sommes prompts à juger du portefeuille d’une personne et la personne elle-même : si elle voyage, elle est automatiquement riche; si elle boit du Champagne, elle est automatiquement snob.

Quand je regarde des plaisirs que des gens peuvent se permettre tout en assumant leurs responsabilités : je suis contente pour eux, point. Je ne cherche pas d’intention derrière le geste.

Profiter de la vie et montrer notre joie n’est pas un affront à ceux qui n’ont pas les moyens de manger trois repas par jour. Aider, c’est le faire à la hauteur de nos moyens, sans pour autant nous rendre malheureux ni vivre dans un cabanon par solidarité avec les sans-abri. Ce n’est pas comme ça que nous les aiderons. Alors, pourquoi tant de malaise devant l’argent : la nature humaine demeure un mystère.

Photo par kenteegardin

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La parité homme-femme : oui, mais…

À la suite de l’élection de la première Première Ministre du Québec madame Pauline Marois, la question de la parité homme-femme au conseil des ministres refait surface. En effet, le gouvernement Charest a atteint la parité en 2008. Malgré tout ce que je lui reproche, je lui donne cette réussite. Et je me demande si la parité homme-femme dans tout et pour tout demeure le modèle à adopter.

Je suis très heureuse que le premier ministre du Québec en 2012 soit une femme. Je suis moins fière de me rendre compte que la première fois survient, justement, en 2012. Les femmes ont obtenu le droit de vote au fédéral en 1918. Le droit de vote au provincial est accordé à toutes en 1940. À ce moment-là, ma grand-mère avait 37 ans : pas mon arrière-arrière-arrière-grand-mère, mais seulement la mère de mon père. Les femmes au vingtième siècle ont fait des pas de géants pour simplement prendre la place qui leur revient.

Malheureusement, mes contemporaines ont tendances à prendre leurs libertés pour acquises, ou pire, à penser qu’il en a toujours été ainsi. Mesdames, sachez que les professions qui vous étaient accessibles étaient uniquement infirmières, secrétaires, professeures, mères et bonnes soeurs : oubliez la médecine, la psychologie, l’actuariat, la mécanique, l’ingénierie, la gestion et j’en passe. Des femmes se sont battues afin que nous puissions exercer le métier qui nous intéresse. Et je me demande bien en vertu de quoi les hommes s’étaient autoproclamés décideurs de notre vie. En regardant l’histoire, je considère que la parité homme-femme a tout à fait lieu d’être revendiquée partout, pour tout et à pleins poumons!

Cependant, j’ai une manie de prioriser la compétence : je ne nommerai pas une nounoune à un poste si un candidat masculin ferait mieux le travail. Malgré tout, à compétences égales, je favoriserais certainement la candidate afin de varier les ressources et les types d’intelligence : il demeure scientifiquement prouvé que les cerveaux masculin et féminin ne fonctionnement pas de la même façon. L’un n’est pas meilleur que l’autre, ils sont simplement différents. Mais comment déterminer un duo à compétences égales : il n’y a pas deux personnes entièrement « égales » dans le monde. Même les jumeaux identiques ont des personnalités uniques.

Pour un employeur, le choix d’un employé peut être teinté par le sexisme : une jeune femme aura plus de chances de partir un an en congé de maternité qu’un jeune homme qui ne partirait que 5 semaines en congé parental tout au plus. Nous avons tous les meilleures intentions du monde en public; en privé, le patron ou la patronne demeure bien seul(e) avec sa décision et les raisons qui la justifient. Tous restent capables de mensonges.

En conclusion, je pense que nous avons avantage à varier les types d’intelligences et de ressources : des hommes, des femmes, des gens d’origines ethniques différentes, etc. Puisque l’humain embauche l’humain, les inégalités et les injustices resteront toujours. La place des femmes n’a pas à être demandée, ni justifiée : elle est un être humain à part entière. On en parle aux intégristes, misogynes, extrémistes, machos?

Image par gildas_f

Attentat du 4 septembre – lettre à un tueur

Richard Henry Bain,

Le 4 septembre dernier vous attentiez à la vie de la Première Ministre élue du Québec ainsi qu’à plusieurs centaines d’électeurs péquistes. Je n’aime pas le sensationnalisme, mais j’ai des limites à garder la tête froide devant un geste aussi ignoble que le vôtre. Je remercie votre arme de s’être enrayée ainsi que la rapidité avec laquelle les forces de l’ordre vous ont arrêté. Cependant, la vie d’un homme était sur le point de s’éteindre.

Vos voisins vous décrivent comme un amoureux du Canada craignant la séparation du Québec. Si j’étais canadienne, voyez-vous, j’aurais honte. Un amoureux ne se comporte pas de la façon dont vous l’avez fait. Vous semblez avoir une résistance devant la défense de la langue française et le pays du Québec. La peur doublée d’ignorance entraîne la haine. Vous en êtes un exemple frappant.

La défense du français au Québec vise à limiter la disparition totale de cette langue en Amérique et non pas à écraser la minorité anglophone. Faites deux heures de voiture à l’ouest de Montréal ou deux heures au sud et vous serez noyé dans un océan anglophone. Le Québec tente de survivre avant de se faire inonder. Cessez de prendre vos fantasmes d’extinction de la langue de Shakespeare pour une réalité, ça devient grotesque. Ouvrez-vous sur le Québec francophone et il serait bien que vous le voyiez comme un peuple de bâtisseurs. Nous exigeons que tous parlent et écrivent un français correct. Nous ne demandons pas l’écriture d’une thèse en 12 volumes, mais de servir les clients en français partout au Québec et de respecter l’affichage en français au minimum. En passant, le Canada est un pays bilingue supposément. Vous allez exterminer les francophones hors Québec aussi? Pourquoi ne vous êtes vous pas informé avant de poser votre geste.

Le Québec de Pauline Marois dans lequel je me reconnais prône des valeurs d’égalité des chances et d’égalité entre les hommes et les femmes. Oui, certaines interprétations de dogmes religieux briment les femmes, nous demandons que ces gestes soient interdits. Nous sommes loin de brimer la liberté de religion, nous empêchons la suspension des droits humains afin que la population puisse exercer ses devoirs et prendre ses responsabilités sans craindre de se faire réprimer par un quelconque chef spirituel. De plus, ce Québec tente de répartir les richesses afin que les pauvres ne meurent pas de faim, que tous aient un accès à l’éducation et à des soins de santé et que les riches cessent de frauder l’impôt. Vous avez sincèrement l’intention de mettre un frein à ces élans d’améliorations?

Le pays du Québec ne sera pas le paradis. Il nous permettra seulement d’arrêter de payer pour des structures en double, de voter nos lois selon nos priorités qui excluent la reine et d’avoir une reconnaissance dans le monde. Cette indépendance montrera qu’il existe une parcelle de terre résistant encore et toujours à l’envahisseur britannique.  Les lois civiles, les institutions, la langue et la culture du Québec diffèrent déjà de celles du reste du Canada, si cher à vos yeux. En tant qu’amoureux du Canada, vous demeurez dans la mauvaise province puisqu’elle n’a rien en commun avec ce pays à part l’armée. Peut-être que vous vous reconnaissez là-dedans.

Mardi dernier vous avez blessé beaucoup de gens. Vous avez entaché ce moment historique de l’élection de la première femme au rang de Première Ministre du Québec et votre nom sera à jamais lié à cet événement historique, malheureusement. Vous ne comprenez peut-être pas la moitié du tiers de ce que je vous écris ici. Peu importe, d’autres partageant vos opinions comprendront et j’espère qu’ils se réveilleront de leur coma intellectuel.

Ce qui ressort d’un tragique événement sur le plan politique reste qu’un pays du Québec demeure plus que jamais nécessaire. Sur le plan humain, en attendant, une famille a perdu son père, son conjoint, son fils. Prenez-en conscience, pour autant que vous en ayez une.

Marilène Pilon

Image de ||JL||

Élections Québec 2012 – Parti Québécois minoritaire

Une page d’histoire est tournée : nous avons maintenant une Première Ministre. Pour la première fois de l’histoire une femme occupe le plus haut poste du gouvernement. Madame Marois, vous avez réussi à ramener un troisième parti de l’Assemblée Nationale au rang de gouvernement en 5 ans. Je vous lève mon chapeau ainsi qu’à toute votre extraordinaire équipe. Une élection historique pour laquelle vous, vos proches, votre équipe, vos militants y compris moi pouvons être fiers. Maintenant, le vrai travail commence.

Dès maintenant, nous ferons mentir tous les détracteurs. Le PQ sera un grand gouvernement qui fera avancer la souveraineté à la vitesse de la lumière et réussira à rallier tous les souverainistes qu’ils soient purs et durs, mous, déçus, conciliants, impératifs, entêtés, indécis : même si nous avons un gouvernement minoritaire péquiste, nous dénoncerons le gouvernement Harper qui dépense notre argent pour tout ce qui est contraire aux priorités du Québec. Je ne me reconnais pas dans ce Canada ni dans aucun autre d’ailleurs. Le PQ défoncera les portes closes et même les barricadées afin de rapatrier tous nos pouvoirs, nos actifs pour nous donner un pays. Gros contrat et j’ai confiance.

Avec le PQ, le Québec deviendra un pays. Nous réussirons à convaincre une majorité d’électeurs et nous évoluerons comme parti. Nous avons l’équipe et le pouvoir pour créer notre pays avec tous les souverainistes. Le ralentissement du mouvement indépendantiste a assez duré.

Oui, le gouvernement Marois avec toute son équipe travaillera sans relâche pour le pays du Québec, pour les intérêts d’un Québec où l’égalité des chances primera. Avec cette Dame à la tête du gouvernement, les exigences resteront importantes et le travail sera acharné. Chaque geste compte et nous ajouterons un pays bleu dans ce coin d’Amérique rouge.

J’ai retrouvé un demi sourire politique perdu il y a tellement longtemps. Je l’avoue, j’aurais préféré un gouvernement majoritaire péquiste, mais ce n’est que partie remise. Célébrons un peu ce soir et dès demain : au boulot!

Élections Québec 2012 – le temps est venu

Et oui, le temps est venu d’élire le prochain gouvernement de la province de Québec. Je fais exprès d’utiliser le mot « province ». S’il vous choque, il nous suffit d’envoyer un gouvernement souverainiste fort à Québec aujourd’hui. Nous sommes devant trois partis souverainistes qui s’affichent de façon plus ou moins agressive sur les réseaux sociaux : le Parti Québécois, Québec Solidaire et Option Nationale. Je vise à vous rapprocher de la fontaine, mais je ne peux pas vous forcer à boire.

Les fédéralistes ont le beau jeu. En effet, ils n’ont qu’à se battre sur l’axe gauche-droite puisque le statu quo les avantage sur la question nationale. Les souverainistes ont la responsabilité de s’unir s’ils veulent un jour avoir le pays du Québec. Pour le moment, nous nous arrachons les cheveux pour des questions de « moi je ferais le pays de même », « moi j’aime mieux ça de même » en plus de nous obstiner sur l’axe gauche-droite. Cependant, à nous déchirer sur la méthode de faire notre pays nous perdons du temps et de l’énergie plutôt que les mettre sur Ottawa. Nous voulons partir du Canada. Je pense que nous nous entendons sur ça.

Par conséquent, pourquoi ne pas nous unir derrière un seul parti politique. Lequel me direz-vous. Pour le moment, le Parti Québécois demeure le plus expérimenté, le plus au courant de la façon de travailler à l’Assemblée Nationale et des rouages du gouvernement. De plus, il sait comment s’acharner sur Ottawa. Malgré tout, rien n’empêche de changer les méthodes et les approches du Parti Québécois.

Le problème des souverainistes à mon avis c’est de vouloir créer un parti politique. Pourquoi? Il y a du financement particulier pour un nouveau parti? C’est quoi l’idée : le statu quo avantage le fédéralisme, pourquoi les aider en fondant 150 partis politiques souverainistes. Je suggère plutôt qu’il y ait des mouvements ou des manifestations prônant des idées de gauche si le cœur vous en dit ou une nouvelle approche afin d’accéder enfin à la souveraineté si ça vous chante. Pourquoi créer un parti politique pour ça? Si votre député est péquiste, il est souverainiste à la base. Apportez-lui vos idées et faites-les monter jusqu’à Québec, jusqu’au chef du parti et ainsi de suite afin de faire évoluer les idées et ultimement changer le programme.

Tant que nous n’avons pas notre pays, nous avons avantage à faire évoluer les idées du Parti Québécois et ultimement à faire changer complètement son approche plutôt que de créer des partis qui divisent le vote. Nous le voyons clairement dans Gouin : Nicolas Girard contre Françoise David déchire les électeurs de ce comté et avec raison. Mais peut-être que ce député fera la différence entre un gouvernement majoritaire péquiste qui brassera la baraque à Ottawa et un gouvernement minoritaire qui nous plongera encore en élections dans 18 mois.

Je ne veux pas d’un seul parti, mais notre portrait politique avec un parti fédéraliste de droite, un parti fédéraliste de gauche et un parti souverainiste de centre reste suffisant. De cette façon, nous avons un porte parole politique pour la souveraineté que nous pouvons amener au pouvoir afin qu’il nous sorte d’Ottawa et nous déciderons avec l’aide de notre député de la façon dont nous procéderons. En nous unissant nous pouvons faire changer les approches.

Une fois souverain, nous déciderons si nous voulons être un pays à droite ou à gauche.

Image gracieuseté de Renart Léveillé